Fernand Daoust, un passeur d’expérience

J’ai connu monsieur Fernand Daoust au tout début de l’application de la Charte de la langue française alors que j’avais la responsabilité d’ouvrir les bureaux régionaux de l’Office de 1979 à 1983. Il était membre du conseil d’administration. Combien de fois, après les réunions officielles du CA ai-je eu l’avantage de recevoir ses précieux conseils. Il connaissait dans toutes les régions du Québec des ardents défenseurs de la langue française, syndicalistes, gens d’affaires, membres de groupes communautaires, maires, etc., qui pouvaient nous aider à réaliser notre objectif. Huit bureaux régionaux ont été créés durant cette période.

Je l’ai retrouvé, quelques années plus tard (1987-1995). Il était toujours membre du conseil d’administration. J’étais devenue directrice de la francisation des entreprises et de l’administration. À ce titre, je devais présenter devant les membres du conseil les dossiers des entreprises (de 100 employés et plus) qui devaient, de mon avis et de celui des conseillers en francisation, obtenir leur certification de francisation. Il était exigeant, vigilant, curieux de connaître nos approches, nos méthodes de persuasion pour réussir à faire adopter le français comme langue du travail à des propriétaires ou dirigeants qui ne connaissaient pas la langue de Molière. Il a fallu lui rappeler qu’il nous avait un jour conseillé de parler d’accidents de travail et d’argent aux dirigeants des grandes entreprises pour que le message porte.

La tournée des entreprises nous apprit rapidement que les syndicalistes se plaignaient du taux anormal d’accidents de travail sur les chaînes de production. Ils étaient persuadés que les travailleurs — lors d’un bris mécanique ou autre incident — ne comprenaient pas les instructions données en anglais seulement. Ils prétendaient également que plusieurs consignes rédigées uniquement en anglais n’étaient pas respectées tout simplement parce que le personnel ne pouvait pas les comprendre.

Les accidents de travail coûtent cher aux entreprises. La stratégie d’intervention fut rapidement prise : pour accepter la francisation, il faut que ça rapporte : moins d’accidents de travail, plus d’argent. C’est donc à Fernand Daoust, que nous devons cette idée lumineuse qui a permis que le français s’installe de plus en plus en milieu de travail. Merci, monsieur Daoust, de nous avoir aidés à franciser une partie des entreprises du Québec. Qui prendra maintenant la relève ?