En réaction au «Manifeste contre le dogmatisme universitaire»

Les signataires du « Manifeste contre le dogmatisme universitaire » font preuve d’une inconséquence désarmante. Alors même que ces étudiants prétendument « nationalistes » accusent leurs pairs plus progressistes de manichéisme, ils versent eux-mêmes dans le plus grossier des manques de nuance.

Au monolithe d’un corps professoral de « gauche postmoderne » ayant supposément « réussi à monopoliser les lieux de pouvoir » (surenchère paranoïaque s’il en est !) ils opposent leur farouche résistance à titre de défenseurs de la pluralité des opinions. Une armée de petits David frondeurs face au Goliath de la rectitude politique. Du « blanc contre noir » à son état pur. Mani n’aurait pu rêver plus épique hyperbole. Étant donné la grande diversité des opinions concernant l’histoire, le genre et les relations de pouvoirs entre groupes ethniques qui aujourd’hui comme hier fusent en réalité dans nos départements universitaires, on ne peut que rester bouche bée devant l’absurde hypocrisie des signataires de ce manifeste étourdi.

Après l’effarement, bien heureusement, l’amusement : bien qu’ils se défendent de se présenter comme victimes, nos petits drôles affirment sans ambages que ce supposé dogme de la bien-pensance universitaire serait le résultat d’une « colonisation mentale » anglo-saxonne et impérialiste — et ce, alors même qu’à la tête du véritable empire anglo-saxon que sont les États-Unis se trouve non pas quelque théoricien ou théoricienne de l’intersectionnalité, mais bien un homme plus blanc que blanc, sexiste, xénophobe et ethno-nationaliste de surcroît. Un peu de sérieux, chers jeunes ! Et aussi, soyez rassurés : les temps n’ont pas encore trop changé ; il est encore des sphères où le « gros bon sens » d’antan fait encore autorité !

14 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 3 février 2020 00 h 30

    La pensée unique est bel et bien installée dans nos universités et ceux qui osent contester sont accusés de racisme.

    Non, monsieur Panaioti, vous avez tort. Les étudiants auteurs de ce manifeste ont raison. Selon, Jordan Peterson, professeur de psychologie à l’université de Toronto: « Ainsi, depuis les années 1970, sous le couvert du postmodernisme nous avons vu une expansion rapide des politiques identitaires dans toutes les universités».
    «Nous avons financé par des fonds publics les porteurs d’idées «postmodernistes gauchistes» et extrêmement radicales qui veulent à tout prix démolir le fondement de la civilisation occidentale.  Les gens qui tiennent à cette doctrine – une doctrine radicale, postmoderne et communautaire qui rend primordiale l’identité raciale, ou l’identité sexuelle, ou l’identité du genre, ou toute autre sorte d’identité de groupe – exercent leur contrôle sur la plupart des structures bureaucratiques de leur base au niveau intermédiaire, ainsi que sur de nombreux gouvernements », a fait valoir M. Peterson.
    La novlangue exige que l'on se débarrasse de l'appellation «mère», «père», «madame», «monsieur» et j'en passe.

    • Robert Mainville - Abonné 3 février 2020 07 h 02

      En citant Jordan Peterson, professeur de psychologie à l’université de Toronto, ne démontrez-vous pas que l'université n'est pas le lieu de la dictature gauchisante que dénoncent les auteurs de ce soi-disant "manifeste" ?

    • Cyril Dionne - Abonné 3 février 2020 08 h 40

      Bien d'accord avec vous Mme Alexan.

      Mais est-ce que quelqu’un peut bien me dire ce que fait la philosophie dans une université polytechnique des sciences pures et appliquées comme Ryerson? Voilà le premier point suspect. On imagine que c’est pour « patcher » des trous comme nous le rappelle plusieurs expressions universitaires en Ontario.

      Ceci dit, le dogmatisme universitaire a pour but de créer une marche à suivre afin d’avoir des pratiques d’évitement pour nous conduire à l’autocensure. Kanata et SLĀV en sont un exemple frappant. Bien oui à l’université, il faut limiter les discours des enseignants et des étudiants qui vont à l’encontre des dogmes de la bien-pensance qui conjuguent aux minorités revendicatrices.

      En limitant cette liberté d’expression, ils ne rendent pas services aux jeunes qui ne sont pas préparés au monde réel. Vous savez, dans la réalité, on ne gagne pas un trophée pour avoir participé. Nous avons connu le Super Bowl cette fin de semaine et pourtant les joueurs millionnaires participants nous venaient de tous les horizons ethniques de la planète. Le seul critère; est-ce que vous avez le talent pour cette compétition féroce qu’est la NFL et le monde réel? En tout cas, Laurent Duvernay-Tardif l’a bien compris celle-là.

      Les dogmes de la rectitude politique sont concentrés et intériorisés et ensuite entérinés par une culture victimaire des minorités. C’est la transcendance tyrannique des minorités. C’est pour cela qu’ils ne comprennent pas pourquoi 80% des gens au Québec favorisent la laïcité. D’où le communautarisme ambiant des politiques multiculturalistes et néolibéralistes qui renforcent les éléments les plus réactionnaires, sectaires et antidémocratiques des religions comme l’islam, qui vont à l’encontre même des dogmes de la rectitude politique.

      Enfin, tout comme pour les bien-pensants à la sauce de Québec solidaire, il faut qu'ils pratiquent le terrorisme intellectuel orwellien afin de limiter la liberté d’expression.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 février 2020 08 h 56

      Monsieur Dionne, votre mépris est de plus en plus délirant...

    • Nadia Alexan - Abonnée 3 février 2020 10 h 42

      À monsieur Robert Mainville: Le professeur, Jordan Peterson, est l'exception à la règle dans nos universités et il est décrié, boudé et discrédité par la bien-pensance, postmoderniste, qui règne en milieu universitaire.

    • Marc Therrien - Abonné 3 février 2020 12 h 08

      Il me semble que l’existence d’une pensée unique qui fait sentir sa présence voire son omniprésence présuppose l’existence d’une autre pensée de laquelle elle souhaite se distinguer. Il serait intéressant de faire l’exercice de définir à plusieurs cette pensée unique en une seule phrase en commençant par vous madame Alexan. On découvrirait sûrement une variété de définitions lesquelles apporteraient des nuances. Et même s’il y avait une pensée unique, disons pour jaser, celle qui promeut les bienfaits de l’individualisme postmoderne, il n’empêche qu’elle produit un foisonnement d’idées nouvelles dans divers champs disciplinaires de connaissance. Il me semble entendre parfois les pourfendeurs de la pensée unique demander qu’on arrête de penser à ce qui les heurte, les bouleverse ou leur fait peur.
      Je ne sais pas trop quoi penser d’une pensée unique qui pense trop et déborde d’idées.

      Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 4 février 2020 11 h 45

      Un petit vidéo à propos du postmodernisme et de M. Peterson, pour les personnes qui s'intéressent à ces questions:
      https://www.youtube.com/watch?v=eZw7_wTebJc&list=PLlD0Z7re2vqo9XteHe5Uzrif7iahrzHT6&index=3

      Pas trop long, environ 16 minutes.

  • Robert Mainville - Abonné 3 février 2020 06 h 47

    Enfin un peu de cohérence !

    Merci Monsieur Panaioti de si bien démontrer les aspects absurdes de ce risible "manifeste", qui illustre de manière tellement caricaturale le délire de victimisation qui affecte la droite moderne. Cette droite qui détient tous les pouvoirs et qui, néanmoins, se sent attaquée, diminuée, conspuée. La droite moderne ne tolère plus d'être confrontée : elle veut écraser et réduire au silence les voix de la résistance. Le pire étant qu'elle n'est pas si loin d'avoir atteint ce but, même dans ce lieu de liberté qu'est l'université.

    • Pierre Desautels - Abonné 3 février 2020 11 h 20


      Merci. Vous avez bien résumé la situation.

  • Jean-François Trottier - Abonné 3 février 2020 09 h 37

    Quand on ne sait pas penser...

    " réussi à monopoliser les lieux de pouvoir » (surenchère paranoïaque s’il en est !)"
    Où est la démonstration?

    Moi, je vois que tout un pan du discours est diparu des médias suite aux charges d'onagre des moralistes bien-pensants.
    Le recul de madame Bonifassi, qui est loin d'être riche et voulait rendre un hommage à des personnes, parle par lui-même. D'un sujet de discussion, à savoir "est-ce qu'une personne peut parler d'autre chose qu'elle-même", ou encore "doit-on mettre à mort la solidarité entre différentes couleurs pour raison de représentativité", on est allé directement au tabou noir et opaque.
    Alors j'attends que vous ayiez assez de sens commun pour expliquer vos assertions comme des ambages de la pensée face à la réalité.
    Si vous n'aimez pas "ambages", j'ai aussi "perversions"...

    "défenseurs de la pluralité des opinions. Une armée de petits David frondeurs face au Goliath de la rectitude politique. Du « blanc contre noir » à son état pur."
    Les signataires de cette lettre recouvrent de très nombreuses et diverses opinions, et votre attaque au messager, déjà assez sale, devient totalement mensongère, rien que ça.
    En général les tenants de la bien-pensance sont incapables d'imaginer que des opinions autres que les leurs puissent être diversifiées. Vous en êtes la preuve vivante et tonitruante.
    Vous voulez insulter des gens en parlant de David, vous vous montrer un parfait Goliath... ce qui nous ramène à la "surenchère paranoïaque" plus haut.

    En effet, Goliath ne peut survivre sans ennemi. Il en a un besoin maladif, mais dès qu'il est mis en cause il crie fort fort "C'est pas moi c'est pas moi!"

    Malhonnête et lâche oui. Le moralisme est un anti-humaniste auquel vous participez avec une morgue inconvenante, tout simplement.

    Malheureusement je ne puis pas dire que vous m'amusez. Pitié, oui. Irritatation, certainement. Pas drôle.

    En tout cas pour un philosophe, vous pensez comme un pied.

  • Colette Richard-Hardy - Abonné 3 février 2020 09 h 41

    Délire!!!

    Mais qui délire si ce n'est que ceux qui semblent être les seuls à avoir la vérité!

  • Yvon Montoya - Inscrit 3 février 2020 11 h 39

    Merci pour cette réaction laquelle, in fine, nous offre encore de l'espoir pour des temps à venir puisque la ''lucidité'' d'une pensée saine n'a pas encore disparue de nos sphères intellectuelles et non seulement universitaires. Le Don quichotisme échevelé de ces néo-conservateurs réactionnaires comme vous le rappelez si bien en fin de votre réaction reste tout de même un sacré brouillard comico-politique mais pas dénué de dangers si pouvoir leur est offert (Cf. à Trump/Bannon, Pologne, Hongrie, Grande Bretagne, Brésil etc...). Merci.

    • Nadia Alexan - Abonnée 3 février 2020 19 h 02

      Je suis offusqué, monsieur Montoya, que vous accusiez de «néoconservateurs réactionnaires» ceux et celles qui militent pour le dialogue, contre la censure. Vous mettez les gens qui militent pour le bon sens et contre la pensée unique dans le même camp des dictateurs tels que les Bolsénaros et les Trump de ce monde, malgré que nous sommes de la gauche des Lumières, qui rejettent le dogmatisme et le sectarisme individualiste des groupuscules qui veulent nous enfermer dans l'obscurantisme de la droite identitaire. Vous faites le travail des «idiots utiles».