L’électricité de l’Ontario hors de prix

Le 17 octobre 2017, l’Institut Fraser publiait dans le Financial Post une étude de Ross McKitrick, professeur d’économie de l’Université de Guelf, et d’Elmira Aliakbari, directrice adjointe à l’Institut Fraser, qui démontrait qu’environ 75 000 emplois avaient été perdus dans le domaine manufacturier à cause du coût élevé de l’électricité. Et ça se poursuit.

Entre 2005 et 2015, l’Ontario aurait perdu 28 % de ses emplois manufacturiers et 18 % de sa production manufacturière, dont 25 % des emplois du domaine de l’acier. Pour la grande industrie, l’électricité y est environ trois fois plus dispendieuse qu’à Montréal ou Calgary. Malheureusement, il est probable qu’une bonne part de ces emplois aient été relocalisés aux États-Unis… et profitent des bas prix de l’énergie d’Hydro-Québec.

On comprendra également pourquoi l’électricité n’y pénètre pas non plus facilement les marchés du chauffage et de la voiture électrique. Voilà possiblement pourquoi Doug Ford peut encore répéter à François Legault qu’il dispose d’un excédent d’électricité.

Sans compter les émissions de gaz à effet de serre du chauffage des habitations, en posant l’hypothèse que l’ensemble des centrales au gaz d’Hydro-Ontario, qui totalise 13 900 MW, fonctionne 60 % du temps, les émissions annuelles engendrées et poussées vers le Québec par les vents dominants de l’ouest sont de l’ordre de 75 millions de tonnes, soit de l’ordre de 10 % des émissions du Canada.

Reste à espérer que cette taxe fédérale sur la pollution, qui atteindra cinquante dollars par tonne en 2022, sera également appliquée aux centrales au gaz naturel de nos voisins.

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7 commentaires
  • Marcel Vachon - Abonné 6 décembre 2019 09 h 19

    Je n'applaudis pas les pertes d'emplois en Ontario, mais la quasi totale ignorance en finance des "feu" libéraux à Québec n'a pas aidé à rediriger ces emplois vers le Québec où le coût de l'électricité est plus intéressant. Espérons que notre présent gouvernement corrigera la chose.

  • Cyril Dionne - Abonné 6 décembre 2019 09 h 44

    Les centrales au gaz d’Hydro-Ontario produisent autant de tonnes de GES (75 Mt) que le Québec en une année (76 Mt)

    Il n’y pas que dans le domaine manufacturier où plusieurs emplois ont été perdus en Ontario. Il y a aussi le domaine industriel, surtout dans le raffinage des métaux, et ce sont des emplois très bien payés qui disparaissent de l’Ontario. Exemple, la mine de Kidd Creek, une compagnie opérant à Timmins Ontario, avait relocalisé plus de la moitié de la production de son minerai non raffiné et ses 700 emplois vers ses opérations au Québec, notamment à Rouyn-Noranda, il n’y pas si longtemps de cela dû au coût exorbitant des taux d’électricité.

    Mais oubliez cela. L’Ontario n’achètera jamais de l’énergie électrique du Québec. Jamais. Il préfère s’enfoncer dans cette philosophie illogique et garder des emplois très bien rémunérés dans la production d’énergie chez eux. Vous savez, le salaire moyen d’un travailleur dans une centrale nucléaire, le domaine qui produit plus de 58% de l’électricité en Ontario, est en moyenne plus de 100 00$ et plus par année. Il y a 4 000 travailleurs seulement à la centrale nucléaire de Bruce qui produit 30% de toute l’énergie électrique en Ontario. Toutes les centrales au gaz d’Hydro-Ontario au complet produisent seulement 10% de l’électricité ontarienne.

    Oui, les émissions annuelles engendrées par les centrales au gaz d’Hydro-Ontario et poussées vers le Québec par les vents dominants de l’ouest sont de l’ordre de 75 millions de tonnes (75 Mt), soit de l’ordre de 10 % des émissions du Canada. Mais il est faux de dire que les GES produits en Ontario vont seulement au Québec. Ils se diluent dans l’atmosphère, le poumon de la Terre. Tout comme pour les 13 000 Mt de GES chinois, ils ne connaissent pas les frontières géopolitiques.

    Le prix du kWh d’électricité est présentement subventionné par le gouvernement en Ontario parce qu’il est trop dispendieux. L’énergie nucléaire produit à 20 cents le kWh une fois que les coûts sont tous comptabilisés. Alors, oubliez cela pour le chauffage des maisons et les voitures électriques. Trop cher.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 décembre 2019 11 h 31

      En ce qui concerne les émissions de milliers (13,000) de Mégatonnes de GES de pollution, il est primordial de souligner que 50 % de cette pollution est causée par le transport des matières premières et des produits fabriqués et l’énergie requise pour produire ces biens achetés surtout en Amérique et en Europe.
      SI les consommateurs décidaient d’acheter des produits faits ici, nécessitant le moins de transport possible, ce serait un pas pour l’amélioration de la prospérité du Québec, en s’assurant cependant d’avoir la main d’œuvre requise ou pour une accélération de la robotisation pour la productivité optimisée laissant aux travailleurs les emplois moins répétitifs ou dangereux.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 décembre 2019 11 h 35

      En passant, ce n'est plus « Hydro Ontario », mais bien « Hydro One » puisque la section nucléaire a fait faillite en 1998 en Ontario laissant une dette nette de 20 milliards aux contribuables canadiens. Merci à nos champions du nucléaire. Mais, devrais-je dire « Thank You »?

      Si nos écoanxieux du Québec étaient tellement concernés par les GES et les changements climatiques, ils feraient tous front commun avec le gouvernement du Québec de M. Legault pour qu’ils vendent au moins 10% de l’électricité que les Ontariens ont besoin pour faire disparaître leurs centrales au gaz naturel qui produisent 75 Mt de GES annuellement. « Ben » non, Québec solidaire et les libéraux feront tout en leur pouvoir pour que la chose n’arrive jamais.

      Pour QS, quelle hypocrisie. Plus facile d’apposer des banderoles durant les heures de pointe sur le pont Jacques-Cartier et écœurer tout le monde que de faire les bonnes choses. Plus facile de prêcher la vertu écologique et de pointer du doigt les gens qui sont en faveur du projet GNL Québec et ses 7,5 Mt de GES. Misère.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 décembre 2019 12 h 11

      @Cyril Dionne.
      Déjà Hydro Québec alimente la région de Cornwall et Kingston. .
      De plus le poste asynchrone Outaouais ( 1200 MW ) alimente la grande région d'Ottawa.
      Idéalement si Doug Ford comprenait le gros bon sens il achèterait de ‘énergie de la Baie James en construisant un lien H-T entre Rouyn et Sudbury pour alimenter le nord Ontarien durant la réfection des réacteurs nucléaires D'OPG de Pickering et de Darlington.
      Pour sa lubie de création de bons emplois la conception et la construction de quelques centaines de Km de lignes THT à 1,5 M$ du Km
      c'est un ajout positif de prospérité dans ces régions et de bons retours d'impôts et de taxes de la part de tous les fournisseurs et travailleurs.

      Un de ces jours la logique et le gros bon sens devraient atteindre les populistes ou les électeurs.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 décembre 2019 13 h 37

      Bon. En ce qui concerne les 13 000 Mt de GES de la dictature chinoise (16 000 Mt en 2030), personne ne les force à produire ces produits. Personne. Il serait beaucoup mieux que ces dits produits soient fabriqués localement puisque nous avons les technologies et les gens qualifiés qui font beaucoup plus avec beaucoup moins et de meilleure qualité. Et nul besoin de les transporter à l’autre bout de la planète. Même si je suis un fervent supporteur de la 4e révolution industrielle et je suis d’accord avec une accélération de la robotisation pour la productivité optimisée, malheureusement, cela ne créera pas beaucoup d’emploi chez nous. Les bons emplois qui procurent une sécurité et dignité économique sont en voie de disparation au Québec comme partout ailleurs.

      Oui, Hydro Québec alimente la région de Cornwall et Kingston en plus d’une partie de la région d’Ottawa, mais ce n’est pas assez. En passant, nul besoin de construire un lien H-T entre Rouyn et Sudbury puisque le nord de l’Ontario est plus qu’auto-suffisant en hydroélectricité et est déjà interconnecté avec le Québec. 75% du 30% total d’hydroélectricité généré en Ontario provient du nord de la province. Le nord exporte l’énergie à rabais à la portion sud de l’Ontario et donc le subventionne.

      Ce n’est pas seulement Doug Ford qui ne veut pas acheter de l’électricité du Québec, mais bien la population ontarienne en général. De plus, l’Ontario surnage présentement dans une abondance de kilowatts parce que les gouvernements précédents ont signé toutes sortes d’ententes hallucinantes à prix d’or avec les producteurs éoliens et solaires de cette province. Il y avait un contrat éolien qui vendait son énergie à plus de 80 cents du kWh. En plus, avec les campagnes pour économiser l’énergie, les systèmes moins gourmand (appareils ménagers et autres), les ontariens consomment moins de kWh par capita même si la population augmente.

  • Denis Drapeau - Abonné 6 décembre 2019 17 h 21

    @ Cyril Dionne
    «la section nucléaire a fait faillite en 1998 en Ontario laissant une dette nette de 20 milliards aux contribuables canadiens.»

    Comment la faillite d'un organisme Ontarien peut-il engendrer une dette pour les canadiens et non seulement les Ontariens ? Avez-vous une référence pour que j'en apprenne d'avantage sur cette affaire ? Dans le bébat sur la péréquation cette donnée pourrait s'avérer très utile au Québec pour montrer que l'on paie aussi pour les autres.