Insultes et religion

Dans la mythologie gréco-romaine, le dieu-patron, Zeus ou Jupiter, lançait la foudre sur celui qui contestait son autorité, complotait contre lui ou voulait tout simplement lui chiper sa maîtresse du moment. Aujourd’hui, les dieux se sont assagis, ils ne se sentent plus menacés dans leur vie de pacha par les insultes et injures des mortels. Les poètes, il y a longtemps déjà qu’ils s’en sont aperçus, quand, voilà 150 ans, ont été écrits ces vers d’une brûlante actualité :

« Qu’est-ce que Dieu fait donc de ce flot d’anathèmes

Qui chaque jour monte vers ces chers Séraphins ?

Comme un tyran gorgé de viande et de vins,

Il s’endort au doux bruit de nos affreux blasphèmes… »

(Baudelaire, Les fleurs du Mal, CXVIII)

Pourquoi alors un croyant intégriste veut-il venger son dieu, qu’il se nomme Jésus, Allah ou Yahvé, pour les insultes d’un non-croyant dont visiblement ce dieu se fiche éperdument (sinon, il interviendrait lui-même) ?

Est-ce par peur d’être délogé du rocher de certitudes où il est confortablement installé, par peur de devoir remettre en question ses idées fixes, par peur de jauger ses convictions à l’aune de la raison ? Il est toujours pénible et douloureux pour son amour-propre de devoir admettre par la démonstration d’autrui que sur certains points on s’est trompé. Il est bien plus facile et bien plus réconfortant de croire qu’on détient la vérité infuse que de la chercher activement en réfléchissant et en pensant par soi-même. Voilà peut-être une des motivations des intégristes de tous bords quand ils s’en prennent aux intellectuels, aux caricaturistes, aux écrivains ou aux simples citoyens qui ne pensent pas comme eux : ils ne veulent pas être secoués dans leur paresse intellectuelle de la pensée unique, dogmatique, fanatique. D’où leur envie de réduire au silence tous ceux qui critiquent ou se moquent des religions, de refuser un dialogue rationnel et d’interdire l’éducation, donc la formation de l’esprit critique. Aussi longtemps que les thuriféraires des religions n’accepteront pas qu’on puisse et doive analyser, « avec le fer de la raison », les dictats de la révélation, les religions resteront un fléau de l’humanité.

22 commentaires
  • Paul Toutant - Abonné 13 février 2020 06 h 06

    Bien dit

    Votre commentaire est net et précis. Merci.

  • Marc Therrien - Abonné 13 février 2020 07 h 04

    De la passion du conflit dans l'épopée humaine


    « Les religions resteront un fléau de l'humanité » et les pauvres humains, laissés à eux-mêmes sans secours divin, subissant péniblement leur condition tragique d’être conscients d’être mortels, continueront d’être passionnés de dramaturgie et des conflits qu’elle met en scène, les plus intenses menant à la guerre, ce tourment que Jean-Claude Guillebaud essaie de comprendre dans son livre « Le tourment de la guerre ». Elle est une véritable passion qui engendre de magnifiques récits historiques et que Joseph de Maistre a traduite en cette formule : « La guerre est divine ».

    Marc Therrien

  • Hélène Lecours - Abonnée 13 février 2020 07 h 58

    Des idéologies

    Les religions, quand elles ne sont pas des spiritualités, deviennent des idéologies et c'est le propre des idéologies que de posséder LA vérité. Ce sont des "plaies d'Égypte" dont l'humanité a plus que souffert. Elles font de nous, par la violence et la terreur, des moutons de panurge quand ce n'est pas des bêtes féroces. Elles sont de "savants" mélanges de bien et de mal; des idéaux quoi! Quand on est enfermé dedans, il devient très difficile de voir clair dans la réalité des autres. À quand un deuxième grand siècle des Lumières?

    • Jean-François Trottier - Abonné 13 février 2020 10 h 33

      J'ajoute un peu, Mme Lecours : les religions étant des regroupements d'individus basés sur l'impression plus ou moins vérifée d'une communauté de croyances, où il est admis (faut lire pas mal pour le réaliser) qu'il est possible d'être un fidèle sans avoir la foi, elles sont toutes sans exception des idéologies.
      (L'Église catholique dit que la foi est un don de Dieu. Elle sous-entend que des millions de catholiques n'ont pas reçu ce don. Les imams remettent régulièrement en doute que leurs fidèles ait su "conserver la foi". Alors...)

      Donc pas besoin de perdre la spiritualité. Il suffit de "penser simplement". Ouan...

      Ces idéologies sont basées sur une unicité universelle, qui procède d'un Dieu.

      Ce sont donc toutes bien des idéologies absolues.
      Sans absolu, pas de Dieu, pas de morale, pas de code de conduite, pas de péché, pas de religion.
      On n'en sort pas.
      Ajoutez que tout doit obéir à Dieu, Sinon, pas d'absolu, pas de Di....

      Ajoutons que partout où les monothéismes s'installent, ils recherchent avant tout la reconnaissance officielle de l'État, et dès qu'ikls peuvent ils s'allient à l'État pour avoir le plus de pouvoir possible dans le but avoué de contrôler les corps pour sanctifier les âmes. Ceci n'est pas une analyse mais un fait historique réel.

      Absolu je dis. Des idéologies absolu...tistes. bien sûr.

      ELles se disent "d'amour", comm si le reste de l'univers, avec toutes ses forces constructives, n'étaient pas "d'amour".

      À l'origine des clubs de bowling aussi il y a l'amour. Quelaues personnes qui prennent un moment pour désertesser ensemble, comme une messe hebdomaire.

      Il est grand temps de ramener les religions à ce qu'elles sont : des associations de personnes unies par une idéologie absolue.
      Le reste est une question de pouvoir.

    • Denis Blondin - Abonné 13 février 2020 10 h 37

      Remplacer une idéologie par une autre?

      Madame Lecours,
      j'endossais vos propos jusqu'à la dernière ligne, où vous appelez un « deuxième grand siècle des Lumières ».
      L'invocation des Lumières et de la Raison, que l'Occident prétend avoir conquises en exclusivité, est précisément le fondement d'une idéologie, une pseudo-vérité au coeur du système de représentations qui lui a permis de légitimer sa conquête du reste du monde et sa mise en place des institutions de la mondialisation. C'est exactement ce que vous dénoncez dans les grandes religions, la spiritualité en moins.

    • Marc Therrien - Abonné 13 février 2020 14 h 02

      Le premier grand siècle des Lumières a consacré le triomphe de la raison instrumentale et des technosciences par lesquelles l'humain s'est positionné comme maître et possesseur de la nature et dont on déplore actuellement les effets nocifs sur l'environnement, entre autres. Selon vous, sur quoi devrait miser ce «deuxième grand siècle des Lumières» pour améliorer la condition humaine de façon à ce qu'elle ne produise pas elle-même l'effrondement de cet univers qu'elle craint tant.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 13 février 2020 22 h 52

      Cher M. Therrien.

      Améliorer la condition humaine de façon à ce qu'elle ne produise pas elle-même l'effondrement de cet univers qu'elle craint tant en lui faisant croire qu'il y a un dieu avec une longue barbichette blanche qui se trouve dans le ciel et fait tomber chaque objet. Ne trouvez-vous pas cela ridicule? Mais si par dieu on entend l'ensemble des lois physiques qui régissent l'univers, alors clairement il y a un tel dieu. Mais ce dieu n’est-il pas émotionnellement insatisfaisant? Cela ne fait pas beaucoup de sens de prier la loi de la gravité. On imagine aussi, que pour faire plaisir aux différents dieux inventés par les hommes, on doit suspendre les lois de la physique pour qu’un miracle puisse s’accomplir, mort-vivants qui ressuscitent obligent.

      C'est un propos différent de vos citations de philosophes morts et enterrés.

    • Marc Therrien - Abonné 14 février 2020 07 h 21

      M. Dionne,

      Qui sait si un jour je ne vous citerai pas vous-même? Quand je fais référence à cet univers qui peut nous écraser vous aurez peut-être deviné que je pense à Blaise Pascal sans le citer. En apparence, vous semblez vivre sereinement votre condition de « roseau pensant », cette image qui exprime toute la fragilité et la puissance de l’humain. Il est à la fois si petit dans cet univers qui peut l’écraser et si grandiose par les capacités de sa conscience. Sa misère s’éprouve dans la disproportion; quand il peut des choses qu’il ne veut pas, qu’il ne peut pas accomplir ce qu’il veut ou encore simplement quand il ne sait plus ce qu’il veut. Son impuissance devient sa misère quand elle l’amène à vouloir dominer pour tout contrôler, mais sa pensée le rend digne quand elle l’amène à transcender son malheur.

      Pour le reste, quand vous lirez la chronique d'aujourd'hui de Christian Rioux intitulée "l'Université Benneton", peut-être vous demanderez-vous si c'est une bonne chose que la prestigieuse Université Yale supprime l’un de ses cours les plus renommés, c'est-à-dire « Introduction à l’histoire de l’art, de la Renaissance à aujourd’hui ». Après tout, à quoi bon étudier la pensée des grands esprits morts et enterrés et qui plus est, l'art?

      Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 13 février 2020 08 h 11

    Les religions fascistes du croit ou meurt et Québec solidaire

    Les croyants intégristes veulent venger leur dieu parce qu’il s’agit plutôt d’idéologies politico-religieuses qui reposent sur rien et de l’air d’où l’expression les amis imaginaires, magiques et extraterrestres. Sur une doctrine dogmatique digne d’un enfant de cinq ans, ils imposent, souvent par la force et la peur, leurs convictions innées d’un besoin de croire. Ces idéologies identitaires reposent sur des imbécilités scientifiques en disant que la Terre est vieille de seulement 6 000 ans, que les morts ressuscitent, tout cela dicté par des prophètes qui étaient analphabètes et non-éduqués. Faut le faire pour nos créationnistes parce qu’ils ont la foi, ce concept abstrait qui ne veut rien dire parce que l’expérience n’est pas vérifiable et reproductible. Le plus comique dans ces contes créationnistes pour faire peur aux enfants, c’est toujours l’archange Gabriel qui apparaît pour nous annoncer des nouvelles importants aux hommes, de Mahomet à Marie, immaculée conception oblige.

    Pour nos croyants intégristes, la liberté d’expression n’existe pas et la critique de leur religion équivaut à un crime qu’ils nomment blasphème. Dans leurs idéologies fascistes et religieuses, ils ont tous reçus la Vérité qui ne peut pas être contestée même si elle diffère des unes aux autres. Ce n’est pas Thomas Jefferson, pourtant un croyant, qui disait que les religions doivent passer à travers du tordeur de l’esprit critique, quittes à être ridiculisées. Carl Sagan discourait que les réclamations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. Mais, celui-ci était seulement un scientifique qui évoluait dans un domaine ou les dires doit être prouvés de façon irréfutable par des pairs et reproductibles dans les mêmes conditions qu’elles été énoncées.

    J’ai bien aimé cette lettre de M. Jeanneret. Mais il doit se tromper puisque c’est un scientifique, un être qui demande preuve à l’appui pour nos délires religieux. Et oui, les religions sont le fléau de l’humanité.

    • Marc Therrien - Abonné 13 février 2020 17 h 56

      Si M. Jeanneret se demande « pourquoi alors un croyant intégriste veut-il venger son dieu, qu’il se nomme Jésus, Allah ou Yahvé, pour les insultes d’un non-croyant dont visiblement ce dieu se fiche éperdument (sinon, il interviendrait lui-même) », de mon côté je suis curieux de savoir ce qui peut bien amener un athée serein de s’être libéré de la croyance qu’on lui a inculqué à insulter un croyant. Si ce n’est pas la peur ou le ressentiment parce qu’il est serein, je demande à quoi sert à ce « tout fier » d’exprimer cet excès d’orgueil tournant en une arrogance qui se délecte du mépris. Qu’en pensez-vous M. Dionne?

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 13 février 2020 22 h 25

      M. Therrien, combien d'anges philosophiques peut-on placer sur la tête d'une épingle?

    • Marc Therrien - Abonné 14 février 2020 10 h 52

      M. Dionne,

      Quelle nuance métaphysique faites-vous entre votre question et la classique « Combien d'anges peuvent danser sur une tête d'épingle ?»

      Marc Therrien

  • Romain Gagnon - Abonné 13 février 2020 08 h 33

    Excellent texte

    Vous aimeriez mon dernier livre: et l'homme créa dieu a son image