Un beau legs!

Je suis consterné et dévasté par les démolitions patrimoniales dans la capitale. Outré de voir à quel point les promoteurs dilapident nos trésors collectifs qui constituent une source incontestable de beauté, d’art, d’histoire et d’ingénierie, en plus de témoigner de l’organisation historique et spatiale de la trame urbaine.

Alors que les municipalités devraient réaliser le potentiel de tels bâtiments aux qualités architecturales hors du commun, elles donnent le plus souvent leur accord à des projets sans envergure où le patrimoine est détruit éhontément. Le patrimoine est une ressource non renouvelable. Le jeu des promoteurs semble être le même modus operandi partout. On achète sans condition, on n’entretient pas et on prétexte la dangerosité (et la sécurité) pour légitimer la démolition. Ne dit-on pas que notre chien a la rage quand on veut le noyer ? Pourtant, la technologie actuelle permet de rebâtir des ruines si la volonté (politique) est là. Force est d’admettre qu’elle s’est perdue quelque part. [...]

La démolition de l’église Saint-François d’Assise, à Limoilou, s’inscrit malheureusement dans la continuité et laissera un autre bel héritage de la mairie actuelle. Pensons aussi à la destruction crève-coeur de la superbe et unique église Saint-Coeur-de-Marie sur Grande Allée, un bâtiment qui était pourtant emblématique de la colline parlementaire et significatif pour la population de Québec, en plus d’être une oeuvre architecturale exemplaire de ce style en Amérique du Nord. Il y a eu aussi la démolition de la maison Pasquier, à Neufchâtel, datant de la Nouvelle-France ; la négligence menant au feu de la magnifique villa Livernois, à Duberger ; le sauvetage in extremis de la maison Jobin-Bédard, à Charlesbourg, qui évite la démolition, du moins pour le moment, à la suite d’une intention de classement patrimonial permettant de se soustraire au permis de démolition accordé par la ville de Québec. Demain, ce sera au sort de la très monumentale église du Très-Saint-Sacrement d’être scellé, le seul bâtiment emblématique du quartier Saint-Sacrement [...].

Qu’on le veuille ou non, à chaque destruction patrimoniale, c’est une partie de nous qui disparaît et s’efface à jamais. À chaque fois résonne en moi « Ne tuons pas la beauté du monde. Chaque fleur, chaque arbre [lire patrimoine] que l’on tue revient nous tuer à son tour. »

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4 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 31 décembre 2019 10 h 02

    - Le passé doit être détruit - (F. Marinetti)



    […]

    « Art. 10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires. » (Manifeste du futurisme, 20 février 1909)

    .........

  • Bernard Dupuis - Abonné 31 décembre 2019 11 h 07

    Le stratagème s'applique même en dehors des grands centres

    Dire que « Le jeu des promoteurs semble être le même modus operandi partout » est parfaitement vrai. Même dans le cas du patrimoine hors des grands centres, on retrouve le même genre de stratégie. Par exemple, dans le cas du monastère des sœurs Dominicaines à Berthierville, tous les intervenants, y compris la communauté religieuse, se sont ligués pour légitimer la démolition. Pendant près de six ans, le bâtiment fut laissé à lui-même et lorsque l’entrepreneur et la municipalité jugèrent le moment propice un permis de démolition fut délivré par la MRC d’Autray avec l'accord du conseil municipal.

    Toutefois, grâce à la vigilance de quelques élites, la ministre Roy en fut informée du projet de démolition, et heureusement, émit sur le champ un Avis d’intention de classement d’un bien patrimonial. Aussitôt, la municipalité engagea une firme d’avocats dans le but de poursuivre le ministère de la Culture. Il faut du culot pour une petite municipalité dont le budget est à peine de neuf millions de dollars d’engager des dépenses semblables pour favoriser un de ces entrepreneurs.

    Malheureusement, une majorité de citoyens s’est laissée persuader par l’entrepreneur que l’état de vétusté du bâtiment est à ce point avancé qu’il faille le démolir absolument. De plus, on croit que les réalisations de cet entrepreneur rapporteront beaucoup d’argent en taxes à la municipalité.

    Par conséquent, la municipalité poursuit sont travail de sape fort de l’appui populaire avide de gros sous bien plus que de protection du patrimoine de sa municipalité.

    Bernard Dupuis, 31/12/2019

  • Gilles Théberge - Abonné 31 décembre 2019 14 h 58

    Cela fait partie du travail général de sape, de la Nation Québécoise.

    Et voir l'indifférence générale que cela suscite, est de très mauvais augure.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 31 décembre 2019 18 h 03

    Dans la vie, on n'a que ce qu'on mérite.

    La Ville de Québec a le maire saccageur qu'elle mérite. Avec l'ignorance et l'inculture en prime. On se demande où cet histrion a bien pu faire ses classes pour hériter d'une telle insouciance. Les anciens maires doivent se retourner dans leur tombe

    Si le carnage continue, la Vieille Capitale finira par n’être qu’une autre banale agglomération nord-américaine moyenne. Une parmi d’autres. Les touristes devront porter leur regard ailleurs pour se mettre quelque chose sous la dent.