Les églises, ces grandes oubliées

À une époque pas si lointaine, les clochers des églises incarnaient le coeur de la vie paroissiale. Au tintement de leur carillon, des enfants y étaient baptisés, des couples y convolaient en justes noces, des funérailles y étaient célébrées. Les églises avaient fièrement pignon sur rue en plein coeur de la paroisse.

Aujourd’hui, les églises se sont vidées de leurs fidèles et sombrent dans l’oubli ou, pire encore, disparaissent une à une sous le pic des démolisseurs et sous l’oeil attristé de quelques passants nostalgiques. Des joyaux architecturaux de notre patrimoine religieux sont tombés dans l’oubli avec les photos des albums de famille sur lesquelles les invités à la noce posaient fièrement sur les marches du parvis de l’église.

Actuellement, 108 églises sont fermées au Québec, souvent depuis plusieurs années. À Québec seulement, au cours de l’été 2019, l’église du Très-Saint-Sacrement, construite entre 1920 et 1923, a dû être fermée d’urgence pour des raisons de sécurité et l’église Saint-Coeur-de-Marie, érigée en 1919 et qui se démarquait par son architecture néobyzantine rare au Québec, a été démolie. L’église Saint-Jean-Baptiste, un édifice phare du centre-ville de Québec, bâtie en 1881, est fermée depuis 2015.

Le sort de ces églises est pourtant loin d’être unique. Une recension effectuée en mai 2019 par le Conseil du patrimoine religieux a révélé que 612 des 2746 églises qui avaient été répertoriées au Québec en 2003 avaient depuis été démolies, fermées ou recyclées. Autrement dit, 22 % du parc immobilier religieux a disparu sur une période de 16 ans.

Conséquemment, il est plus que temps que nos dirigeants protègent jalousement notre patrimoine religieux en investissant dans les joyaux architecturaux du peuple dont ils sont les mandataires !

7 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 19 février 2020 06 h 29

    L'abandon de nos églises est une conséquence du rejet des religions au Qc.
    Un jour la nostalgie arrivera et nous allons sûrement regretter leur disparition.
    Il faudrait les modifier en maison culturel, musee du patrimoine ( de tel ou tel village), bibliothèque ect..
    Enfin joindre l'utile à l'agréable.
    Mais j'imagine que ces avenues ont été explorés, c'est sûr que de sauver des Églises, ce n'est pas rentable et en 2020 tout doit l'être:/

    • Marc Pelletier - Abonné 19 février 2020 13 h 08

      Rejet des religions : j'en doute fort !

      Abandon des pratiques religieuses en public : certainement .

  • Michel Lebel - Abonné 19 février 2020 09 h 52

    À la dérive

    Quand Dieu est considéré comme inexistant, il n'y a pas à se surprendre du sort de nos églises. Un peuple sans mémoire n'a pas d'avenir. Ainsi va le Québec de 2020, soit à la dérive.

    M.L.

    • Denis Drapeau - Abonné 19 février 2020 13 h 55

      Le problème des églises à l'abandon ne vient pas de l'athéisme grandissant. Au contraire, elle vient d'une foi irrationnel (c'est le propre de la foi me dirait certain) qui place dieux au dessus de tout et qu'il nous faut louanger richement pour être dans ses bonnes graces. Dès lors, on contruit des batimments trop grand pour le besoin, trop cher et trop dispendieu à entretenir et on les réserve uniquement pour le culte. Si au moins ce model d'inéficacité s'appliquait uniquement à quelques églises dans de grands centres, ça pourrait tenir la route. Après tout, le patrimoine ne se contruit pas uniquement dans un soucis d'efficacité économique et l'église catholique est une institution qui aurait dès lors les moyens d'entretenir un petit nombre de joyaux du patrimoine. Mais appliqué ce modèl d'inéficacité au moindre petit vilage, c'est la catastrophe annoncée.

      C'est ce model et la désafectation des adeptes pour la chose religieuse, bien qu'encore croyant, qui cause le problème, pas l'athéisme. Confiez à un athée le soin de contruire un édifice multifonctionnel comprenant une vocation religieuse(multi-religion) et vous verez qu'avec plusieurs payeurs, cette édifice aura une longue vie devant elle.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 février 2020 11 h 23

    Nos racines

    Les églises font partie de nos racines culturelles. La religiosité de nos ancêtres a laissé derrière elle de somptueux témoignages du talent de nos bâtisseurs et de nos artistes.

    En somme, nos ancêtres ont mis le meilleur d’eux-mêmes à ériger de grands monuments à la gloire de Dieu. Même si on est athée, on ne peut qu’être admiratif pour l'effort accompli. Je pense en particulier à la magnifique cathédrale de Joliette (qui n'est pas menacée de fermeture), construite à l'époque où ma ville natale comptait moins de cinq-mille personnes.

    Sur l’île de la Cité à Paris, il y avait plus de deux douzaines de temples religieux au XVIIe siècle : il ne reste plus que la Sainte-Chapelle et Notre-Dame de Paris. Donc la fermeture d'églises n'est pas un phénomène récent.

    On peut concentrer les œuvres d’art dans les plus belles églises. Mais on ne peut échapper au fait que certains de ces temples sont des œuvre d’art global, ce qui nécessite leur sauvegarde à defaut de quoi nous nous appauvrissons.

  • Armelle Wolff - Inscrit 19 février 2020 12 h 17

    Les églises, marqueurs identitaires

    Ce qui explique l'abandon des églises, c'est la déchristianisation. C'est un fait sur lequel il n'y a pas à discuter, qui correspond à l'évolution de la société québécoise (et de bien d'autres sociétés occidentales).

    Mais ce que la plupart des gens n'ont pas réalisé malheureusement, c'est que les églises au Québec ne sont pas seulement des édifices religieux, ce sont aussi - et peut-être même surtout - des monuments de notre identité. Pendant des siècles, l'architecture religieuse a été quasiment la seule architecture monumentale érigée ici au Québec, celle qui marquait l'occupation du territoire par une communauté, celle qui concentrait l'essentiel des efforts financiers et matériels de cette communauté.

    J'entends bien que, faute de qualités architecturales remarquables et faute d'utilité, il est impossible de garder la multitude d'églises désaffectées à travers la province: ça n'est ni réaliste, ni pertinent. Mais abandonner à la démolition dans l'indifférence générale les églises parce qu'elles sont devenues inutiles, c'est laisser disparaître des pans entiers du prinicpal marqueur identitaire des Québécois, qui, jusqu'à la Révolution Tranquille, étaient - que nous le voulions ou non - des chrétiens.

    Que que nous le voulions ou non, quoique nous fassions, notre histoire ne commencera pas avec la Révolution Tranquille et la déchristianisation qui l'a accompagnée. Même si nous laissons disparaître toutes nos églises, nous aurons oublié d'où nous venons, nous aurons perdu notre identité, mais nous ne pourrons pas réécrire l'histoire.

  • Jacques Maurais - Abonné 19 février 2020 12 h 21

    Démolition en cours à Québec

    Ces jours-ci, on démolit l'église Saint-François-d'Assise, 1re Avenue. Personne n'en parle.