Prudence face au glyphosate

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’utilisation des pesticides s’est répandue à l’échelle de la planète. En limitant la croissance d’organismes nuisibles aux cultures, ils contribuent à assurer des récoltes régulières et à maintenir la qualité des aliments. Cependant, plusieurs de ces substances présentent des risques potentiels ou avérés sur l’environnement et la santé humaine.

Au cours des dernières années, le glyphosate a particulièrement attiré l’attention. Comme c’est le cas pour plusieurs autres produits de synthèse, l’Organisation mondiale de la santé estime que cet herbicide pourrait être cancérigène pour l’humain. D’après la même organisation, cette nocivité serait improbable si le glyphosate est absorbé par voie alimentaire.

Pour sa part, le Centre international de recherche sur le cancer a statué que les preuves étaient insuffisantes pour conclure à une cancérogénicité chez l’humain.

Il faut donc admettre qu’une incertitude demeure quant aux risques que peut poser le glyphosate sur la santé humaine.

En septembre dernier, Montréal a pris la décision d’en interdire l’usage sur son territoire. D’autres municipalités pourraient lui emboîter le pas. La commission parlementaire sur l’usage des pesticides rendra son rapport final d’ici le début de 2020. En attendant, gare à la précipitation. Pour plus d’efficacité, la réglementation sur les pesticides doit être harmonisée à l’échelle du Québec. Les inquiétudes que soulève l’utilisation du glyphosate sont sérieuses et légitimes, mais une réglementation à géométrie variable pourrait ne pas être adaptée à l’ampleur du problème. De plus, les villes qui décideraient de ne pas attendre les conclusions de la commission pour réglementer devront probablement reprendre une partie du travail afin d’assurer un minimum de cohérence avec les orientations provinciales.

D’ici le dépôt du rapport de la commission, la prudence demeure de mise.

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5 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 27 novembre 2019 07 h 08

    Une lettre sensée et bien amenée

    Bravo !

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 27 novembre 2019 08 h 46

    Curieuse interprétation?

    Monsieur Rivest-Roy vous semblez avoir une curieuse interprétation du principe de précaution, renversant son sens premier. Wikipedia nous apprend pourtant ceci: « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l'environnement. » Pourtant vous écrivez vous-même: «Il faut donc admettre qu’une incertitude demeure quant aux risques que peut poser le glyphosate sur la santé humaine.» La France interdit depuis le 1er janvier 2019 la vente du glyphosate aux particuliers, mesure que la ville de Montréal vient de suivre.

    Votre propos ressemble donc passablement à ceux des négationnistes lobbystes de l'industrie chimique dominant ce marché et ayant adopté comme motus que «le profit doit passer avant le principe de précaution.»

  • Monique Bisson - Abonné 27 novembre 2019 14 h 49

    Précaution, prudence, mais sans pesticides!

    Monsieur Cotnoir a tout à fait raison de rappeler le sens premier de l'expression « principe de précaution ». En outre, des recherches effectuées dans le cadre de la rédaction d'un mémoire pour la Commission parlementaire ont démontré que les méthodes de recherche diffèrent d’un pays à un autre ou d’une organisation à une autre, mais que les liens entre « exposition aux pesticides » et « développement de diverses maladies » sont de plus en plus documentés.

    Bien que la Commission parlementaire doive livrer un rapport début 2020, les municipalités du Québec ont par ailleurs la marge de manœuvre nécessaire pour accorder la prévalence au « principe de précaution » et interdire le glyphosate et autres pesticides sur leur territoire et se joindre ainsi à un mouvement qui traverse les frontières et qui prend forme en France, en Australie, au Vietnam et dans plusieurs autres parties du monde où la santé des sols ne peut aller de pair qu'avec la santé des populations.

    Monique Bisson, Gatineau

  • Francis Rivest - Inscrit 27 novembre 2019 18 h 19

    Le principe de précaution est justifié

    Les Villes ont toute la latitude nécessaire pour poser les gestes qui leur semblent les plus appropriés. Dans le cas du glyphosate, il faut que les règlements municipaux soient autant sinon plus contraignants que ce qu'indique la politique provinciale.

    Le principe de précaution est justifié, ce qui ne veut pas dire qu'il faille l'appliquer sans autre questionnement. C'est là que se situait le coeur du propos de ma lettre ouverte.

  • Daniel Gagnon - Abonné 27 novembre 2019 18 h 58

    Quand la terre se meurt, l'inaction devient répréhensible.

    Quand il y a urgence, l'hésitation devient complice.

    Quand la maison brûle, la prudence devient criminelle