Fausse comparaison

Comme chaque année, l’Institut de la statistique du Québec publie des chiffres démontrant que les salariés du secteur public québécois sont moins payés que les autres salariés. Dans le passé, plusieurs économistes ont mis en lumière les défauts fondamentaux de ces études, qui en minent totalement la portée. Mais pour des raisons politiques, on continue à faire comme si de rien n’était.

Selon l’ISQ, et comme le titrait Le Devoir la semaine dernière, les salariés de l’administration québécoise seraient moins payés que le reste des salariés québécois, de 6,2 % en moins. Comment obtient-on ce chiffre ?

En excluant le nombre d’heures travaillées : les gens du secteur public québécois travaillent 2 heures de moins par semaine que les autres salariés du Québec (voir l’annexe F du rapport de l’ISQ). Sur une année de 48 semaines, cela nous donne près de 96 heures travaillées en moins. Cela représente mystérieusement près de 6 % d’heures travaillées en moins sur une année.

Concernant les avantages sociaux et les congés payés, cela représente une rémunération de 7 heures 30 en plus par semaine pour les employés de l’administration québécoise, par rapport aux autres salariés (Voir annexe B-9).

Cerise sur le gâteau, la comparaison n’est faite qu’avec les entreprises de 200 employés et plus. Or 65 % des salariés québécois travaillent dans des entreprises plus petites et sont donc exclus de la comparaison. On a choisi un point de comparaison qui ne représente pas du tout une vraie comparaison secteur public québécois contre secteur privé. C’est, comme on dit, « arrangé avec le gars des vues ».

En fait, il y a une autre cerise sur le gâteau : on ne tient pas compte de la sécurité d’emploi à vie de la plupart des fonctionnaires. On a déjà expliqué que cela n’était pas quantifiable et donc qu’on n’en tenait pas compte dans la comparaison des émoluments. J’aimerais qu’on explique à mon mécanicien, à la vendeuse de Couche-Tard et à mon camelot qu’on ne leur donne pas de sécurité d’emploi à vie parce que cela n’améliorerait pas leur sort.

En fait, ce rapport annuel provient d’une commande politique faite en 1982 par le gouvernement du parti québécois, comme une concession aux syndicats d’alors, que le gouvernement venait de les contraindre à accepter des offres à la baisse. Le résultat était précommandé et on a adapté une méthodologie qui générait cette prétendue infériorité dans la rémunération du secteur public. On aimerait que des chercheurs indépendants produisent une vraie analyse de ces conditions d’emplois.

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4 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 2 décembre 2019 09 h 49

    Surtout

    ne le criez pas sur les toits...
    On pourrait vous entendre et vous prendre pour cible, médiatiquement bien sûr.

  • Paul Gagnon - Inscrit 2 décembre 2019 16 h 06

    Il faudrait

    tout de même monter un peu le ton !

  • Loyola Leroux - Abonné 2 décembre 2019 21 h 49

    Et le fonds de pension des fonctionnaires, un oubli.

    Vous oubliâtes de parler du fonds de pension des fonctionnaires Celui qui travaille pendant 35 années de 25 à 60 ans, recevra presque le même montant, c'est mon cas, jusqu’à sa mort, vers 80 ans. Ce qui double le salaire annuel. Pour un investissement minimal, on obtient le gros lot.

  • Pierre Langlois - Inscrit 3 décembre 2019 11 h 31

    Très fausse comparaison...

    Présumons que monsieur Lemieux est mal informé ou qu'il a mal interprété ce qu'il a lu.

    Page 11 du rapport de l'ISQ : sur l'ensemble des autres salariés (fonctionnaires fédéraux et municipaux, salariés d'organismes publics, salariés d'entreprises d'au moins 200 employés), retard salarial de 13,2 % ; retard de la rémunération globale (tous les avangages sociaux, incluant les régimes de retraite) de 6,2 % en tenant compte du nombre d'heures travaillées.

    Toujours page 11 : en comparant avec le secteur privé (salariés d'entreprises d'au moins 200 employées), retard salarial de 10,2 % ; parité pour ce qui concerne la rémunération globale toujours en tenant compte du nombre d'heures travaillées.

    Ainsi, les deux premières affirmations de monsieur Lemieux sont fausses.

    La troisième affirmation (200 employés et plus) est vrai, mais mesquine. Il faut comparer des comparables. Les salaires dans une grosse entreprise où les employés sont syndiqués ne sont pas comparables à ceux dans une PME sans syndicat.

    Encore page 11 : en comparaison avec le privé syndiqué, retard salarial de 18,7 % ; retard de la rémunération globale de 20,1 % « attribuable aux coûts moins élevés pour les avantages sociaux dans l'administration publique québécoise, et ce, malgré le nombre d'heures de présence au travail moindre dans ce secteur [...] ».

    En fait, la rémunération globale des fonctionnaires provinciaux ne dépasse que celle des employés non-syndiqués dans le privé. Mais si les heures travaillées étaient pareilles, ce serait la parité.

    Pour finir, il est vrai que la sécurité d'emploi est souvent meilleure au public que dans le privé. Les fonctionnaires doivent-ils être mal payés pour cette raison ? Rappelons que les esclaves aussi avait une sécurité d'emploi absolue... Je charrie, bien sûr, mais pas tant que ça. Les personnes vaillantes qui se contentent de peu ont l'assurance de toujours travailler. Quel cadeau pour les patrons !