Rapports discriminatoires de la police avec les Noirs

En 2010, une étude de Christopher McAll et de Léonel Bernard, du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations, montrait qu’aussi bien dans les quartiers ouest, est ou nord de Montréal, un jeune Noir courait de 7 à 11 fois plus de risques qu’un Blanc d’être interpellé par les policiers. La surinterpellation policière peut se traduire par l’arrestation et la prison.

« Pour la plupart des infractions, la surreprésentation des jeunes Noirs dans le système de justice serait directement tributaire d’une surveillance accrue de la part des policiers », concluait l’étude (Revue Relations, no 735). Le SPVM avait promis de prendre des mesures pour améliorer les relations entre ses policiers et les Noirs.

Mais dix ans plus tard, les résultats de recherche de Victor Armoney (UQAM), Mariam Hassaoui (TELUQ) et Massimiliano Mulone (UdM) (Le Devoir, 8 octobre 2019) reconfirment cet état de fait. Pour dire que les rapports discriminatoires de la police envers cette catégorie sociale ont la vie dure. Pourquoi ?

Le corps policier a pour fonction de maintenir l’ordre, de prévenir le désordre, la délinquance ou le crime dans la société. Or les attitudes et les comportements des individus sont évalués sur la base de croyances (vraies ou fausses), de jugements de valeur, etc. La sur-surveillance, la surinterpellation des Noirs s’expliqueraient par les croyances que ceux-ci seraient, toutes choses étant égales par ailleurs, potentiellement plus délinquants, plus portés à commettre des crimes que leurs concitoyens blancs.

Cette pratique discriminatoire résulterait donc de l’éducation et de la formation des policiers. Un programme de formation et de sensibilisation permanente à la diversité culturelle contribuerait à corriger progressivement la situation. Si un tel programme est nécessaire, il demeure cependant insuffisant. Car des policiers très sensibilisés qui expriment leurs sentiments antidiscriminatoires, en participant par exemple à des matchs de soccer avec de jeunes Noirs, ne changent rien à la réalité quotidienne des discriminés. Ce qu’il faut en plus, c’est mettre en oeuvre des politiques, des ressources financières suffisantes pour changer les conditions sociétales qui permettent la discrimination. C’est à ce travail qu’une société démocratique comme le Québec doit s’atteler de façon permanente.

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