L’heure de vérité

Lorsque les Européens sont venus s’installer en Amérique, ce fut la rencontre entre deux mondes séparés par dix mille ans d’évolution technologique. Ce fut la rencontre du silex avec l’acier, la poudre à canon et les grands voiliers.

L’un subsistait, intimement collé à son habitat, tandis que l’autre sillonnait le globe à la recherche d’or, d’épices et de nouveaux territoires à exploiter et à occuper, si nécessaire par la force.

L’un avait besoin de ses territoires pour y aménager et y accrocher sa culture tandis que l’autre en avait besoin pour cultiver, en exploiter les ressources, s’étendre et, les contrôler.

C’est le rapport de force qui a prévalu dès le départ entre les Premières Nations et les nouveaux arrivants au Canada et il semble bien qu’il soit toujours le même, caractérisé par le déni. C’est ce qui, encore une fois, est à la source de la résistance des leaders traditionnels Wet’suwet’en de Colombie-Britannique au passage d’un gazoduc sur leur territoire historique.

Le Canada aime se définir comme un pays composé de multiples cultures où les rapports entre nations se déroulent dans le contexte euphorique du multiculturalisme.

Or, l’épisode actuel de manifestations des Autochtones à la grandeur du pays tend à démontrer clairement l’échec du multiculturalisme.

Je crains bien que malgré les valses de l’hésitation du gouvernement fédéral, l’on doive revoir le fondement constitutionnel des rapports entre les nations et les régions du Canada s’il veut se doter d’une image qui colle à la réalité et nous guérisse de notre schizophrénie collective.

9 commentaires
  • Claude Gélinas - Abonné 19 février 2020 05 h 23

    Le plus grand génocide de l'histoire.

    Ne jamais oublier que les Indiens ont été victime du plus grand génocide de l'histoire. Pensons notamment aux génocides des autochones américains sans oublier le traitement réservé par le Gouvernement canadien à ce peuple dépossédé de ses terres, de sa culture et de sa langue.

    • Réal Boivin - Abonné 19 février 2020 08 h 18

      M. Gélinas,

      il n'y a pas de peuple autochtone, il y a de nombreuses tribus (Agglomération de familles vivant dans la même région, ou se déplaçant ensemble, ayant un système politique commun, des croyances religieuses et une langue communes, et tirant primitivement leur origine d'une même souche.) C'est ça le problème.

      Tous les pays où se retrouvent des tribus ou des clans sont dans la même situation que le Canada. Ou pire comme on le voit en afrique surtout. Avant l'arrivée des européens, les tribus présentes sur le territoire se déclaraient la guerre selon les intérêts des uns ou des autres.
      Des chefs héréditaires contestent les décisions des conseils de bandes. Ces groupes sont impossibles à gérer. Ici au Québec les cries, qui forment de par leur nombre une nation, peuvent parler d'une seule voix et conclure des ententes avec le gouvernement québécois.

      Les empereurs chinois ou japonais, pour ne nommer que ceux-là, ont fédéré les tribus de force pour former leur empire et vivre enfin en paix.

      On est pas sorti de l'auberge(espagnole).

    • Cyril Dionne - Abonné 19 février 2020 08 h 23

      Faux M. Gélinas. Ce n'est pas le pire génocide, regardez ailleurs dans les Amériques. Cela a été bien plus pire.

      Ceci dit, que le monde est monde, des civilisations sont apparues et disparues. Le rapport de force entre les Européens et les Premières nations étaient inégaux. Encore une fois, c’est la science et la technologie qui a décidé du sort de l’Amérique du Nord.

      Ceci dit, bien que le colonialisme exercé par la Couronne britannique envers les premiers habitants a été répugnant avec sa loi sur les Indiens et son système d’apartheid que sont les réserves, il faut se consoler que la situation a été bien plus pire ailleurs en Amériques. Des nations complètes ont été exterminées par les Espagnols et sont disparues de la carte du monde, Taínos de la République dominicaine obligent.

      Là où je suis 100% d’accord avec vous, c’est l’échec cuisant du multiculturalisme dans ce dossier. Il y a les peuples fondateurs et il y a les autres. Or, les Premières nations sont le peuple fondateur original et ensuite viennent les Français d’Amérique. Les Anglais sont venus bien plus tard au nord de 45e parallèle.

      Tout problème a une solution sinon il n’existerait pas. Et la solution à ce dilemme des premiers habitants est tellement évidente qu’elle en crève les yeux. Il faut abolir la loi sur les Indiens et laisser les Premières nations décidé de leur propre sort. Vous savez combien c’est infantilisant de se faire traiter de pupille de l’État selon la loi sur les Indiens. Les prisons à ciel ouvert que sont les réserves n’ont jamais été, ne sont pas et ne seront jamais la solution à court, moyen et long terme pour les premiers habitants de ce pays. Il faudra l’ouvrir cette satanée de constitution Justin.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 19 février 2020 06 h 21

    "L'un avait besoin de son territoire pour y aménager et y accrocher sa culture".
    La France n'avait pas "besoin" d'un territoire, elle le voulait tout simplement, elle avait la force de le faire et elle l'a prit.
    Mais sinon je suis entièrement d'accord.

    • Serge Lamarche - Abonné 19 février 2020 23 h 16

      La France n'a pas fait une invasion de l'Amérique, elle a fait et tenté de faire des alliances avec les habitants. Pas du tout la même chose que les espagnols ou les anglais. Les français avaient tendance à retourner en France après un temps au Canada. C'est d'ailleurs ce qui explique la force des anglais. Ils ont envahi en grands nombres et se sont reporduits en grands nombres. Leur hivers étaient moins longs.

  • Serge Grenier - Abonné 19 février 2020 07 h 28

    Colonisateurs, colons et colonisés

    Alain Deneault - Portrait du Québécois en colon [ https://youtu.be/XBv0azOMK0E?t=300 ]

  • Nadia Ghalem - Abonnée 19 février 2020 08 h 02

    Une vérité pour mémoire.

    Résumé, bien dit en peu de mots. Il est temps de tenir compte de la réalité. Merci pour cette vérité.

  • Pierre Rousseau - Abonné 19 février 2020 08 h 38

    Raccourci historique peu fidèle à la réalité

    Il est complètement faux de voir un écart de 10 000 ans entre les Européens et les nations autochtones des Amériques. À l'époque, certaines civilisations étaient aussi avancées que les Européens sur bien des aspects, en particulier l'astronomie, la médecine et les connaissances sur leur environnement. D'ailleurs les Aztèques se plaignaient de la puanteur des Européens qui étaient sales et ne se lavaient presque jamais, ce qui pour les autochtones était le fait de peuples peu civilisés. Ils sentaient fort bien que les envahisseurs étaient des vecteurs de maladies qui devaient éventuellement décimer leurs peuples.

    Le rapport de force était alors en faveur des peuples autochtones dans le nord des Amériques parce qu'ils étaient beaucoup plus nombreux que les Européens (Français, Anglais et Hollandais) et, en ce qui concerne la Nouvelle-France, elle n'aurait pu se développer sans ses alliances avec les nations autochtones. Pour les remercier de leur aide, les colonisateurs ont commencé à détruire ces peuples dès qu'ils ont eu assez de gens pour pouvoir les écarter. Le génocide a pris de l'ampleur car les gouvernements ont commencé l'élimination systématique des identités autochtones avec les pensionnats, le système des réserves (qui a inspiré l'apartheid en Afrique du Sud) et le vol des territoires autochtones pour nous enrichir collectivement, les gens de la société dominante.

    Les Premiers Peuples ont des droits que les autres n'ont pas et le droit international ainsi que la constitution du Canada le reconnaît. Ils ne sont pas des minorités comme les autres, ils sont les peuples originaires de ce pays et de ce continent et on ne peut les traiter d'une manière colonialiste comme si rien ne s'était passé. C'est une question de droits fondamentaux.