Le faux combat de Mike Ward

Je suis révolté de voir autant de gens appuyer le pseudo-combat de Mike Ward pour la liberté d’expression.

Ces gens ont-ils seulement entendu ce qu’il a dit sur Jérémy Gabriel ? J’ai vu son spectacle et je me souviens très bien de ses paroles : c’étaient des moqueries à prendre au premier niveau, qui portaient incontestablement sur l’apparence et le handicap de M. Gabriel. Comment peut-on qualifier d’humour le fait de se moquer du handicap de quelqu’un ? Il y a un mot anglais pour cela : du bullying. Mais dans quelle société vivons-nous donc ?

Tout jeune, mon père m’a appris que la liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence. Rire des travers d’une personnalité publique passe encore. Mais un jeune artiste handicapé a parfaitement le droit de vivre sa vie sans devenir la tête de Turc d’un humoriste.

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7 commentaires
  • Marthe Savoie - Abonnée 3 décembre 2019 09 h 06

    Se moquer a toujours fait parti des outils pour dénigrer, abaisser, isoler.

    J'ai été travailleuse sociale auprès de personnes (enfants ou adultes) atteintes de handicaps. Je sais que les regards de dédains, de méfiance ou de moqueries existent envers leurs différences et engendrent chez eux de la souffrance. Je me souviens d'une femme qui refusait de sortir de chez elle avec son énorme fauteuil roulant. Mais dorénavent, les personnes atteintent d'un handicapes réclament le respect, et prennent les moyens pour l'obtenir. Mais il y a encore des gens pour rire d'eux, les croyants trop incapables pour se défendre. Mick Ward était sur scène le meneur de cette forme d'humour facile qui est pourtant en déclin. Mais certains, comme Mick Ward, ne l'avaient pas encore compris.

  • Bernard Dupuis - Abonné 3 décembre 2019 10 h 21

    Les inclusifs sont les premiers à prôner l'exclusion

    Je partage tout à fait votre indignation. Ce que je remarque, c’est que la modernité du Québec a rejeté certaines valeurs qu’on s’efforçait de respecter surtout si elle s’appliquait aux personnes défavorisées ou handicapées. En effet, il était inacceptable d’ironiser sur la condition de ces personnes.

    Maintenant, au nom de la liberté d’expression et d’un humour pseudo artistique, plus personne n’est protégé moralement de l’irrespect le plus éhonté. Le respect de l’autre, de toute personne de « bonne volonté », s’en va chez le diable. Et c’est probablement ce que le droit va entériner par l’intermédiaire de la Cour suprême. Ce ne serait pas la première fois que le droit défendrait l’indéfendable.

    Quelle sera l’étape suivante? Julius Grey utilisait le sophisme de la pente glissante en prédisant que si l'on donne tort à Mike Ward nous ne pourrons plus rien dire. Tant qu’à faire pourquoi ne pas affirmer que nous nous dirigeons plutôt vers l’exclusion sociale et physique des personnes handicapées?

    Bernard Dupuis, 03/12/2019

  • Jean-Charles Morin - Abonné 3 décembre 2019 11 h 07

    Le respect de l'autre et la censure.

    Votre indignation envers les propos tenus par l'humoriste est pleinement justifiée. Toutefois le moyen utilisé pour les neutraliser est pour le moins mal choisi. Une poursuite au civil pour diffamation aurait été plus appropriée en égard à la faute présumée.

    On cherche à se venger d'un malotru alors qu'au final la victime sera la liberté d'expression. Par voie de conséquence, certains espèrent que la Cour suprême donnera raison au méchant humoriste. Ils n'ont malheureusement pas tort de penser ainsi, les partisans de Jeremy Gabriel ayant choisi au départ le mauvais tribunal pour y étaler leurs doléances et leur victoire finale ouvrirait une boîte de Pandore aux conséquences aussi néfastes qu'incalculables.

    Quel que soit le modèle de société dans laquelle nous sommes appelés à vivre, on ne pourra jamais concocter de lois interdisant la grossièreté, la vulgarité, l'absence de compassion et le mauvais goût. Seule l'évolution des mentalités et une bonne éducation pourront parer avec une certaine efficacité à ce genre de dérive.

    Une chose demeure certaine: la liberté et le respect des autres ne passent pas par le bâillon de la censure.

    • Bernard Dupuis - Abonné 3 décembre 2019 12 h 47

      Je comprends un peu cette peur le censure, surtout ici au Québec. Toutefois, vous semblez accréditer le sophisme de Julius Grey. Est-ce que la censure est nécessairement mauvaise? Pourtant, les néonazies sont bel et bien censurés. Il est curieux de voir que les progressistes d’aujourd’hui ne sont pas loin des néonazies. Ils accréditent les inégalités sociales parce qu’ils font eux-mêmes partie de la « classe moyenne », mais ils s’opposent à toutes censures. Nous avons perdu le sens de l’autre.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 3 décembre 2019 13 h 29

      "Est-ce que la censure est nécessairement mauvaise? Pourtant, les néonazis sont bel et bien censurés." - Bernard Dupuis

      Monsieur Dupuis, la tentation d'applaudir à la censure est toujours présente lorsque celle-ci semble s'attaquer à des propos ou des attitudes qui d'entrée de jeu suscitent notre réprobation ou carrément nous révulsent. On doit toutefois chercher à se retenir car il faut garder en tête que lorsque les chiens de la censure et de la répression sont lâchés, on ne sait jamais qui ils vont finir par mordre.

      Vous évoquez ici le néo-nazisme. J'aimerais bien savoir qui se croit assez docte pour se permettre de balancer des étiquettes à gauche et à droite dans le but de diaboliser, puis de justifier ensuite une répression physique ou mentale au sein de l'ensemble de la population. Il vaudrait mieux chercher à répondre au discours mis de l'avant par ces personnes et s'attaquer aux causes de leur comportement plutôt que de les bâillonner et de mettre un couvercle sur une marmite qui bouillonne. La croissance exponentielle, malgré les interdits de plus en plus nombreux, de divers groupes perçus comme déviants de la norme acceptée démontre amplement que la censure et la répression ne constituent pas une réponse adéquate et mesurée à la montée en force de ce type de phénomène.

    • Bernard Dupuis - Abonné 4 décembre 2019 10 h 17

      Faut-il avoir si peur que cela de la pente glissante de la censure alors qu’une autre pente glissante pire encore pointe à l’horizon, celle de l’eugénisme.

  • Marc Lévesque - Abonné 3 décembre 2019 19 h 13

    Notre société et les gens qui l'habitent pratique la censure de plusieurs genres de propos régulièrement. C'est une pratique en constante évolution, et nos normes sont construites ensemble.

    Dire qu'il ne faut jamais censurer ou que censurer une chose implique tout censurer n'a pas de sens. On peut être pour dans des situations particulières mais sans toutefois l'applaudir de façon générale.