Matzneff, Pivot, et Bombardier

« La littérature passait avant la morale » dans les années 1970 et 1980, alors que « la morale passe avant la littérature » aujourd’hui.

Cette déclaration de Bernard Pivot à l’occasion de l’événement Matzneff ne me semble pas particulièrement transcendante. Elle oublie une dimension fondamentale qui valait aussi dans les années 70 et 80 : cette dimension, c’est celle des droits, celle de la justice. Et son malheureux corollaire, le non-respect de ces mêmes droits des plus faibles, des plus vulnérables, les enfants.

Qu’on en ait fait des livres ne rend pas moins innocents des gestes qui ont fait mal et qui continuent de faire mal aux personnes vulnérables qui en sont victimes.

Aujourd’hui encore, fin 2019, Bernard Pivot se limite à opposer littérature et morale, sans faire allusion à cette dimension de la justice bafouée, quand il dit : « Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout, d’une époque. »

Pourtant, déjà en 1990, sur le plateau de l’animateur Pivot, Denise Bombardier l’avait rappelé de façon fracassante à l’auteur du livre Les moins de seize ans.

Puis, dans ce pays des droits de l’homme et, tout particulièrement, dans ce milieu littéraire français, ce fut « silence radio ». Jusqu’à ce qu’une victime dénonce ces faits dans l’actualité.

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