Je dis quoi? Je fais quoi?

Dans Le Devoir du samedi 25 janvier, dans le cahier spécial consacré à l’enseignement supérieur, je lis cet article,« Pour le bien-être de la communauté LGBTQ + ». Juste à côté dudit article, c’est écrit : « Former des citoyens ouverts d’esprit ». L’article ne s’arrête pas seulement à la communauté LGBTQ +, il parle également de plusieurs autres communautés ou groupes qui côtoient l’Université de Montréal.

Comme catholique et prêtre, trois questions me sont venues à l’esprit à la lecture de cet article : Je dis quoi ? Je fais quoi ? Quelle place ces communautés occupent-elles dans nos réflexions pastorales ?

Je sais que notre passé et le dévoilement au grand jour de conduites sexuelles criminelles de certains prêtres nous ont rendus muets et nous font raser les murs lorsque nous sortons de notre « territoire ecclésial ».

La peur d’affronter la tempête nous amène à ne nous adresser qu’à un auditoire rassurant, mais qui se rétrécit de jour en jour et qui a l’âge des « has been ». Certes, beaucoup d’efforts sont faits pour essayer de corriger le tir ; à moins d’être aveugle, force est de reconnaître que la glissade vers le bas se poursuit irrémédiablement.

Je pourrais bien dire : On dit quoi ? On fait quoi ? Je préfère dire : Je dis quoi ? Je fais quoi ?

Ces personnes qui se disent de la communauté LGBQT + m’amènent à interroger ma propre foi, la Personne et le Livre sur lesquels s’appuie ma foi. Qu’un prêtre veuille échanger avec des personnes LGBTQ + est vu comme suspect au départ, et avec raison. Mais comment être « ouvert d’esprit » si je ne suis pas prêt à entendre une autre parole ? Je dois entendre votre parole pour aller plus loin. Permettez-moi de marcher avec vous, avec cette question que mon Maître posait à ceux avec qui il voulait marcher : « Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? » (Luc 24, 17).

8 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 5 février 2020 05 h 37

    Prêtre, homo

    Les crimes des prêtres étaient souvent homosexuels. Voilà qui fait un sujet de discussion naturel...

  • Marc Therrien - Abonné 5 février 2020 07 h 34

    Vous leur parlez de l'immutabilité de la doctrine qui est là pour rassurer


    Bien que l’Église catholique soit acculée au pied du mur et doive faire un examen de conscience sincère, il semble peu probable qu’elle en arrive à remettre en question sa doctrine et ses dogmes. Parmi les raisons pouvant expliquer la résistance de l’Église Catholique à remettre en question ses dogmes fondamentaux, Maurice Lagueux, dans un passage de son livre « Tout en même temps agnostique et croyant », explique ce qui a amené l’Église à faire de « l’immutabilité de la doctrine » un principe sacré. C’est que, entre autres, pour les autorités ecclésiales toute forme d’évolution de la doctrine risque d’être perçue comme un aveu d’échec. Si l’Église propose une doctrine qui découle de la Parole de Dieu établi comme infiniment et éternellement parfait, on comprend qu’il soit difficile pour elle d’être ouverte au changement qui vient avec l’évolution. Comment percevrait-on alors le passage à un nouvel état d’être suivant un changement? Soit comme un abandon de l’état parfait antérieur, soit comme un accès à une perfection qui n’était donc pas présente jusque-là. Ainsi, le fait de changer un iota de la doctrine risquerait d’entraîner un effet domino qui aurait pour conséquence l’effritement sans limite des doctrines qui composent la Foi. Enfin, certains parmi les fervents fidèles pourraient percevoir comme un opportunisme méprisable les volontés de faire évoluer la doctrine en fonction de l’adaptation aux exigences des « modes du moment ». La remise en question de la croyance en l'immuable, en ce quelque chose de figé dans un monde en perpétuel changement, se ferait au prix d'une grande angoisse pour les personnes qui y ont trouvé leur sécurité.

    Marc Therrien

  • marie josee godin - Abonnée 5 février 2020 08 h 37

    Si tous les prêtes avaient votre ouverture d'esprit , les églises seraient moins vides.
    Encore faut-il, que des gestes suivent vos paroles .
    Revenez nous en parler quand vous aurez marcher avec tout le monde .
    Marie Josee Godin

  • Jean-François Trottier - Abonné 5 février 2020 09 h 14

    Relire la nouveau Testament

    M. Émard,

    Je vais tenter de situer votre doute selon ma propre perspective.

    Il n'est nulle part fait mention que Jésus aurait décrié quelque pratique sexuelle non-normative que ce soit. Pourquoi ne pas en parler alors que les Actes des Apôtres débordent de morale?

    Personne n'a prétendu que les Évangiles étaient dictés par Dieu, contrairement au Coran par exemple. Les Évangiles exigent donc une lecture critique. Très critique!

    L'ère chrétienne a vu l'intervention divine se faire de plus en plus discrète. Des miracles "personnels", pas de soleil qui tourne dans le ciel, pas de murs qui croulent au son des trompettes.
    Nous parlons depuis 2000 ans d'humains qui imposent une morale, pas de Jésus : lui n'en a pas parlé.

    Ces humains sont 12, et nous n'avons retenu que 4 de leurs écrits.
    Paul de Tarse occupe une place importante dans la partie "Actes des apôtres", avec pour seul mérite qu'il s'est proclamé lui-même l'apôtre choisi par Dieu.
    La partie "morale" du christianisme émane surtout de lui.
    Paul était Essénien, l'équivalent des Hassidiques actuels.
    Jésus n'était pas Essénien.

    Il y avait au moins 100 disciples autour de Jésus.
    De ceux-ci les apôtres n'étaient ni "préférés", ni plus proches que les autres.

    La suite se nomme une prise de pouvoir et la création d'une idéologie avant tout astreignante par 12 Esséniens parmi une centaine.

    Je doute des paroles de Jésus rapportées dans les Évangiles. Il est inimaginable qu'il se soit adressé aux femmes en les nommant "femme" comme du bétail, comme les Esséniens.
    Contrairement à ses contemporains il considérait les enfants. Les apôtres en font mention le moins possible, comme d'une "lubie" quasiment.
    Comment les prendre au sérieux au sujet des femmes? Et de la sexualité?

    Vous pouvez donc parler librement aux LGBTQ+ en accord avec Jésus.

    Et non, je ne suis pas chrétien. C'est justement la lecture des Évangiles qui m'en a convaincu.

  • Guy O'Bomsawin - Abonné 5 février 2020 14 h 03

    Un Juste parmi nous

    Le ministère de Lionel Émard a toujours été fondé sur l'écoute, la compréhension, la compassion et le soutien, sans préjugés quant aux allégeances et à la situation sociale des gens, comme, le cas échéant, à la nature de leurs problèmes. S'il avait été à la tête de l'Église catholique, on ose croire que son magistère ne serait plus tenu pour anachronique, lequel, à l'exemple de toute autorité, est encore, par insécurité, administré avec une rigidité qui ne tient à peu près nullement compte de la puissante vague de l'évolution des sociétés, cette vague sur laquelle ce prêtre a toujours su naviguer en maître; ce que François, de même étoffe, reconnaîtrait sans doute volontiers. Un Juste parmi nous.