Affaire Matzneff: la liberté des autres

Je vois très bien un être comme Gabriel Matzneff au siècle de Louis XIV et XV le « bien-aimé ». Il pourrait séduire des enfants à souhait et écrire des poèmes qui documenteraient ses moindres émotions sous le regard palpitant de ses pairs. C’est de l’art, tout est permis, tout pour l’art.

Je suis arrivé seul à Paris en mai 1968, ignorant. Je ne comprenais pas pourquoi les gens s’excitaient et les pavés volaient. Sur le quai du métro, j’ai remarqué une voiture presque vide et j’ai embarqué. Erreur, c’était la voiture de première classe et une sorte de garde champêtre m’a expulsé. À 17 ans et mal léché, je ne faisais pas partie de l’élite française.

Dans la voiture de deuxième classe, j’ai remarqué un affichage qui indiquait la priorité pour s’asseoir. Les amputés de guerre passaient avant les amputés civils et bien avant les femmes enceintes. Le système de classe était encore bien vivant en France. Même si le prix des billets de métro de première classe n’était que 30 % de plus que les billets de la plèbe. Alors ce n’était pas vraiment une question d’argent, c’était une question de génétique. Les Français se voyaient comme des rebelles un peu voyous et c’était très courant de sauter par dessus l’entrée sans payer. Mais les Français acceptaient d’obéir aux lois invisibles de privilège et d’autorité.

Une voiture de première classe dans le métro de Montréal serait impensable et, s’il y a une première classe dans les trains et dans les avions, c’est beaucoup plus cher et vous n’en avez pas beaucoup pour votre argent. C’était les passagers tassés dans les voitures de deuxième classe qui payaient le salaire des vérificateurs de billets et le système conçu pour la paix de quelques privilégiés.

Ce qui m’impressionnait davantage, c’était les « speakerines » à la télévision française. On habillait de jeunes femmes en poupées sexy pour servir les nouvelles. Pour un Nord-Américain, c’est de la misogynie la plus brutale et tragique, mais le Français ne le voyait pas. Je me croyais à l’époque des « Louis » où le privilège et l’abus de pouvoir étaient omniprésents.

C’est ironique que les défenseurs de Matzneff le fassent au nom de la liberté. Un abus de pouvoir, c’est justement un viol des droits d’une personne. Un mineur qui n’est pas libre de faire des choix, tout comme un patient sous la tutelle d’un psychiatre abusif. Évidemment, les abus de pouvoir au nom de l’art sont permis. On parle de violer les droits de personnes sans importance. Louis XV le bien-aimé serait bien à l’aise avec cette logique.

Un pédophile qui raconte ses amours avec nostalgie et ses émotions à fleur de peau est minable et ennuyant. Je comprends qu’un éditeur le publie, mais je ne comprends pas comment il peut se retrouver chez Bernard Pivot et d’obtenir autant d’appui de l’élite de la littérature française.

C’est inexact, je crois comprendre.

6 commentaires
  • Jean Duchesneau - Abonné 7 janvier 2020 05 h 05

    « À 17 ans et mal léché, je ne faisais pas partie de l’élite française.« 

    Ouf... on est en pénurie de contenu au Devoir?

    • Raynald Goudreau - Abonné 7 janvier 2020 09 h 17

      Commentaire desobligeant...

  • Hélène Lecours - Abonnée 7 janvier 2020 09 h 06

    Et quoi ?

    C'est un peu court jeune homme ! Qu'est-ce que vous "croyez comprendre"? Si le chapeau vous coiffe, prenez-le ?

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 janvier 2020 15 h 39

    Ses soucis sont de l'art



    Vos saucissons de lard

  • Serge Lamarche - Abonné 7 janvier 2020 19 h 54

    ah les enfants

    ils en veulent des choses et ce sont toujours les parents qui ont le pouvoir de décider pour eux. D'où les mariages arrangés par les parents. Et les assassinats «d'honneur», lorsque les enfants ne choisissent pas des partenaires corrects.
    C'est ça ou c'est tolérer Matzneff.

  • André Joyal - Inscrit 8 janvier 2020 14 h 05

    «L'élite Française» vous dites!

    Moi, c'est en 1965 que j'ai compris que la RATP (rien à voir avec la Religion d'Amour, de Tolérance et de Paix...) partageait ses rames en deux classes. Ceci a disparu depuis des lustres. En 1970, après être descendu d'un car d'Air France aux Invalides, je monte dans un taxi en prenant place sur la banquette d'avant. Le chauffeur me somme de m'assoir en arrière. Je m'excuse en lui disant que je venais d'un pays où seulement les grosses poches (l'élite de M. Roussil) prennent place en arrière dans un taxi. Agréablement surpris par ma remarque, il me signale qu'il agit d'une réglementation incontournable et il me demande si je suis pressé. Ayant répondu par la négative, il a arrêté le compteur et m'a donné un tour de ville en empruntant, entre autre, selon ses dires, le chemin parcouru par Marie-Antoinette pour se rendre là où elle a perdu la tête... Devant chaque monument il m'a informé sur l'architecte et sur l'époque. C'est lui qui m' a appris la phrase de Sully à propos des deux mamelles de la France....Ouf! J'aimerais bien que nos chauffeurs de taxi aient une telle culture. Ce peut expliquer que depuis des années au Québec, sans céder à une réglementation quelconque, en hélant un taxi, les gens montent spontanément sur la banquette arrière, élite ou pas. Ben pour dire!,