La charrue devant les bœufs

On a censuré Félix Leclerc dans une école primaire de Montréal. Tout le monde a une opinion là-dessus et les réseaux sociaux s’en donnent à coeur joie.

Il y a ceux dont la fibre nationaliste est touchée au coeur. On a mis le texte du poète sacré au bac à recyclage. Il ne leur viendrait pas à l’idée que c’est peut-être faire injure au poète que d’offrir son oeuvre à des gamins mal outillés pour l’apprécier.

Pour d’autres, c’est la fibre parentale qui se manifeste. Leur petit chérubin est parfaitement capable de comprendre le second degré. Mais peut-on demander à des enfants de huit ans, qu’on ne laisse même pas traverser la rue sans surveillance pour se rendre à l’école, de maîtriser l’ironie socratique ? Leur demanderait-on d’apprendre le calcul différentiel avant de maîtriser l’arithmétique et l’algèbre ? Quelle sera la prochaine leçon, Marcel Proust ?

Le texte de Félix Leclerc est selon moi, un de ses plus virulents. Le peuple québécois d’alors, chômeur entretenu de son état, se meurt. Félix nous fait la preuve par l’absurde que c’est la pire façon de mourir.

Je comprends que tous veulent voir leur enfant surperformer, mais ont-ils aussi le droit d’être seulement des enfants, sans brûler les étapes ? Il me semble que pour les initier à la poésie, Félix a mieux à offrir à des gamins. Le p’tit bonheur ou Moi mes souliers sont de bons exemples. Mais Les 100 000 façons de tuer un homme, ça me semble un peu tôt à huit ans.

3 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 28 février 2020 07 h 14

    Ça prend des coupables, tout le temps

    La direction de l'école était au courant? Le prof, la prof le jugement, une option qui fait défaut? Le parent a-t-il raison d'en faire une si grosse histoire en ameutant la faune journalistique au lieu de régler cela avec la direction de l'école et du prof. Et que dire de plus des «malades mentales» qui vont passé une semaine sur cet incident due à un manque de jugement. L'oeuvre de Félix, me semble qu'il doit en rire d'où il se retrouve.

    Qui sont les spécialistes désignés pour donner le cours de sexualité ou celui de cultures et éthiques religieuses, inquiètant vous trouvez pas. Une autre façon de «tuer» l'innocence avec un innocent comme passeur de savoir, peut-être.

  • Hélène Paulette - Abonnée 28 février 2020 09 h 11

    Tout à fait d'accord...

    Félix devrait être au programme avec des textes choisis. Je soupçonne que son oeuvre soit assez mal connue d'ailleurs et son theâtre aurait mieux convenu à un cours d'art dramatique... Combien de ceux qui ont poussé les hauts cris connaissent vraiment Félix? J'en profite pour féliciter les parents qui ont eu assez de bon sens pour réagir. En ces temps d'inquisition à la "me too" il y aurait certainement mieux à contester comme censure...

  • Marc Pelletier - Abonné 28 février 2020 15 h 24

    Merci pour votre lettre M. Léger !

    Je suis totalement d'accord avec vous.