Merci M. Matzneff

Grâce à lui, Bernard Pivot nous fait le plus clair des aveux depuis le siècle des Lumières.

M. Matzneff a nourri grassement la moraine qui ramasse depuis trop longtemps les autoproclamés défonceurs de tabous, libres penseurs sans jalons, qui refusent à leur pensée même quelque concession sociale et encore moins quelque reconnaissance du canevas moral sur lequel nos fondations s’appuyaient et maintenant s’effritent. Cette moraine qui glisse lentement sur notre civilisation, entraînant tant de personnages publics dans des scandales qui arrivent trop tard : nous n’avons plus la clairvoyance de renverser cette force inerte qui nous entraîne. En descendant, elle a causé l’éveil des moqueurs et des arrogants et leur fiel coule dans l’eau qui nous abreuve.

Quand on étouffe le surnaturel, la lumière s’affaiblit et l’homme de Cro-Magnon sort en courant et criant de sa caverne. La bête sort de lui et il prétend libérer les autres en les asservissant.

Et de dire M. Pivot : « Il m’aurait fallu beaucoup de lucidité et une grande force de caractère pour me soustraire aux dérives d’une liberté dont s’accommodaient tout autant mes confrères de la presse écrite et de la radio. »

Cette lucidité qui fait défaut au siècle des Lumières et ce manque de caractère sont en grande partie la cause des dites dérives et la liberté ainsi auto-octroyée se doit de détruire tous les repères et phares sur son passage pour exister.

Peu de chance que cette érosion incite la presse et la radio à en appeler aux peuples et aux citoyens occidentaux à une marche contre le siècle des ténèbres à l’assaut de la raison.

4 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 9 janvier 2020 11 h 04

    La descente vers le drain d'une époque molle.

    "M. Matzneff a nourri grassement la moraine qui ramasse depuis trop longtemps les autoproclamés défonceurs de tabous, libres penseurs sans jalons, qui refusent à leur pensée même quelque concession sociale et encore moins quelque reconnaissance du canevas moral sur lequel nos fondations s’appuyaient et maintenant s’effritent. Cette moraine qui glisse lentement sur notre civilisation, entraînant tant de personnages publics dans des scandales qui arrivent trop tard : nous n’avons plus la clairvoyance de renverser cette force inerte qui nous entraîne. En descendant, elle a causé l’éveil des moqueurs et des arrogants et leur fiel coule dans l’eau qui nous abreuve." - Michel Mathieu

    L'auteur use d'images aussi percutantes qu'appropriées pour définir une époque qui s'en va à vau-l'eau, menée par les fanfares d'un progressisme qui se révèle en fait une démission et une fuite en avant.

    Très beau texte. Il est rassurant de voir qu'il y en a encore chez nous qui trouvent les mots nécessaires pour écrire et pour décrire.

  • Marc Pelletier - Abonné 9 janvier 2020 13 h 18

    Titre accrocheur

    En effet, M. Michel Mathieu, votre titre ne peut laisser indifférent.

    J'ai lu et relu votre texte : c'est dire à quel point j'ai apprécié votre propos sur de cette problématique, ainsi que votre " plume ", même si j'ai dû faire une petite recherche dans le Larousse pour découvrir le débris de roche.

    Pour ma part, je suis désolé de constater que " l'Interdiction d'interdire ", de l'époque, n'ait pas fixé aucune frontière à son interdiction.

    Et pourtant, l'enfant et l'enfance représentent une frontière que la loi naturelle ne permets pas de franchir : voilà tout le côté odieux que nos sociétés se sont offertes depuis cinquante ans, tant en Europe qu'en Amérique.

    Ceci dépasse la responsabilité de la morale, de la famille et du tutti quanti.

    Ce mot de passe : " l'interdiction d'interdire " avait pour but de faire sauter " tous " les interdits, non seulement ceux concernant les jeunes adultes ou les adultes, mais elle avait surtout pour but d'autoriser l'abus des enfants, dont l'innocence et l'immaturité n'est plus à démontrer.

    Il n'y a pas d'arguments pour excuser de tels actes !

  • Serge Lamarche - Abonné 10 janvier 2020 03 h 46

    Tout faux

    Cet article et les deux commentaires de m. Morin et Pelletier ont tout faux. La morale n'a pas soudainement ni même lentement comme le glacier, glissée vers le néant. Je dirais même que la morale n'a pas changée d'un poil depuis des siècles. Je dis que les transgressions morales sont et deviennent toujours moindres mais qu'elles sont simplement de mieux en mieux connues de tous.

    • Marc Pelletier - Abonné 10 janvier 2020 10 h 53

      M. Serge Lamarche,

      Merci pour vos amalgames. La morale ou son absence concerne les adultes et non les enfants.

      J'aimerais vous voir réagir à mon commentaire débutant par : " Et pourtant , l'enfance et l'enfant représentent une frontière que la loi naturelle ne permets pas de franchir......". Mon point de vue sur la loi naturelle n'implique même pas la morale.

      Le " interdit d'interdire " a ouvert toutes grandes la frontière pour justifier l'abus des enfants .

      Heureusement qu'ici , la commission d'enquête de Mme Laurent manifeste un certain réveil en vue de protéger nos enfants. Si " les transgressions sont et deviennent toujours moindres ...... " comme vous le dites, comment expliquez-vous que la majorité des québécois souhaitaient la tenue d'une telle commission et qu'ils l'aient obtenue ?

      Dans notre société, qui se vante tellement de son évolution et de sa modernité, les enfants sont les grands perdants, trop souvent des laissés pour compte .