Un Québec cassé en deux

Au train où vont les choses, je veux dire, à la vitesse où la Coalition avenir Québec rafle les comtés dans les élections, générales ou partielles, on est en droit de se demander, en tout cas quand on est un indépendantiste progressiste, si nous n’assistons pas à la naissance d’une nouvelle dynastie politique ?

Je crois que la CAQ est bien installée au pouvoir pour les dix ou quinze prochaines années. Et durant tout ce temps, l’opposition officielle sera encore les libéraux, ceux-ci cependant, cantonnés à Montréal et à Laval. D’un côté, la CAQ régnant sur le Québec francophone des banlieues et hors des grands centres urbains, de l’autre, les libéraux maintenant leur emprise sur la ville bilinguisée et son multiculturalisme prégnant. Il y a tout de même un point commun qui les réunira : une même idée d’un Québec provincial géré en fonction des intérêts du patronat.

Dans ce contexte, il faut au moins se poser la question : le Parti québécois a-t-il encore sa raison d’être ? Pourquoi ne se dissout-il pas et ses membres ne rejoignent-ils pas la CAQ ? N’ont-ils pas des atomes crochus ? En tout cas, c’est probablement ce qu’ils auraient de mieux à faire. Parce qu’ils ne se sortiront pas des bas-fonds où ils croupissent. Et ce n’est certainement pas avec les aspirants chefs qui se sont manifestés dernièrement qu’ils vont se relancer. Au fond, peut-être que les nouveaux théoriciens du nationalisme identitaire ont raison : noyauté depuis tellement longtemps par une gauche déconnectée des aspirations profondes du Québec francophone, le PQ aura été utile et nécessaire en son temps, mais il ne l’est visiblement plus ; il a été surclassé par un de ses avatars sur son propre terrain.

La tâche que les ex-péquistes pourraient alors se donner serait, à l’intérieur des rangs de la CAQ, de tenter de la « social-démocratiser » un peu. Et espérer, comme ces nationalistes en rêvent, que la question du régime canadien finira par se poser et par démontrer aux Québécois leur solitude désespérée au sein du Canada. L’indépendance resurgirait-elle peut-être comme la seule solution à leurs problèmes. Ce serait, comme dirait l’autre, un beau risque.


 
14 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 9 décembre 2019 00 h 23

    Dynastie politique?

    «Je crois que la CAQ est bien installée au pouvoir pour les dix ou quinze prochaines années»

    Il n'y a pas si longtemps, j'ai vu des articles datant de 2014, certaines personnes disaient que le Parti libéral du Québec, avec sa base de «comtés sûrs», était en selle pour des décennies!

    Comme le dit M. Legault, on verra!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 décembre 2019 07 h 06

      Coimme dut une de mes filles:"Qui vivra verra; qui a vu verru" : )

      Je regrette, mais avec la CAQ, on est très loin des idéaux de la Révolution tranquille. De la simple gestion avec essais et erreurs. Rien d'emballant là-dedans!!!!!

      On oublie que le Québec est soumis à une constitution orpheline du Québec, pis on se contente d'un test des valeurs, plus que ridicule, passé à distance....seulement pour les immigrants économiques.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 décembre 2019 08 h 40

      Petite question? Pourquoi le parti des islamo-gauchistes, Québec solidaire, ne serait-il pas celui qui se saborderait? QS est arrivé bon dernier dans le vote populaire durant la dernière élection en 2018. Selon le dernier sondage, il piétine à 10% dans la faveur populaire tandis que le Parti québécois est près de 20%. Pris dans une faille spatio-temporelle, l’influence infinitésimale de ce parti sur les Québécois demeure et perdure. Les gens ne sont plus à gauche, mais au centre de l’échiquier politique.

      Venons-en à cette gauche dite progressiste qui carbure aux anciens idéaux d’un communisme et socialisme d’antan. Regardez leur programme économique et c’est à en pleurer tellement il est parsemé de chimères et de licornes. L’idéologie socialiste-communiste a été essayée partout dans le monde et elle a été un échec cuisant pour le bien-être des populations qu’elle supposément était pour améliorer. Ce sont les non-dits qui sont tonitruants dans cette aventure politique. Si ces gens seraient au pouvoir, l’économie se contracterait, la décroissance économique serait au menu et non pas pour le bien de l’environnement, l’inflation nous reviendrait avec une vengeance, la cote de crédit du Québec serait au plus bas niveau, le filet social commencerait à disparaître et bonjour les taux de chômage gargantuesque. Cette gauche déconnectée sonnerait la fin de la présence française sur ce continent. Bravo à nos champions de l’extrême gauche.

      Tout cela pour dire tout comme pour le Bloc québécois, le Parti des Québécois nous reviendra de plus belle. Lorsque les gens s’apercevront des limites politiques et économiques de la CAQ, eux, qui surfent présentement sur une économie en bonne santé à cause de l’économie américaine, les gens reviendront de plus belle à la seule option viable et durable, le Parti québécois. Oui, présentement, la CAQ est envahi par de nombreux péquistes et cette synergie enfantera une nouvelle vision moderne et réellement progressiste.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 9 décembre 2019 11 h 28

      "Petite question? Pourquoi le parti des islamo-gauchistes, Québec solidaire, ne serait-il pas celui qui se saborderait?" - Cyril Dionne

      Monsieur Dionne, je ne crois pas que le "parti des islamo-gauchistes" se sabordera. Maintenant que le PQ est sous respirateur artificiel, QS va bientôt être tout seul à jouer à réinventer le monde dans son carré de sable.

      Si QS pense un jour au suicide, les autres partis auront tôt fait de l'en dissuader en sous-main pour deux bonnes raisons:

      1) En effet quel autre parti voudrait que ces mésadaptés politiques, devenus subitement orphelins, joignent ses rangs pour le tétaniser de l'intérieur. On a vu ce qui est arrivé au PQ sous Bernard Landry

      2) Le idées mises de l'avant par QS étant perçues comme éminemment sectaires et déjantées, les autres partis ont besoin de QS comme épouvantail ou comme repoussoir. Et comme on le sait si bien des idiots utiles, en plus d'être utiles, ne coûtent rien.

      Au final, QS est très bien là où il est, dans la zone des sparages. Il ne cherche pas réellement le pouvoir mais seulement à faire son petit numéro. Aussi laissons le divertir la galerie en donnant son spectacle tout à sa guise. Qui sait quel désopilant lapin ils vont tirer la fois suivante de leur chapeau sans fond. Pour ma part, j'ai bien hâte de voir la prochaine frasque de Catherine.

  • Claude Bariteau - Abonné 9 décembre 2019 06 h 54

    Votre lecture étonne.

    La CAQ, c'est le PLQ sans l'ouest de Montréal. Le PLQ voulait endormir le Québec dans le Canada. La CAQ, plus jeune, veut bien drmir dans le Canada mais voudrait avoir un carré de sable autour de Montéal pour les entrepreneurs qui s'y activent.

    L'un et l'autre ont remisé l'idée d'un État québécois en marche d'affirmation. Toutes leurs énergies sont investies pour ratatiner l'État et en faire un gouvernement subordonné à celui du Canada en quémandant de l'espace à Monsieur Canada.

    Dans cet univers, il y a des promoteurs de l'indépendance du Québec qui animent le PQ et QS, les deux ayant comme cible l'indépendance. Tant qu'ils s'invectivent, le Canada, le PLQ et la CAQ peuvent faire le party.

    Si le PQ et QS s'intéressent vraiment à l'indépendance, ils devront concevoir ce qu'implique de créer un pays, dont les éléments de base sont l'institution d'un État indépendant avec des promoteurs qui se définissent en futurs citoyens et futures citoyennes du Québec qui auront à donner leur aval au système politique dans lequel le peuple québécois s'affirmera, qui serait de type républicain puisque l'indépendance ne se conjuguera pas le Canada et son système monarchiste constitutionnel.

    S'ils pensent en ces termes et s'ils analysent cette avenue dans le contexte environnemental actuel, il y aura plus d'avenir au Qubec pour les jeunes que celui ronronnant qu'offre la CAQ et celui multicuturel à la canadienne que le PLQ entend endormir le peuple québécois.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 9 décembre 2019 11 h 53

      "Si le PQ et QS s'intéressent vraiment à l'indépendance, ils devront concevoir ce qu'implique de créer un pays." - Claude Bariteau

      Monsieur Bariteau, vous avez mis le doigt justement là où le bât blesse: autant le PQ que QS, malgré des envolées grandiloquentes destinées à étourdir la galerie, ne sont pas vraiment intéressés à faire du Québec un pays. En tout cas le moins qu'on puisse dire est qu'ils n'y travaillent pas sérieusement.

      On a peine à imaginer ces deux partis "concevoir ce qu'implique de créer un pays" et même en avoir la moindre volonté. QS est davantage intéressé par son utopique "projet de société", quant au PQ, il semble préoccupé ces temps-ci par sa propre pérennité sans vraiment réfléchir sur sa pertinence. Entretemps les deux vont continuer à se regarder en chiens de faïence. Rien de bien emballant pour la suite des choses.

      Comme c'est parti, la CAQ est en voie de devenir l'Union Nationale 2.0 avec le vote indéfectible des provinciaux francophones à la clef. Comme pour Duplessis, il faudra attendre entre quinze et vingt ans avant que les plaques tectoniques se mettent à nouveau à bouger. Et rendus là rien ne dit qu'elles le feront dans la bonne direction.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 décembre 2019 16 h 22

      En 1995, M. Parizeau a voulu tiré avantage de la fenêtre que fut l'ALE, aussi l'ALÉNA, car elle permettait de libérer l'économie du Québec du giron canadien. Actuellement, la CAQ et le PLQ s'y plongent les yeux fermés alrs qu'il y a quelque chose de très important qui concerne l'environnement mis à jour par COP21 et que COP25 réactivera, rejoignant les alertes du monde scientifique et les esproirs des jeunes générations.

      Ce contexte ne sied aucunement à un enfermement provincial à la Duplessis, surtout que le PQ et QS s'activent à entrevoir un État québécois indépendant et un peuple québécois qui voient dans la protection de l'environnement ce que ne voit pas le Canada.

  • Denis Blondin - Abonné 9 décembre 2019 10 h 43

    Décevant

    J'avoue avoir été déçu par cette lettre. En lisant le titre, j'espérais y trouver une certaine réflexion sur les conséquences d'un Québec cassé en deux, à l'instar du Canada et du Royaume-Uni, et sur les possibles avenues pour le raccommoder un peu.
    Tout ce qu'y ai trouvé se résume à l'absence de vision qui caractérise de façon dramatiique la CAQ, tout comme le PL et ce qui reste du PQ.
    La seule évocation furtive d'une vision à plus long terme que trouvée dans ce texte, ce serait d'injecter une petite dose supplémentaire de social-démocratie à la CAQ par un transfert de vieux Péquistes. Wow! Grand progrès, mais un peu flou quand même...
    En observant notre actuel gouvernement, je ne vois rien d'autre que le conservatisme de l'Union Nationale adapté au contexte actuel: faire des routes et des ponts, redonner un peu de fric à la "classe moyenne", supporter la croissance économique sans rien changer au système actuel, bref préserver l'ordre établi, tout en offrant au peuple un petit soulagement de ses souffrances à la vue de certains immigrants. Un peu comme le drapeau du Québec offert par Duplessis...

    • Claude Bariteau - Abonné 9 décembre 2019 12 h 00

      Vous négligez l'avenue que j'ai présentée. Elle consiste à reprendre la démarche des messieurs Lévesque et Parizeau en en faisant le projet des futurs citoyens et des futures citoyennes du Québec comme ses promoteurs. C'est d'ailleurs ainsi que naissent des États indépendants en démocratie.

  • Marc Pelletier - Abonné 9 décembre 2019 11 h 54

    C'est le matin du sabordage ?

    Un peu de patience, la CAQ n'a qu'un an de vécu au pouvoir et il y a bien sûr du pour et du contre.

    Déjà, on prévoit le sabordage des " autres " : rangez vos boules de cristal, ce n'est pas demain la veille !

  • Mopa Martin - Inscrit 9 décembre 2019 12 h 36

    Déclin de la volonté d'indépendance

    Ce n'est guère en balayant d'un revers de main Montréal et Laval que vous convaincrez de la pertinence de votre projet politique. Les libéraux n'arriveront peut-être plus à faire élire des députés dans les régions, mais il reste qu'environ 20-25% de l'électorat vote là-bas vote pour eux.
    L'opposition à l'indépendance n'est plus l'apanage de Montréal et de sa région. La majorité des Québécois est contre l'indépendance et cela se reflète simplement dans les intentions de vote. Et comme les moins de 55 ans sont les plus opposés à l'indépendance, il est probable que ce mouvement se renforce dans le futur.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 décembre 2019 15 h 29

      « La majorité des Québécois est contre l'indépendance et cela se reflète simplement dans les intentions de vote. »

      « Ben » non. Si on exclut les immigrants et les Anglos concentré sur l’île de Montréal et qui sont contre l’émancipation du Québec, vous savez, ce vote anti-québécois qui préfère voter pour une boîte aux lettres rouges, eh bien, c’est la majorité qui remporte. Les francophones n’ont rien à cirer de la constitution canadienne, du multiculturalisme, du mondialisme, du colonialisme anglo, de la reine et du ROC. Rien. Absolument rien.