Sur le «OK boomer»

J’ai lu avec intérêt cette analyse du nouveau phénomène Internet, ce « mème » du « OK boomer », dans votre article « La lutte des générations », dans Le Devoir du mercredi 13 novembre. J’ai 27 ans, je suis donc de la tranche d’âge des millénariaux, et je crois avoir décelé une autre raison qui expliquerait la montée de cette réponse rapide, une raison qui n’est pas vraiment discutée dans votre article.

Nous ne sommes pas fermés au dialogue ; au contraire, nous voulons parler avec les générations passées, car nous savons que nous ne pourrons pas, à nous seuls, résoudre les problèmes de société qui nous touchent. Le « OK boomer » ne se veut pas une attaque envers tous les baby-boomers ; seulement envers ceux et celles qui refusent d’écouter.

Lorsque nous nous heurtons à ces esprits clos, c’est surtout à des préjugés, à des stéréotypes négatifs, que nous faisons face. L’idée du « jeune ingrat qui se plaint le ventre plein », du « lâche qui n’a pas de raisons de stresser autant », encore trop présente chez certains. L’urgence climatique, l’incertitude économique, les salaires qui ne grimpent pas avec l’inflation, les emplois plus difficiles à dénicher, la montée des extrêmes politiques ; nos craintes quant à l’avenir rencontrent de sourdes oreilles. Pas toujours, mais il y aura toujours un baby-boomer ou un autre pour réduire notre génération à ses défauts, tels que perçus par la leur, et à nous refuser le respect élémentaire de nous écouter et de tenter de nous comprendre.

Nous ne manquons pas d’arguments ; nous sommes entourés d’informations. On s’informe et on connaît notre situation. Malheureusement, nos arguments se cognent trop souvent à des réponses teintées de ces préjugés, à deux pas de l’insulte, souvent appuyées par des informations incorrectes ou obsolètes. C’est la touche ad hominem de cet argumentaire qui blesse davantage que le reste, car nous ne cherchons pas l’affrontement ; mais le ton utilisé par cette frange, tout de même minoritaire chez les boomers, en dit long.

Le « OK boomer » est notre réponse lorsqu’un boomer fait la sourde oreille ou, pire encore, en rajoute. C’est, selon moi, un ras-le-bol face à cette fermeture de certains envers nos craintes légitimes qui a donné naissance à cette expression. Toutefois, le « OK boomer » permettra-t-il de changer les mentalités ? J’en doute. Ça fait du bien de le dire, mais en même temps, c’est un aveu de défaite puisqu’on descend au niveau de rhétorique de ces gens, par incapacité de maintenir (voire de commencer) un dialogue respectueux.

Ma crainte principale, c’est que, comme tout « mème » sur Internet, le « OK boomer » devienne une expression utilisée à toutes les sauces, dans tous les contextes, et en perde sa signification : que nous n’en avons pas contre tous les baby-boomers.

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17 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 16 novembre 2019 07 h 26

    Le respect des autres nous permet d’en avoir pour soi

    En l'absence du respect des autres, il n’y a pas respect de soi. Sans la création d’un consensus intellectuel de fond sur des valeurs sociétales, notre volonté de vivre-ensemble n’existe plus. Une société est une fabrication humaine au sein de laquelle des êtres interagissent les uns sur les autres.

    Ceci dit, évidemment que les milléniaux ne pourrons pas, à eux seuls, résoudre les problèmes de société qui les touchent. Toute la technologie est l’invention des « boomers » et de la génération X qui a suivie. Tous les concepts scientifiques, mathématiques, sociaux et culturels découlent de gens qui étaient nés bien avant 1960. Dites-nous ce qui est vraiment de nouveau sous le soleil en ce bas monde depuis 1960?

    Oui, les nouvelles générations se plaignent le ventre plein. Pour les changements climatiques, ils vocifèrent très forts pour les autres tout en occultant le fait qu’ils ne font aucun effort personnel pour faire leur part.

    Pour l’incertitude économique, ils n’ont encore rien vu. La 4e révolution industrielle de l’automation, de la robotique intelligente et l’intelligence artificielle s’assurera que les bons emplois disparaîtront en masse. C’est un phénomène qu’on peut observer aujourd’hui dans une précarité de bons emplois. Les jeunes d’aujourd’hui seront plus pauvres que leurs parents.

    Pour la montée des extrêmes, cette tendance s’amplifiera indubitablement à cause de la précarité des emplois qui assurent une dignité socio-économique. Le populisme de droite et de gauche est l’illustration de cet épiphénomène.

    Justement, la saturation d’information n’apporte pas la justesse dans les arguments. Les milléniaux ne lisent et ne s’informent pas; ils se fient aux médias sociaux sans souvent avoir les filtres nécessaires pour séparer l’ivraie du bon grain.

    Enfin, c’est sur les épaules de ceux qui nous ont précédés qu’on peut voir plus loin. Et ce n’est pas en les dénigrant, les insultant et leurs manquant de respect qu’on y arrivera. Misère.

    • Marc Therrien - Abonné 16 novembre 2019 17 h 50

      J'imagine que le respect mutuel de soi et des autres se bâtit plus facilement dans la confiance que la méfiance. Car quand la méfiance est trop grande, l'Un et l'Autre attendent que se soit son vis-à-vis qui fasse le premier pas pour initier la poignée de mains amicale. Pour le reste, on comprend bien que vous commandez le respect et n'attendez pas qu'on vous l'accorde.

      Marc Therrien

  • Danièle Jeannotte - Abonnée 16 novembre 2019 07 h 45

    Un peu d'imagination SVP

    Ce qui me frappe dans toute cette histoire, c'est la pauvreté du slogan. «OK boomer»? Ça veut dire quoi au juste? Le sentiment est vaguement négatif mais c'est d'une banalité navrante. Ça me fait penser à l'engouement démesuré provoqué par la phrase très ordinaire de Justin Trudeau, «Parce qu'on est en 2015». Pas besoin d'être génial pour faire les manchettes, apparement. Un slogan creux et le tour est joué.
    Ce qu'il faut retenir, c'est qu'on continue de classer les gens dans des catégories artificielles et d'opposer ces catégories les unes aux autres. Les boomers contre les X, les X contre les millénariaux, etc. Et pendant ce temps, ceux qui exercent le vrai pouvoir peuvent bien faire ce qu'ils veulent puisque la population est divisée. Il vaudrait peut-être mieux unir nos efforts pour contrecarrer ceux qui volent, fraudent et exploitent, parce qu'ils ont la vie beaucoup trop facile en ce moment.

  • Claude Bariteau - Abonné 16 novembre 2019 08 h 30

    J'ai compris dans « Ok boomer » autre chose que « boomer » tu déconnes ». Quelque chose comme « OK j'ai compris » mais faudrait se parler pour qu'on puisse faire quelques pas de danse ensemble.

    • Claude Bernard - Abonné 17 novembre 2019 14 h 33

      M Bariteau
      Ce que vous comprenez de ce cri du cœur m'interpelle.
      Pour moi, il signifie tout autre chose.
      On dirait que dans cette exclamation chacun y trouve ce qu'il y apporte; comme dans une auberge espagnole.
      Chacun y porte sa chimère dont parle le premier des poètes maudits dans son recueil le Spleen de Paris.
      À bien y penser, dans tous les débats, n'arrivons-nous pas ainsi chargés de nos préjugés, frustrations et mésaventures?

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 16 novembre 2019 08 h 32

    Merci.

    Très intéressant, né en 1950, entre deux ou trois ou quatre guerres!

  • Marc Pelletier - Abonné 16 novembre 2019 09 h 06

    Bravo de ramener les pendules à l'heure !

    Comme dit l'expression : " Jeunesse passe ! "

    Toutefois, je reconnais comme vous M. Nicolas Hamel que plusieurs " boomer " et même " préboomer " sont restés figés dans les idéos de leur jeunesse, ce qui est déplorable. Et l'orsqu'ils s'acharnent aveuglément à vouloir imposer leur vues sur le présent et le futur à la jeune génération, leur attitude devient pitoyable !

    J'ai 81 ans et dans ma jeunesse nous n'avions pas de TV et bien des outils qui favorisent le savoir n'avaient pas encore été inventés, mais je ne me plains pas de ma jeunesse pas plus que je me sens envieux de tous les moyens qui sont maintenant à votre disposition, Nous avons menés nos combats : à vous maintenant de mener les VÔTRES et de vous appuyer lorsqu'il se doit !

    J'appuirai à ma façon tous vos combats qui me sembleront un plus pour la société : bonne chance !

    PS : y a-t-il un seul " boomer " qui s'est privé d'un nouveau gadget quand il a pu se le procurer même à crédit ? Ce ne sont pas les jeunes qui polluent notre planète avec leurs VUS ou leurs RAM !

    • Cyril Dionne - Abonné 16 novembre 2019 16 h 43

      P.S. M. Pelletier : y aurait-t-il un seul « milléniaux » qui se priverait d'un nouveau gadget s'il pouvait se le procurer même à crédit ? Les jeunes pollueraient encore plus notre planète s'ils étaient capables de s'acheter un VUS ou un RAM ! De toute façon, ils sont très efficaces à polluer avec leurs téléphones intelligents avec toute la technologie nécessaire qui est derrière tout cela. Aujourd’hui, l’empreinte carbone de la téléphonie représente 11% des émissions des GES mondiaux. Ici, on ne parlera même pas des métaux et des terres rares qui sont nécessaires pour leur fabrication et qui sont très néfastes pour l’environnement et la biodiversité. Vous avez d’autres questions?