Soirée de tempête

Je sors vers les bourrasques de la tempête. Des filets de poudrerie balaient le courant du fleuve, débordé. Au loin, la fumée de nos industries se confond, à peine perceptible. La neige s’accumule, puis s’accumule et recouvre mes pas, brouille mes traces, me perd dans sa folie.

La phalange de mon gant sur le front, j’avance et je respire, de peine et de joie, le froid granuleux. Son humidité énerve mes os et, bientôt, les recouvre d’un frisson, en fine carapace sur leurs contractions au ralenti. Je marche dans la rue, à coup d’enjambées maladroites. Dans les flocons et les formes incertaines. Les muscles stabilisateurs euphoriques de pouvoir se déchaîner. L’étreinte du sang emmêlé sur mes joues. Mes yeux en fentes pour percevoir les mouvements d’un monde resserré : les langues déliées par une pelletée de neige, par un char écrasé du poids du ciel.

Ça jacasse en hurlant leur bien-être refoulé, recroquevillés dans un juron commun sur ces dures contrées, une tape dans le dos ou derrière la carcasse d’une machine exténuée, comme nous, de devoir vivre ensemble à nouveau. Car c’est aussi ça, l’hiver.

2 commentaires
  • Louis Lamarre - Abonné 17 février 2020 08 h 05

    Un peu de poésie ça fait du bien

    Parmi le tumulte et les grossièretés qui occupent trop d'espace de notre quotidien, un peu de beauté calme mon âme, merci.

  • Cyril Dionne - Abonné 17 février 2020 09 h 04

    Vive l'hiver libre! ;-)