Affaire Matzneff: les «regrets» de Pivot

Accusé de complaisance avec l’écrivain Gabriel Matzneff, l’ex-animateur de télévision Bernard Pivot a exprimé ses « regrets » et estimé n’avoir pas eu « les mots qu’il fallait » envers les propos libertins de l’écrivain pédophile eu égard à ses nombreuses relations sexuelles avec des mineurs lors d’une émission d’Apostrophes en 1990.

Or, dans son autobiographie intitulée Les mots de ma vie publiée chez Albin Michel en 2011, Bernard Pivot s’exprime en ces termes : « Mais les mots de ma vie, c’est aussi ma vie avec les mots. J’ai aimé les mots avant de lire des romans. J’ai vagabondé dans le vocabulaire avant de me promener dans la littérature. » Devant une telle assertion sur l’importance capitale des mots aux yeux de Bernard Pivot, est-il raisonnable de croire qu’il n’a « pas eu les mots qu’il fallait » face à Gabriel Matzneff ? Permettez-moi d’en douter !

Je suis plutôt d’avis que les regrets de Bernard Pivot s’articulent davantage autour de ces mots : « Il m’aurait fallu beaucoup de lucidité et une grande force de caractère pour me soustraire aux dérives d’une liberté dont s’accommodaient tout autant mes confrères de la presse écrite et des radios… Ces qualités, je ne les ai pas eues… Je le regrette évidemment. » En termes clairs, Bernard Pivot n’a pas pu démontrer la « grande force de caractère » pour oser affronter la galerie au risque de ternir son image médiatique.

4 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 4 janvier 2020 09 h 00

    Aimer ou pas la controverse


    Censurer ou ne pas censurer? Telle est la question de la liberté d’expression en lutte avec ses contraintes. Pour censurer Matzneff, il aurait mieux valu ne pas l’inviter à cette émission. Une fois qu’il y était rendu, il n’était pas du rôle premier de Bernard Pivot d’être le ressort de cette censure. S’étant contenté de rester dans son rôle d’animateur, il a permis à Denise Bombardier d’y exercer magnifiquement le rôle de révision entre les pairs par les pairs de « l’œuvre » de Matzneff, d’y réaliser une belle apostrophe et d’en récolter 30 ans plus tard quelques fruits de la gloire. Pour le reste, peut-être que Bernard Pivot pensait comme Voltaire que « la controverse est l'éteignoir et l'opprobre de l'esprit humain ; la poésie et l'éloquence en sont le flambeau et la gloire. »

    Marc Therrien

  • Henri Marineau - Abonné 4 janvier 2020 10 h 52

    Dixit Bernard Pivot

    « Il m’aurait fallu beaucoup de lucidité et une grande force de caractère pour me soustraire aux dérives d’une liberté dont s’accommodaient tout autant mes confrères de la presse écrite et des radios… Ces qualités, je ne les ai pas eues… Je le regrette évidemment. » Bernard Pivot

    Je n'ai fait que reprendre les paroles de Bernard Pivot pour appuyer mon opinion!

    • Marc Pelletier - Abonné 4 janvier 2020 14 h 32

      @ M. Marc Therrien,

      J'espère que vous pourrez convenir que c'est Mme. Denise Bombardier qui a eu, il y a trente ans, la lucidité et une force de caractère peu commune pour remettre Matzneff à " sa place !

      M. Bernard Pivot s'est tapis dans son coin commme un petit chien, tout honteux du dégât qu'il n'avait pas pu contrer : il a sans doute sauvé sa carrière, mais il a terni sa réputation.

    • Marc Therrien - Abonné 4 janvier 2020 17 h 08

      M. Pelletier,

      Bien sûr que j'en conviens. Denise Bombardier est douée pour la controverse. Peut-être même que c'est pour cette qualité, entre autres, qu'elle a été invitée à cette émission. Pour le reste, Bernard Pivot n'est rien d'autre qu'un pauvre humain, trop humain comme tant d'autres en qui on trouve "une préférence pour la servitude volontaire, parce que la servitude est confortable et qu'elle rend irresponsable" comme nous le répéterait Étienne de La Boétie.

      Marc Therrien