Les citoyens peuvent faire leurs propres choix

Dans une entrevue réalisée par Annabelle Caillou du Devoir, Corinne Voyer, de la Coalition Poids, signe en réclamant une nouvelle taxe sur les boissons sucrées. Je ne peux m’empêcher d’y voir une énième demande pour un paternalisme bien-pensant au gouvernement.

Tel que le reconnaît Mme Voyer, les efforts de sensibilisation de la dernière décennie ont fonctionné. La consommation de boissons gazeuses a diminué de moitié entre 2004 et 2015, et c’est grâce à ces efforts.

Si la sensibilisation est intéressante, c’est notamment parce qu’elle laisse libre choix aux citoyens, tout en les informant des conséquences néfastes que peuvent avoir leurs décisions.

En imposant une taxe, en revanche, l’on ne vient plus recommander un nouveau mode de vie au citoyen, mais plutôt le punir pour son mode de vie. Au lieu de privilégier les conseils, on privilégie la punition.

Ce genre de paternalisme étatique n’a pas sa place. Les citoyens ont l’information nécessaire pour faire leurs propres choix, et nous devons les respecter.

8 commentaires
  • Christian Labrie - Abonné 20 janvier 2020 07 h 40

    Responsabiliser

    L'idée d'une taxe sur les boissons sucrés, ou autres biens comme la cigarette ou l'essence, n'est ni paternaliste, ni un moyen d'influencer le consommateur, ni de protéger sa santé. Il s'agit d'équitė. Si une habitude une consommation améne des coûts à l'ensemble de la société, en soins de santé, en entretien des routes, etc... pour des choses qui ne sont pas essentielles, c'est ceux qui les consomment qui devraient en assumer les coûts, pas tous les contribuables.
    Par contre, payer aveuglément pour des choix qui ne sont pas les siens, comme on répare les pots cassés par des enfants, c'est cela du paternalisme. Un véritable choix implique d'assumer ses responsabilités.

    • Nadia Alexan - Abonnée 20 janvier 2020 16 h 19

      En effet, l'utilisation du mot «libre choix» est une arnaque que les commerçants utilisent à toutes les sauces pour justifier leur comportement prédateur et pour empêcher nos gouvernements à légiférer dans l'intérêt public. Les compagnies de cigarettes employaient le même langage de «libre choix» pour empêcher nos gouvernements de les règlementer. Par contre, la seule mesure qui a réduit la fumée des cigarettes était la hausse des taxes sur les cigarettes.

  • Jean-François Trottier - Abonné 20 janvier 2020 08 h 15

    Un produit de luxe

    Pour ma part j'ai toujours trouvé assez étrange que des produits de première nécessité, ou faisant partie des bonnes habitudes de vie, soient taxés autant que les produits de luxe, comme par exemple les boissons déjà sucrées avant l'achat.

    Appeler dans ce cas à la liberté du "citoyen", terme qui commence à me lasser tant il est utilisé à toutes les sauces, est pour le moins étrange.

    Par contre, j'aimerais bien que certaines tranches de taxes soient automatiquement et clairement dévolues à des fonctions particulières, par exemple la santé dans le cas d'aliments statistiquement nocifs comme les boissons gazeuses sucrées.
    J'admet que ce sera toujours difficile, ne serait-ce que parce que le gouvernement en profiterait pour couper dans le même secteur via son budget "discrétionnaire", mais je continue à creuser la question.

    En tout cas, je suis en total désaccord avec M. Brossard. Les gens restent libres d'acheter ce qu'ils veulent. Le service de la santé n'est pas gratuit, s'ils décident en "toute liberté" de l'engorger encore plus, ils peuvent payer.

    Parler de liberté ici s'approche de la pensée libertarienne, si on peut vraiment parler de pensée.

  • Hermel Cyr - Abonné 20 janvier 2020 08 h 49

    « Paternalisme » ou « responsabilité » ?

    Qui paie pour les traitements du diabète de type B qui est la maladie la plus en hausse des dernières décennies ? Qui paie pour les traitements du cancer des poumons ? Pour éviter ce « paternalisme » de l’État, faudrait-il opter pour le principe de « responsabilité » et faire payer le victimes de ces maladies ? Entre deux maux, il faut parfois choisir le moindre.

  • Denis Drapeau - Abonné 20 janvier 2020 10 h 05

    Encore une extension du nombril en guise de sociologie

    «Les citoyens ont l’information nécessaire pour faire leurs propres choix, et nous devons les respecter.»

    Un autre individualiste libertaire qui croit que si lui à toute l’information nécessaire (présomptueux) tous les autres citoyens l’on aussi. En plus, il présume aussi qu’ils sont à même de décortiquer les étiquettes sur les produits consommés (grosse job) et qu’ils ont des connaissances médicales suffisantes pour évaluer le risque de consommer trop de sucre sur leur santé. Ben non mon gars, tous les citoyens ne sont pas à l’image de ton savant nombril.

    D’autre part, je n’ai rien contre la liberté absolue de faire ces propres choix à condition d’en assumer seul les conséquences. Or, le sucre comme les tabac et autres produits nocifs engendrent des coûts élevés pour le système de santé et ça, c’est l’ensemble de la population qui en défraie les coûts. Cette population, par le biais de ses élu-e-s, a donc le droit de limiter le sacro-saint droit égoïste de faire tous les choix désirés. Les libertaires confondent liberté et licence.

  • Jean Robillard - Abonné 20 janvier 2020 11 h 46

    Taxer n’est pas punir

    L'argument de ce monsieur repose essentiellement sur le dogme néolibéral, voire libertarien, de l'iniquité supposée de l'Etat et de la valeur négative de toute taxation. Or, la réalité est que le surpoids engendre à court, moyen et long termes des coûts en soins de santé. A moins de réclamer ensuite un approfondissement et un élargissement de la privatisation du système des soins de santé, une taxe sur les produits obésogenes ou qui ont une incidence négative sur la santé (cardiopathie, diabète, surpoids, etc.) validée scientifiquement ne peut que servir à compenser pour les coûts générés par la consommation de tels produits. Là ou ce monsieur devrait débuter son raisonnement, c'est plutôt, ce qui ne devrait pas lui déplaire, avec la prémisse que toute action individuelle menée dans le cadre social d'un marché quelconque est imprégnée d'une responsabilité envers les autres acteurs de ce même cadre. Mais il est vrai que le libertarianisme rejette aussi cette idée de la responsabilité individuelle pour mieux lui opposer celle de l'irresponsabilité de l'Etat et de l'absolue souveraineté du moi. Une taxe n'est pas punitive, elle peut être dissuasive, ce qui est par contre difficilement mesurable, mais c'est assurément un instrument qui associe cette responsabilité individuelle au cadre duquel elle dépend. L'Etat a quant à lui la responsabilité d'assurer un juste usage des sommes ainsi collectées pour le mieux-être de tous: les fameux contribuables que ce monsieur prétend représenter. Ce sont les règles de la gouvernance démocratique qui peuvent ensuite permettre le suivi adéquat des programmes de l'Etat, bien que cela représente également de grands défis dans nos sociétés.