Un test à valeur pédagogique

Dans l’article d’Émilie Nicolas publié le 31 octobre dans Le Devoir sous le titre « Les gens inquiets », certains commentaires au sujet du test des valeurs m’ont sidérée. Madame Nicolas écrit :

« Le message en filigrane d’une telle mesure ne peut être que celui-ci : « C’te monde-là sont pas comme nous. Il faut s’en méfier. Il faut les tester. Leurs valeurs ne sont peut-être pas les bonnes. Soyons sur nos gardes. » Le but de la mesure : rassurer les fameuses gens. Son véritable effet : donner le sceau d’approbation étatique aux réflexes d’inquiétude et de méfiance envers « c’te monde-là ». Nourrir l’angoisse. »

Je ne dois pourtant pas être la seule à croire que ce test vise, pour l’essentiel, à fournir au candidat à l’immigration une occasion de prendre connaissance de valeurs associables au vivre-ensemble au Québec. Le peu d’exemples présentement disponibles quant au contenu du test permet au candidat de prendre conscience que, au Québec, les couples homosexuels ont le droit de se marier, mais que la polygamie est un non-droit. De même, le candidat a-t-il l’occasion de réaliser entre autres que l’origine ethnique ne peut justifier un refus d’emploi, mais qu’un emploi peut être refusé à quelqu’un n’ayant pas le diplôme requis. Me semble que, pour peu qu’on en sache pour le moment, le test a une certaine valeur pédagogique. Il invite le candidat à un « remue-méninges ». Et, au vu des services offerts pour en assurer la réussite, « personne ne devrait échouer au test », comme le remarquait Robert Dutrisac.

La réponse d’Émilie Nicolas

En faisant passer le test aux immigrants et pas aux autres Québécois, on laisse entendre que les premiers sont plus susceptibles de ne pas adhérer à certaines valeurs. Faire du test une priorité politique, c’est dire qu’on doit régler un problème. Lequel ? Les valeurs des immigrants déjà présents ? Nécessairement, l’exercice est stigmatisant. Au fond, les exemples que vous donnez contribuent à en faire la démonstration.

Il y a trois ans, on avait fustigé Régis Labeaume pour avoir distribué aux immigrants de la capitale un guide rappelant qu’il est bon d’utiliser un déodorant pour contrôler les odeurs corporelles, qu’il faut se brosser les dents deux fois par jour, qu’il est illégal de battre ses enfants ou encore d’uriner sur la voie publique, et que l’inceste est interdit. On est ici dans la même logique.

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5 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 2 novembre 2019 09 h 20

    Un Gouvernement Legault fier pet


    En développant ce test des valeurs menant au certificat de sélection du Québec, le Gouvernement Legault veut signifier que la société distincte du Québec, devenue sélecte, a des exigences morales d’inclusion à son vivre-ensemble plus élevées que le pays d’accueil, le Canada. Il reste à voir si ce test sera à la hauteur des prétentions de ces auteurs-évaluateurs et apportera une valeur ajoutée au processus de sélection des immigrants. Les premiers indices qui ont été exposés jusqu’à maintenant semble exprimer plutôt une simplicité ou une naïveté relevant du simplisme qui pourrait bien attirer la risée de nos voisins. C’est à se demander si la CAQ ne fait pas exprès. Tout est bon pour qui veut renforcer le sentiment d’unité nationale qui n’est pas toujours ou nécessairement celui de la fierté.

    Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 3 novembre 2019 07 h 15

      Cher M. Therrien,

      Toutes les sociétés sont sélectives à part des gouvernements de celles (voir les libéraux nationaux et provinciaux) qui regardent seulement pour un vote garanti pour leur parti de la part du visiteur. C’est aussi parce que ce sont les « autres Québécois » qui ont créé cette société où tous veulent venir, légalement ou illégalement, et qui demandent aux visiteurs s’ils partagent les mêmes valeurs qui sont inaliénables dans une société libre et ouverte. Si les postulants qui veulent devenir des citoyens ne comprennent pas que les femmes et les hommes sont égaux, idem pour les minorités sexuelles, peut-être que cette société n’est pas pour eux. Si les postulants qui veulent devenir des citoyens ne comprennent pas qu’on peut critiquer et ridiculiser les religions que ne sont que des idées, en fait, des cultes qui ont réussi, peut-être que cette société n’est pas pour eux.

      Enfin, les Américains ont un test bien plus pointu pour la citoyenneté que celui qui nous a été présenté par le gouvernement Legault et personne ne déchire sa chemise. Pardieu, tout le monde veut devenir un citoyen américain même pour nos illégaux du chemin de Roxham qui sont présentement ici. Le Québec était leur 3e choix en Amérique du Nord.

  • Pierre Desautels - Abonné 2 novembre 2019 11 h 57

    Bien dit.


    Bien dit, Madame Nicolas. Au-delà des faux arguments pout justifier ces tests ridicules, ce sont les sous-entendus qui sont le problème. C'est un message négatif envoyé aux Québécois, comme quoi les immigrants ne sont pas bien intégrés, ce qui est totalement faux. Et n'oublions pas que les Québécois de souche n'adhèrent pas tous aux mêmes valeurs.

  • Pierre Lalongé - Abonné 2 novembre 2019 12 h 42

    J'ai bien compris!

    J'ai bien compris Madame Lavoie que ce test a une valeur pédagogique, ce que Madame Nicolas ne veut visiblement pas voir.

  • Pierre Fortin - Abonné 3 novembre 2019 12 h 15

    Vous avez touché le point sensible


    Je suis bien d'accord avec vous, Madame Lavoie. Ce soi-disant test des valeurs n'a rien d'un test, car il ne mesure rien de façon précise et surtout pas dans des conditions adéquates, alors qu'il est avantageusement orienté dans un style informatif permettant aux nouveaux immigrants de prendre conscience de la réalité québécoise. Le problème est qu'il n'est ni un test de valeurs ni un texte informatif, comme si on avait simplement voulu en diluer le caractère d'exigence formelle qu'on a préconisé en campagne électorale.

    Selon moi, il serait préférable et suffisant d'énoncer dans un véritable texte énonciatif les grandes caractéristiques sociales et politiques du Québec, e.g. pour ce qui concerne la langue officielle, la laïcité de l'État, le refus du statut constitutionnel pévalant au Canada en matière de multiculturalisme, etc. Je crois que les candidats à l'immigration au Québec ne pourraient que bénéficier d'un minimum d'information leur permettant de mieux savoir dans quel monde ils accosteront et pas seulement pour ses conditions climatiques. Un rédacteur avisé devrait être en mesure d'exprimer de manière significative l'accueil bienveillant et respectueux que le Québec réserve à ses immigrants — les précédents sont nombreux — tout en énonçant les particularités des us et coutumes de la société qu'ils s'apprêtent à intégrer en y apportant leurs propres singularités.

    Quant à la réponse de Madame Nicolas, qu'elle ait recours aux extravagances de Régis Labeaume en les montant en épingle pour contrer votre point de vue ne contribue plutôt qu'à confirmer votre propos.

    Bref, le Ministre devrait refaire ses devoirs car cet exercice est complètement raté.