L’État doit viser la fin des guignolées

Chaque année, la Grande Guignolée des médias nous rappelle la triste nécessité des oeuvres de charité. L’appel à la générosité vise à répondre à un besoin criant de denrées, comme en font foi les 1,9 million de demandes d’aide alimentaire chaque mois au Québec. En période de plein-emploi, comment expliquer la hausse du pourcentage de demandes d’aide alimentaire pour les personnes ayant un salaire, celui-ci étant passé de 11,2 % en 2017 à 13,5 % en 2019 ? Avoir un emploi ne devrait-il pas permettre de se hisser hors de la pauvreté et de subvenir à tous ses besoins ?

Il y a cinquante ans cette semaine était adoptée au Québec la Loi de l’aide sociale, dont le but était de combler « les besoins ordinaires et spéciaux d’une famille ou personne seule qui est privée de moyens de subsistance » (art. 6). L’État cherchait ainsi à prendre le relais de la charité privée et à assumer la responsabilité d’aider quiconque dans le besoin. Ce faisant, l’État instaurait un droit universel à l’assistance sociale.

Force est toutefois d’admettre que ce droit peine à se réaliser. La charité supplée toujours les insuffisances en matière de protection sociale. Or c’est le rôle des élu(e)s de voir à la lutte contre la pauvreté, c’est eux qui disposent de moyens d’action pour améliorer le revenu des personnes et des familles. Pour assurer à l’ensemble de la population une protection sociale digne de ce nom, l’État doit garantir un droit de vivre dignement. Il doit viser la disparition des guignolées et toute autre oeuvre de charité.

8 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 5 décembre 2019 09 h 41

    Ouan, c'est beau tripper....

    Madame La rivière,

    la pauvreté existera toujours pour mille raisons.

    Dépression suite à un accident, à la mort d'un enfant, d'un divorce.
    Parents aux troubles anxieux qui travaillent comme des dingues.
    Parents à l'éducation déficiente.
    Immigrants.
    Catastrophes naturelles. Il risque d'y en avoir "un peu"...
    Maladie mal diagnostiquée ou erreur de médication.
    Faillite de l'employeur, effondrement d'un marché au complet.
    Gouvernement idiot qui veut tout régir et de ce fait pose des obstacles au marché au moindre petit imprévu. (il n'y a que ça, des imprévus!)
    Fond de pension en faillite ou escroqué.
    Crise économique. Combien de temps avant la prochaine? 5 ans? 3? Peut-être plus après tout...
    Racisme.
    Sexisme.
    Âgisme.
    Maladie mal diagnostiquée.

    Ce qui peut exister, c'est l'égalité des chances, et au premier titre dès l'entrée à l'école.
    C'est de l'écoute, de l'écoute et de l'écoute pour chaque enfant avant de trouver des solutions qui ne seraient au mieux que des béquilles, et sinon des entraves.
    C'est l'éducation selon les capacités de la personne, depuis son bagage culturel propre jusqu'aux tabous et croyances inhérents à chacun. Le respect est essentiel, pas statutaire.
    C'est aussi la prise une prise en charge intelligente des nouveaux-venus, à base de... ben oui, d'écoute.

    Parce que, ben oui, la pauvreté existera encore.
    Et la guignolée itou.
    Ce qui ne m'empêche pas de souhaiter qu'on triple l'aide de dernier recours (horrible nom!) au plus vite avant de la moduler plus intelligemment.
    Mais bon, je ne suis pas assez fou pour dire à des gens désespérés comment dépenser le peu d'argent qu'ils reçoivent.
    Même un millionnaire peut se ruiner très vite.

    Parlez de l'égalité des chances, parce que d'une part l'inégalité des malchances est bien connue, et que les individus ont le droit de se prendre en charge plutôt que d'avoir un bonheur tout empaqueté d'avance.
    La confiance en les gens, ça existe aussi.

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 décembre 2019 12 h 21

      "La pauvreté existera toujours pour mille raisons" - Jean-François Trottier

      - Quel commentaire mesquin et arriéré digne de Mario Dumont ou pourquoi pas, d'Elvis Gratton?

      «Pis des pauvres, y'en aura toujours.» — Elvis Gratton

      À cette citation imbécile et d'idées reçues, j'opposerai celle de Nelson Mandela :

      « La pauvreté n’est pas naturelle. Ce sont les hommes qui la créent et la tolèrent, et ce sont les hommes qui la vaincront. Vaincre la pauvreté n'est pas un acte de charité, c'est un acte de justice.» - NM

      Sachons aussi que le maintien de pauvreté nous coûte collectivement plus de 17 milliards par année en services sociaux et en soins de santé.

      Si le Québec dispose d'autant d'argent pour encaisser les effets négatifs de la pauvreté, ça ne vous a pas passé par l'esprit qu'il disposerait des mêmes moyens pour l'éliminer, sachant qu'ici comme ailleurs, la prévention coûte beaucoup moins cher de réparer des pots cassés.

  • Denis Blondin - Abonné 5 décembre 2019 10 h 47

    La charité enrichit plus les donateurs que les bénéficiaires.

    J'ajouterais que la solution que l'État québécois pourrait adopter pour libérer les pauvres de la charité des riches, c'est le revenu minimum garanti.
    Sous le régime Charest, le ministre Blais, prétendu expert en la matière, n'a rien trouvé de mieux que d'en confier l'examen à des comptables qui n'ont rien trouvé de mieux que d'en chiffrer les coûts en ignorant tous les bénéfices pour la société.
    La charité se pratique depuis longtemps et elle a toujours été très utile aux riches pour faire accepter aux pauvres le systèmes de privilièges qu'ils ont établi. Le don charitable est toujours plus payant pour les riches que pour les pauvres car, en plus de préserver leurs privilèges, il dissipe toute mauvaise conscience.
    Pour les pauvres, le don procure quelques objets matériels mais il inscrit aussi dans leur conscience une image de soi comme personnes incapables et redevables à la bonté des riches, ce qui réduit leurs propres capacités d'actions et de créativité.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 décembre 2019 00 h 39

    « L’État doit viser la fin des guignolées» (Virginie Larivière)



    C'est odieux de songer à priver le bourgeois de sa kermesse annuelle

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 décembre 2019 02 h 36

    « la pauvreté nous coûte plus de 17 milliards de dollars par année en services sociaux et en santé» (Christian Montmarquette)



    Ce n'est pas une dépense, mais plutôt un investissement qui met à l'abri de la pauvreté le personnel des services sociaux et des services judiciaires.

    Combien de juges, d'avocats, de greffiers, de huissiers, de policiers et de gardiens de prison perdraient leur emploi, si nous n'avions pas tous ces pauvres à réprimer?

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 décembre 2019 08 h 14

      Pour une fois que vous dites quelque chose d'intelligent.
      Ça valait la peine de le souligner.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 décembre 2019 20 h 36

    (1 de 2) « Pour une fois que vous dites quelque chose d'intelligent. Ça valait la peine de le souligner.» (Christian Montmarquette)

    Ah! Je prendrais en gré votre bienveillance, si vous nous aviez démontré quelques qualités en matière d'appréciation de l'intelligence.

    Déceler le sarcasme est un trait qui dénote de l'intelligence; les sots se réservent le premier degré.

    Puisse qu'il faut vous prendre par la main, je vais vous expliquer la nature de mon dépit par rapport à la charité publique (i.e. la guignolée): c'est qu'il y a bien une quinzaine d'années que je demande:

    -Mais! Où va donc tout ce fric, que le bourgeois récolte au coin des rues?

    -Mais! Où va donc toute cette bouffe, que la ménagère dépose pour les pauvres à la sortie des épiceries?

    Ce n'est certes pas les pauvres qui en bénéficient: l'ensemble des pauvres que je connais et que j'ai connus n'a jamais vu la couleur de cette oseille.

    Quand aux boîtes de déchets qu'on leur VEND en guise de paniers de Noël et qu'ils doivent aller chercher à leur frais, les plus aviser s'abstiennent de payer un transport qui leur apportera pour réveillonner un tube de pâte dentifrice deux rouleaux de papier hygiénique un bâton d'antisudorifique un oignon quatre patates vingt-quatre pogos surgelés et dix kilos de baloney.

    Je me suis intéressé aux banques alimentaires le jour où j'y ai envoyé de jeunes étudiants désargentés, lesquels sont revenus avec des aliments putrides.

    J'ai notamment transporté des indigents, pour fouiner dans les «paniers de Noël» (sic) que je les amenai quérir.

    De même, je me suis laissé escroquer de deux dollars pour voir l'immangeable tambouille que vend dans sa cafétéria un organisme de charité publique de Trois-Rivières (abusivement appelé organisme communautaire).

    Il en va de même pour les vêtements que l'on donne, mais qui ne bénéficie pas aux pauvres; ces vêtements finissent dans les marchés aux puces, dans les friperies «de luxe» ou au «Village des valeurs» au bénéfice de particuliers.

    Mes expériences ne se limitent pas à ces exemples.

    [...]