Décroissance forcée?

Un parallèle intéressant ces jours-ci : deux événements qui nuisent à la croissance.

D’une part, l’épidémie de coronavirus qui non seulement freine la croissance économique de la Chine, mais fait des vagues à l’OPEP et dans tous les pays où la Chine vend ou achète des matières premières et des produits finis.

D’autre part, au Canada, les Wet’suwet’en qui bloquent la construction d’un gazoduc pour freiner l’exploitation des sables bitumineux et préserver leurs droits ancestraux. Leur action est soutenue par divers groupes autochtones qui bloquent les voies de chemin de fer et entravent le transport des biens et des personnes, nuisant de plus en plus à divers secteurs de l’économie.

Pourquoi ce parallèle ? C’est qu’il est temps d’ouvrir les yeux : la crise climatique est une réalité. Les catastrophes naturelles, dont la présente épidémie, sans être liée au climat, donne une idée des conséquences internationales possibles, vont obliger les pouvoirs en place à repenser leurs prévisions de croissance.

De la même façon, et de manière plus aiguë, le Canada doit prendre conscience qu’il fait fausse route en continuant à miser sur l’exploitation des hydrocarbures fossiles et à rêver de croissance économique ininterrompue.

Ce n’est plus la croissance que nous devons gérer, mais la décroissance. Et au lieu de sombrer dans la récession et la crise économique et sociale à cause d’une décroissance forcée, nous devons prendre les devants et penser une forme de décroissance qui, si elle ne manquerait pas d’affecter le sacro-saint PIB, permettrait de créer des emplois en s’appuyant sur une reconversion énergétique, économique et sociale cohérente pour assurer une évolution équitable dans tous les secteurs de notre société — et ailleurs dans le monde.

8 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 15 février 2020 01 h 48

    Vous avez bien raison, Mme. Campillo, mais allez donc vendre ça aux politiciens et, surtout, aux électeurs! Ces électeurs qui, dans les sondages réalisés pendant la campagne électorale fédérale, continuaient de placer la croissance économique bien avant les enjeux environnementaux dans leurs priorités...

    • Nadia Alexan - Abonnée 15 février 2020 10 h 36

      C'est dommage que nos élus n'aient pas compris encore la portée des changements climatiques et continuent leur «business as usual» sans vergogne. Il faut absolument envisager la décroissance si l'on veut survivre la revanche de la nature à l'exploitation effrénée de ses ressources naturelles.

  • Bernard Terreault - Abonné 15 février 2020 14 h 41

    bien sûr, c'est ce qu'il faut faire

    Mais plus facile à dire qu'à faire. Ce n'est pas seulement renoncer aux gros VUS mais à bien plus : téléphones et vêtements peu coûteux faits en Asie (tuant des emplois au Bangaldesh ou en Malaisie), fruits tropicaux charriés depuis la Costa-Rica en camions réfrigérés gros émetteurs de GES, et combien d'autres. Je fais, je l'avoue, ma petite part, mais effectivement bien petite. Et ce serait encore plus difficile si j'étais encore à mon travai situé en banlieue éloignée, avec une conjointe travaillant, elle, à Montréal, et deux enfants au cépep ou l'université.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 février 2020 17 h 08

      Bien d'accord avec vous M. Terreault. Si c'était simple la pureté écologique, tout le monde la ferait. Mais le diable du bien-être de la planète est toujours dans les détails.

      Ceci dit, il n'y a pas si longtemps, la gauche déchirait leur chemise sur la place publique à cause de l'austérité imposée par les libéraux. Nous n'étions pas en décroissance, mais en croissance économique et tout ce qu'ils ont fait, c'est de réduire les dépenses, et donc la production de GES. Mais qui a payé le prix? Ce sont les moins nantis de notre société et la classe moyenne. Les riches peuvent se payer des crédits carbones sans diminuer leur train de vie et se payer tous les services au privé sans sauter une note, Dominik Champagne et Justin Trudeau obligent. Les pauvres, non.

      Ce qui est envisagé aujourd’hui par nos écoanxieux, c’est une décroissance économique sans en comprendre les mécanismes et l’Armageddon économique à venir. Une décroissance économique signifie une dépression économique en des termes plus simples. Ce serait revenir à la fameuse dépression de 1929 ou même pire et où la plupart des gens étaient sans travail et littéralement crevaient de faim. La transition énergétique sous-entend payée beaucoup plus cher pour les mêmes services et donc, ce n’est pas une option pour ceux qui déjà pratiquent la simplicité volontaire de façon involontaire.

      SVP, ne mélangeons pas la crise autochtone avec les changements climatiques. Ce sont deux entités complètement différentes. Les citoyens des Premières Nations pratiquent déjà la simplicité volontaire involontairement et la transition énergétique.

    • Nadia Alexan - Abonnée 15 février 2020 20 h 29

      À monsieur Cyril Dionne: Ce n'est pas vrai que l'on va mourir de faim si l'on pratique la décroissance. On peut investir dans les ressources renouvelables qui vont créer beaucoup d'emplois sans les effets de serre. De plus, on pourrait légiférer des lois plus contraignantes, avec des pénalités plus sévères, pour les gens qui insistent a acheter des VUS ou autres véhicules délétères à l'environnement. C'est la volonté politique qui manque. «Lorsque l'on veut, on peut ».
      De toute manière, l'on n'a pas le choix. C'est la décroissance économique ou la fin de notre vie sur la terre.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 février 2020 09 h 11

      Mme Alexan,

      « On peut investir dans les ressources renouvelables ». C’est qui ça « on ». Les gouvernements qui puissent leur argent à même les impôts et les taxes des citoyens? Ce sont des emplois subventionnés dont vous parlez. L’éolien et le solaire sont tous des industries hautement subventionnées au Canada. Sans l’apport des gouvernements, ils n’existeraient pas. Idem pour les USA. En fait, ce sont les argents des produits fossiles qui subventionnent ces industries présentement. L’Allemagne, le pays le plus riche de l’Europe de l’ouest, a investi plus de 725 milliards de dollars dans les énergies vertes et pourtant, n’a pas pu rencontrer ses cibles fixées sur les GES lors des COP. Les pays pauvres ne peuvent pas faire cela. Les pays riches, il n’y en a pas beaucoup.

      Légiférer des lois plus contraignantes avec des pénalités plus sévères fera en sorte d’alimenter l’inflation et ce sont les gens les plus pauvres qui ont paieront le prix. Pardieu, les gens de Québec solidaire se promènent en VUS. Les VUS, pour ceux qui vivent en région, sont les véhicules les plus sécuritaires.

      La décroissance économique amènera un Armageddon économique et ce sera le chaos partout. Les filets sociaux n’existeront plus puisque les gouvernements n’auront plus les fonds nécessaires qu’ils prenaient à même les imports et les taxes. En fait, ce sera une situation de fin du monde encore bien plus grave que les changements climatiques annoncés.

      La qualité intrinsèque et première de l’humain est sa capacité d’adaptation. C’est ce qui va arriver face aux changements climatiques. Et ce qui va changer dans l’équation climatique, c’est la fin de l’augmentation démographique de la planète.

    • Marc Pelletier - Abonné 16 février 2020 12 h 20

      Veux, veux pas , grâce à la situation actuelle que souligne l'auteur, les dieux de l'Olympe nous offrent l'opportunité de se pratiquer pour la décroissance et ce, sans nous requérir le moindre effort.

      Nous pourrons mesurer, au cours des prochains mois ou années, si cette leçon gratuite a porter fruit.

  • Nadia Alexan - Abonnée 16 février 2020 10 h 40

    Pour une économie plus efficace basée sur des ressources renouvelables.

    Encore une fois, monsieur Dionne, vous avez tort. Premièrement, les ressources renouvelables deviennent de plus en plus abordables. Deuxièmement, je viens d'entendre le Gouverneur de la Banque de l'Angleterre, Mark Carney, sur les ondes de radio CBC, qui a dit qu'il faut arrêter de miser sur la croissance éternelle du PIB qui ne mesure pas effectivement notre bonheur collectif. Il a dit qu'il fallait changer notre économie basée sur la croissance, pour une économie basée sur l'indice du bonheur et de la création intelligente de produits essentiels, au lieu de la destruction que l'on fait avec la production de masse des articles inutiles.
    Je trouve que vous ne comprenez pas la portée sérieuse des changements climatiques. Notre capacité humaine d'adaptation ne va pas nous épargner la colère et la revanche de la nature que l'on a maganées depuis des siècles.