Caribou des bois: ultime symbole du développement durable

Les grands titres des derniers jours montrent à quel point le gouvernement du Québec semble impulsif quand il s’agit de gérer la biodiversité. D’une part, on est prêt à engager des ressources exceptionnelles pour protéger le troupeau de caribous de Charlevoix, réduit à une vingtaine de têtes, de son prédateur naturel, le loup. D’autre part, on se dit prêt à ouvrir les derniers grands massifs forestiers au nord du lac Saint-Jean à l’exploitation forestière, même si ceux-ci avaient été mis de côté dans le but de protéger la population boréale de caribou des bois.

Ces deux dossiers soulèvent d’importantes questions sur la relation entre humains et environnement. Dans les deux cas, les annonces gouvernementales suggèrent un certain degré d’improvisation. Alors qu’une partie importante de l’électorat exige des mesures concrètes pour s’attaquer à la crise climatique et, plus globalement, à la crise de l’environnement, on nous arrive avec des décisions qui ne semblent pas appuyées sur des données probantes. Dans les deux cas, l’accent est mis sur les individus (d’une part, le troupeau en déclin dans Charlevoix, les meutes de loups, et, d’autre part, les caribous munis d’émetteurs). Or, de nombreux travaux de recherche pointent vers des processus à plus grande échelle qui relient l’exploitation forestière et les interactions prédateurs-proies. Un jeu de dominos par lequel la coupe forestière favorise la régénération, qui attire à son tour des proies alternatives du loup, comme l’orignal. Les chemins forestiers facilitent les déplacements du loup vers des zones où se réfugiait traditionnellement le caribou. Ultimement, l’augmentation des populations de proies alternatives permet aux populations de loup d’augmenter et, à terme, d’accentuer la pression sur le caribou. Bref, comme le souligne le plan d’action fédéral pour le rétablissement du caribou des bois, les solutions passent par des mesures à grande échelle qui permettraient de protéger ou de restaurer des massifs d’habitat plutôt que de poursuivre leur fragmentation.

Bien sûr, il ne faut pas ignorer les impacts économiques de telles mesures et c’est pourquoi il faut agir avec doigté et utiliser tous les outils de modélisation disponibles afin de nous assurer que (1) la restauration / protection de massifs d’habitat permette de maintenir des populations viables de caribou forestier tout en intégrant les perturbations naturelles et que (2) l’exploitation forestière soit pratiquée de façon écologiquement durable en dehors de ces massifs. Enfin, il ne faudrait pas perdre de vue que de nombreuses autres espèces animales et végétales bénéficient de la présence de massifs de forêt mature. Cette biodiversité devrait aussi être intégrée dans l’analyse quand on planifie le développement du Nord.

Au-delà de la rhétorique environnementale dont trop de politiciens se gargarisent, c’est la survie du caribou des bois qui témoignera du fait que notre développement est véritablement durable.

4 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 12 décembre 2019 05 h 47

    oui, pas durable

    C'est navrant de perdre toujours plus d'animaux. On se dirige toujours vers un avenir de «Soleil vert». On sera ce qu'on mange, littéralement.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 12 décembre 2019 08 h 16

    Gouverner par lobby interposé et par sondage

    Le gouvernement de la CAQ semble de plus en plus prendre des décisions basées sur les pressions faites par les lobbies et par ce que les sondages de l'opinion publique à court terme disent.

    L'approche écologique sur le long terme en prend pour son rhume.

  • Rose Marquis - Abonnée 12 décembre 2019 08 h 31

    Agir avec doigté

    Voilà ce que je retiens de cette lettre. Agir avec doigté en tenant compte de l'ensemble des données ce n'est pas ce que fait le ministre Dufour...

  • Gilles Théberge - Abonné 12 décembre 2019 16 h 14

    Quelle chance avez-vous monsieur Villard, de convaincre qui que ce soit des décideurs dans cette affaire, quand nous savons pertinemment qu'ils ont les yeux en forme de ...signe de piasssse ?!