La gauche morale

Dans Le Devoir du week-end dernier, deux artistes, Ricardo Lamour et Solo Fugère, ont dicté à une autre artiste, Sophie Deraspe, ce qu’elle aurait dû faire et ce qu’elle n’aurait pas dû faire dans son film Antigone. Ils ont abordé la question d’un point de vue moral plutôt qu’esthétique. Ils critiquaient le film pour son manque de respect. (On s’en étonne de la part d’artistes qui devraient chérir l’idée d’oser.)

Qu’est-ce qui rassemble The Dinner Party de Judy Chicago, Piss Christ d’Andres Serrano et Tree de Paul McCarthy ? Les trois oeuvres ont été condamnées par la droite chrétienne pour irrespect. L’oeuvre de McCarthy a même été vandalisée à Paris (tout comme on a moralement vandalisé SLĀV à Montréal). On peut remonter dans le temps pour voir des oeuvres clés comme Le déjeuner sur l’herbe de Manet, Madame Bovary de Flaubert et Les demoiselles d’Avignon de Picasso condamnées pour manque de sensibilité et dérogation à certains codes moraux. L’Histoire se poursuit. Aujourd’hui, une gauche morale est venue se ranger aux côtés de la droite morale. Les deux ne partagent pas la même bible, mais elles partagent la même arme de l’anathème.

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