#MeToo change tout

Peut-on encore enseigner les oeuvres du marquis de Sade, de Georges Bataille, de Charles Bukowski ou de Gabriel Matzneff en toute impunité aujourd’hui ? Peut-on analyser en classe les films de Woody Allen, de Claude Jutra ou de Roman Polanski, pour ne nommer que ceux-là ?

Depuis le début de la vague de dénonciations d’agressions sexuelles et de harcèlement, tant aux États-Unis qu’au Québec en passant par la France, les mentalités changent, et l’évaluation de la moralité de certains gestes ou de certains propos s’est modifiée.

Les oeuvres d’art n’échappent pas à cette révision de l’acceptabilité d’idées véhiculées par les créateurs. Et la vie des artistes est aujourd’hui soumise à un examen attentif de leurs comportements. On en vient même à s’interroger sur la pertinence de présenter en classe un film comme Orange mécanique, dont le contenu peut choquer par ses scènes de viols collectifs montrées de façon complaisante, selon certains élèves depuis deux ans.

On n’a pas fini de mesurer l’ampleur du bouleversement social du mouvement #MeToo en Occident. Notre sensibilité aux attitudes, aux gestes et aux propos dégradants augmente notre vigilance à leur endroit, ce qui permet de les dénoncer.

Désormais, on ne peut plus se cacher derrière les paravents de la tradition, des moeurs ou encore du prestige des auteurs afin d’excuser les comportements déplacés dans la société ou à travers les oeuvres d’art.

Faut-il censurer et ne plus enseigner, comme certains le proposent, les créations jugées non conformes aux valeurs de la société ? Devrait-on plutôt, comme le suggère Vanessa Springora, l’autrice du livre-choc Le consentement, continuer de montrer et d’analyser les oeuvres litigieuses en soulignant les éléments biographiques et historiques qui expliquent en partie les idées qu’elles véhiculent ?

Quoi qu’il en soit, depuis #MeToo, nous ne sommes plus innocents. Et c’est tant mieux pour nous tous en tant que société. Notre système d’éducation devra en tenir compte maintenant.

6 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 10 février 2020 04 h 47

    On peut généraliser

    On peut regarder tous ces films et même tous les films avec la connaissance des influences des auteurs. Certains sont homosexuels et font pleins de références du genre. D'autres sont italiens et font pleins de films d'histoires de mafieux. Certains sont anglais et font pleins de films à tendances pro-anglais et anti-français. Certains aiment les enfants et font plein de films avec des enfants. Certains aiment la guerre et font plein de films de guerre.
    «Peut-on analyser en classe les films de Woody Allen, de Claude Jutra ou de Roman Polanski...?» demande l'auteur de l'article. Réponse: évidemement. Il sufit d,en profiter pour analyser leurs déviances. Dans le contexte canadien français, ou simplement français, Claude Jutra me parait le pire. Il ne nous montrait pas sous un bon jour. Maintenant on se rend compte qu'il voulait montrer l'intérêt sexuel hétéro comme étant étrange alors que celui des garçons pubères homosexuels comme étant plus propre et acceptable.
    Mais leurs films ont été montrés en salle. Ils ne sont pas plus choquants que les films de guerre qui sont bien populaires.
    En classe, le critère devrait être: le film a-t-il une valeur éducative? Oui, alors pas de problème.

    Bon, avec le #metoo, est-ce que le «french bashing» serait aussi mal vu? Le «french bashing» utilise aussi les fausses accusations de viols.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 10 février 2020 09 h 27

    «Peut-on enseigner l'oeuvre du marquis de Sade, de Georges Bataille, de Charles Bukowski […] en toute impunité aujourd’hui?» (Guy Ferland)


    Pas grave. Vous avez le loisir de vous rabattre sur l'œuvre de Mme Bombardier, qui a obtenu l'imprimatur

  • Paul Gagnon - Inscrit 10 février 2020 09 h 40

    Les Talibans, eux, préfèrent tirer l'art honni à coup de canon.

    Question de perspectives. Ou de moyens.
    Ici les canons sont des youtubes ou twitteur...

  • Marc Therrien - Abonné 10 février 2020 09 h 56

    Avec #metoo, on allume ou on éteint la lumière?


    Il semble que pour les gens de bien, « ceux qui font comme les autres » disait Anatole France, il suffirait pour faire advenir la culture du bien d’empêcher la représentation des réalités les plus sombres de la nature humaine pour les faire disparaître. Il y a de la pensée magique dans cette idée que si on ne montre pas ce qui existe, peut-être que ce qui existe va disparaître de lui-même à force de rester caché.

    Un des buts de l’art est la représentation de ce qui existe notamment dans les zones ombrageuses de l’humain. Il présente à nouveau en donnant à voir ce qui nous tourmente pour que nous puissions l’observer à distance et y réfléchir. C’est pourquoi on voit mal comment on pourrait interdire de montrer ce qui existe. Interdire au réel d’exister me semble effectivement une idée folle. L’excès de rectitude politique qui conduirait à accentuer les mécanismes de déni et de refoulement empêchant la mentalisation et la verbalisation de la souffrance personnelle et sociale, au contraire de créer un monde plus humain où personne n’est plus blessé par ce qui heurte son regard et sa vision du monde, pourrait contribuer à une augmentation des passages à l’acte agressif par compensation. Toute chose résiste à la volonté d'autrui de la faire disparaître. C'est pourquoi pour améliorer le monde, il suffit parfois de créer plus de beauté, de faire jaillir la lumière de l’obscurité.

    Marc Therrien

  • Serge Grenier - Abonné 10 février 2020 10 h 34

    Par souci de cohérence

    Il y a des personnes qui ont abusé sexuellement des autres dans tous les domaines de la société, pas seulement dans la culture et les sports. S'il fallait bloquer les oeuvres de toutes les personnes qui ont quelque chose à se reprocher, il ne resterait plus grand chose. Par contre, ça ne peut pas continuer comme avant, impunément. Alors quoi? Je n'ai pas de réponse toute faite.

    Dans cette affaire, il faut faire attention de ne pas passer à côté de l'essentiel : on veut que les agresseurs prennent conscience de leurs erreurs et qu'ils changent. Bien sûr que ça prend des mesures disciplinaires. Mais j'ose espérer qu'avec tout ce battage médiatique, il y en a parmi les agresseurs qui commencent à se poser des questions et à comprendre que la réponse est qu'ils doivent changer profondément. Et faire les premiers pas pour réparer leurs méfaits.

    Bien sûr qu'il faut régler le passé, mais il faut le faire sans négliger le présent. Comment aujourd'hui, un agresseur peut-il prétendre ignorer les conséquences de ses agressions? Nous devrions être sans pitié pour les agressions du passé, mais absolument IMPITOYABLES en ce qui a trait aux agressions qui ont lieu en ce moment même.

    Et surtout, le système judiciaire qui a manqué de jugement au point de blâmer les victimes pour libérer les agresseurs devrait être révisé de fond en comble. Plusieurs procès devraient être réouverts avec les juges assis sur le banc des accusés à côté des agresseurs qu'ils ont protégés.