Une autre réforme ratée en santé

Avant même son entrée en vigueur, la réforme du mode de rémunération des médecins de famille a du plomb dans l’aile.

Alors que la négociation se poursuit, le Dr Sylvain Dion, vice-président du syndicat des médecins de famille, affirmait récemment dans une sortie publique sur LCN que la capitation n’est pas le remède universel au problème d’accès aux services médicaux de base. Selon ce représentant syndical, la délégation d’activités cliniques vers les infirmières sera limitée, car celles-ci sont peu disponibles étant déjà très sollicitées dans les établissements du réseau de la santé. De plus, il précise que ce virage, malgré tout souhaitable, ne sera terminé que dans quelques années, notamment parce que la RAMQ devra apporter des changements majeurs à ses systèmes informatiques afin de s’ajuster aux nouvelles modalités de paiement des médecins.

Le message du syndicat des médecins de famille est clair, le virage sera long, il sera informatiquement coûteux et ne changera pas considérablement la donne en termes d’accessibilité aux services médicaux dans un contexte de pénurie d’infirmières.

De son côté, le premier ministre ne jure que par la capitation (le paiement à forfait pour la prise en charge et le suivi de patients), un concept flou pour une majorité de Québécois. M. Legault semble impatient et prêt à imposer sa vision par décret. Les parties négociantes seraient à la croisée des chemins.

En prévention d’un coup de force gouvernemental et souhaitant obtenir un maximum d’appui de la part du public, le syndicat des médecins propose une campagne de publicité mettant en scène de vrais patients vantant les mérites de leur vrai médecin de famille. Cette stratégie de communication fait partie de la joute.

Toutefois, dans un dossier aussi névralgique que celui de l’accessibilité aux services médicaux de base, s’il veut conserver la sympathie de la population, le premier ministre devra jouer franc jeu. Ainsi, en homme d’affaires à succès qu’il a été et en bon comptable qu’il est toujours, le premier ministre Legault doit, contrairement à la façon de faire de son prédécesseur, mettre les vrais chiffres sur la table.

Grâce à sa réforme du mode de rémunération des médecins de famille, de combien, par trimestre et d’ici la fin de son mandat, les visites non optimales (P4 et P5) aux urgences, et conséquemment le temps d’attente, diminueront-elles ? Que le premier ministre fasse preuve de courage et qu’il dévoile à visière levée et en toute transparence les attentes réelles de son gouvernement en cette matière.

3 commentaires
  • Gérard Raymond - Abonné 11 février 2020 06 h 18

    Ce sont les Québécois qui ont payé la large part du coût des études des médecins (70 % ou 90 %) ! Qu’en est-il précisément ?
    On oblige les policiers et les pompiers à se relayer, à être de service le soir, la nuit et les fins de semaine, au cas où une catastrophe surviendrait mais on permet aux médecins dont le travail est de répondre à des besoins de santé immédiats, pressants, de bénéficier de la parfaite tranquillité.

    Pour qui ces gens se prennent-ils ? Peut-on dire qu’ils sont parmi les pires profiteurs de notre société ? Et qu’ils le demeureraient tant et aussi longtemps que les ministres de la santé seront des médecins plutôt que des administrateurs ?

    La seule façon de rendre ce beau monde disponible aux besoins des malades est de les rendre salariés, quitte à leur fournir les locaux et le personnel administratif requis à l’exercice de leur métier. Leur revenu annuel serait alors fonction du nombre d’heures travaillées dans l’année plutôt qu’en fonction de la multiplicité de prescriptions de tous ordres, à seule fin rentables.

    Le parti politique qui aurait le courage de s’y engager, lors de la prochaine élection, recevrait mon appui.

  • Claude Gélinas - Abonné 11 février 2020 10 h 45

    De l'esbroufe que ce recul !

    Et dire qu'en campagne électorale le PM promettait, sauf erreur, de couper d'un milliard par année l'enveloppe des médecins spécialistes. Et suite de l'entente la Présidente de la Fédération triomphante et le Président du Conseil du Trésoir penaud dans son coin obligé d'avaler la couleuvre. Des pleutres !

    • Simon Grenier - Abonné 11 février 2020 12 h 18

      Recul? On n'a jamais avancé, en dépit des mots qui sortent de la bouche de cette pauvre marionnette de Mme McCann depuis un an.