Participe passé et futur très conditionnel

Après des débats enflammés sur le report de la fête de l’Halloween, voilà que le Québec s’embrase à nouveau. Cette fois-ci, c’est à propos d’une éventuelle réforme de l’accord des participes passés. Un débat stérile n’attend pas l’autre dans ce pays où l’on s’étourdit à force d’immobilisme.

Au-delà des arguments des uns et des autres, des notions de respect de la langue et de discrimination sociolinguistique, le véritable problème, quant à moi, n’est pas de savoir s’il faut ou non mettre un « s » ici et là, mais bien de se questionner sur les véritables apprentissages effectués en grammaire par les jeunes qui fréquentent nos écoles.

Enseignant depuis 26 ans au secondaire, c’est toujours avec stupéfaction que je constate chaque année, peu importe le niveau où j’oeuvre, que j’ai dans mes classes un nombre important d’élèves incapables de repérer un sujet dans une phrase ou de distinguer un verbe à l’infinitif d’un participe passé. Alors, imaginez quand il est question de repérer un complément direct nécessaire (ou non) à l’accord d’un participe passé avec l’auxiliaire avoir. Ne croyez pas ici que je méprise ces jeunes. Au contraire, je les plains amèrement et leur ignorance souvent diplômée m’attriste.

Dans tout ce débat sur l’accord des participes passés, personne ne s’interroge sur les raisons qui expliquent ce que savent et surtout ne savent pas ces jeunes, personne ne remet en question les méthodes d’enseignement qu’on nous impose dans nos classes et surtout personne ne dénonce le laxisme des évaluations qui permettent à ces mêmes jeunes de faire une faute de grammaire ou d’orthographe tous les 15 mots, leur permettant ainsi de réussir une évaluation ministérielle nécessaire à l’obtention du diplôme d’études secondaires.

Il est ironique de voir tant de gens proposer de réformer une grammaire dont nous manquons chaque jour cruellement d’exemplaires dans nos classes. Où sont-ils, ces savants simplificateurs du verbe et de sa forme participiale, quand on dénonce une situation pourtant pas si complexe ? Où sont-ils, ces vertueux apôtres de l’égalité des chances linguistiques, quand on s’insurge contre le fait que l’école privée peut forcer des élèves à acheter un code grammatical alors que l’école publique laisse les jeunes qui lui sont confiés les mains vides ?

Nul besoin de simplifier la grammaire française. Au rythme où vont les choses, elle s’avérera tout bonnement inutile si on continue à s’étourdir de la sorte. Une grammaire pour chaque élève en tout temps : voilà le premier objectif qui devrait animer tous ceux qui se vantent de défendre une langue qu’ils devraient tourner sept fois dans leur bouche.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • Danièle Jeannotte - Abonnée 6 novembre 2019 09 h 02

    Trop difficile?

    J'ai appris la grammaire française et mes parents l'ont apprise avant moi, tout comme des millions de francophones partout dans le monde depuis des siècles, avec plus ou moins de talent mais suffisamment pour être capables d'en maîtriser les règles de base. Ma mère, qui avait quitté l'école très tôt, faisait peu de fautes d'ortographe même si elle ne lisait que le journal. Ni elle ni moi ne sommes des génies. Il est donc possible d'apprendre à écrire le français dans sa forme actuelle mais il faut y mettre l'effort nécessaire. Et c'est là que le bât blesse, parce que la notion d'effort est devenue obsolète. Il ne suffit pas de mettre une grammaire dans toutes les mains, il faut faire en sorte que les élèves s'en servent, même si ça ne leur tente pas, même s'ils trouvent ça plate. On ne leur rend pas service en aplanissant toutes les difficultés devant eux puisqu'ils vont fatalement se heurter à des écueils dans leur vie et ils seront bien mal outillés pour y faire face.
    Quant à ces «savants simplificateurs du verbe et de sa forme participiale», ils ont surtout compris que la meilleure façon de se rendre populaires et d'être invités sur toutes les tribunes est de dire « Ce n'est pas votre faute si vous faites des fautes, c'est la faute du français qui est trop difficile». Avec un tel message on se fait aimer partout, y compris dans les couloirs de la SRC.

  • Paul Gagnon - Inscrit 6 novembre 2019 10 h 53

    Bravo

    Voilà un cri du cœur qui me va droit au cœur.

    Les simplificateurs universitaires ont fait suffisamment de dégâts comme ça en éducation – comme en tant d’autres domaines d’ailleurs, particulièrement en sciences sociales et connexes.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 6 novembre 2019 18 h 21

    « Participe passé et futur très conditionnel »




    L'enseignement du français écrit est inutile, vu que l'on a le téléphone.

    C'est comme les maths, l'enseignement est inutile, vu que l'on a des calculatristes.