L’apprentissage des immigrants

Le ministre Simon Jolin-Barrette vient d’annoncer que les ressortissants étrangers, qui souhaitent s’établir au Québec, devront obtenir une « attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne ».

Les valeurs exprimées par la Charte québécoise (articles 1 à 38) sont les suivantes : les libertés de conscience, de religion, d’opinion, d’expression, de réunion pacifique, d’association, le droit à l’égalité dans la reconnaissance des droits et libertés, les droits politiques et les droits judiciaires.

Or, la Loi sur la laïcité de l’État, qui est entrée en vigueur le 16 juin 2019, va à l’encontre des valeurs exprimées par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. En effet, l’article 33 de la Loi sur la laïcité stipule que cette loi, ainsi que les modifications qu’elle apporte à la Loi favorisant la neutralité religieuse de l’État… s’appliquent malgré les articles 1 à 38 de la Charte des droits et libertés de la personne.

Dans le cas où les ressortissants étrangers auraient à obtenir une attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne, comme le veut le ministre Simon Jolin-Barrette, il est important que ceux-ci soient informés que ces valeurs ne s’appliquent pas dans le cadre de la Loi sur la laïcité qui contient une clause dérogatoire (article 33).

En terminant, je me permets de dire que M. Lucien Bouchard n’est sûrement pas le seul indépendantiste qui est contre la loi 21 (Loi sur la laïcité). Lorsque l’idée de l’indépendance du Québec a pris forme, ses tenants étaient pour la protection des droits des minorités et pour le respect des droits fondamentaux.

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17 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 1 novembre 2019 01 h 48

    La Loi sur laïcité de l’État n’est pas discriminatoire.

    Vous avez tort, madame Huguette Gagnon. Les pères de la Révolution tranquille avaient préconisé la laïcité de l'état comme premier rempart contre l'emprise de la religion et le pouvoir clérical, lorsque l'Église catholique a perdu le contrôle de l'éducation et des services sociaux et ils ont créé le ministère de l'Éducation. Monsieur Guy Rocher, un des géants de cette Révolution est encore vivant pour attester à l'intention noble de cette démarche. En effet, il apporte son appui à la loi 21.
    De plus, les droits humains ne comportent pas le droit de porter des signes religieux dans la fonction publique. Déjà, la Cour européenne des droits de l’homme a statué qu’une interdiction de porter un signe religieux appliqué à une enseignante « est légitime afin de respecter la neutralité de l'État.

    • Marc Therrien - Abonné 1 novembre 2019 08 h 06

      Je ne comprends toujours pas comment il se fait que ce qui est si évident pour vous ne l'est pas pour le Gouvernement Legault qui a pris soin de bien protéger sa loi sur la laïcité de l'état par la clause dérogatoire et de protéger les droits acquis des enseignantes qui portaient des signes religieux avant l'élection de la CAQ et de l'adoption de cette loi.

      Marc Therrien

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 novembre 2019 08 h 34

      Quant à moi, la loi est *discriminatoire*, mais dans un autre sens.Dans son programme politique, la CAQ parlait d'une loi pour les personnes en autorité dont les enseignants. Or, une fois au pouvoir, la loi ne s'applique qu'au secteur public.Or, l'enseignant du privé est, aussi, en autorité; d'autant plus que la majorité des écoles privées sont subventionnées par l'État.

      J'aurais ajouté, aussi, les CPE subventionnés.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 novembre 2019 09 h 15

      Nos propres religieux catholiques, au début des années 70, ont accepté, peu à peu, d'enlever leurs signes religieux ostentatoires dans l'espace public, en situation d'autorité.La loi 21, dans un sens, est *discriminatoire* pour tout le monde; tout comme la loi sur les permis de conduire.:)

      La déconfessionalisation des écoles s'est faire plus tard qu'en 1964(création du Ministère de l'Éducation). En 1998, les commissions scolaires passeront de confessionnelles à linguistiques; en 2005, l'enseignement religieux disparaitra du curriculum.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 novembre 2019 12 h 39

      Parlant de "loi discriminatoire". Les immigrants qui arrivent ici et qui avaient un permis de conduire, dans leur pays, n'ont que 6 mois pour réussir l'examen théorique et l'examen pratique à la SAAQ. Cela ne s'applique pas pour une douzaine de pays seulement. Est-ce discriminatoire d'obliger ces gens-là à décrocher le permis québécois avant 6 mois, s'Ils veulent conduire?

      Même chose pour la loi 21.

  • Marc Therrien - Abonné 1 novembre 2019 07 h 58

    Gens du pays

    Les « gens inquiets » dont parlait Émilie Nicolas hier sont-ils encore les mêmes « gens du pays » dont Gilles Vigneault chantait les mérites?

    Marc Therrien

    • Marc Pelletier - Abonné 1 novembre 2019 10 h 29

      Il faudrait leur demander M. Therrien.

  • Carole Gagnon - Inscrit 1 novembre 2019 10 h 06

    Bravo!

    J'appuie l'opinion de Mme Huguette Gagnon et le commentaire complémentaire de M. Pierre Grandchamp. Si on veut que les immigrants soient bien au courant de nos lois et moeurs, il faut bien les informer des changements à nos propres lois des droits et libertés de la personne, et donc nos contradictions voire inégalités.

  • Huguette Gagnon - Abonnée 1 novembre 2019 10 h 14

    Réponse à Nadia Alex

    Avec tout le respect que je vous dois, je n'ai pas tort. "Préconiser la laïcité de l'État", c'était tout le contraire de l'interdiction des signes religieux de l'actuelle Loi sur la laïcité. Lorsque le Québec n'était pas laïc (il y a longtemps qu'il l'est), une religion était privilégiée : la religion catholique. Un état laïc a comme devoir de protéger toutes les religions, sans en privilégier une. Je le répète : l'actuelle Loi sur la laïcité va à l'encontre des principes des premiers tenants de l'indépendance (des grands), dont René Lévesque. Par ailleurs, on ne peut oublier le grand Gérald Godin qui rendait hommage aux immigrants... J'ai toujours été fière d'être québécoise mais, enlever des droits fondamentaux garantis par la Charte québécoise des droits, de cela, j'ai honte. En plus, dernière ignominie : la CAQ sachant qu'elle contrevenait à cette Charte par l'actuelle Loi de la laïcité, a enlevé presque entièrement les recours aux tribunaux par une clause dérogatoire dans cette loi (article 33) (article 34: clause dérogatoire relative à la Charte canadienne). Il n'y a pas de quoi être fiers.

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 novembre 2019 13 h 48

      À madame Huguette Gagon: Vous pouvez être fière de votre identité québécoise sans pour autant promouvoir le sectarisme et le communautarisme religieux, sinon, nous allons finir par avoir un pays ingouvernable comme le Liban.
      Deux Cours de justice ont déjà justifié l'interdiction du port de signes religieux dans la fonction publique. La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a justifié l'interdiction du port du voile des enseignantes, et la Cour Suprême du Canada qui a déjà interdit la prière avant les réunions municipales de la Ville de Saguenay, une violation du devoir de neutralité de l’État.
      Le problème de la prolifération de l'islam politique n'existait pas dans le temps de Gérald Godin. L'ouverture à la diversité et aux immigrants ne veut pas dire l'ouverture à l'obscurantisme et à l'ingérence de la Religion dans les affaires de l'État.
      Les Chartes de lois ne sont pas inscrites dans le béton. Il faut les changer quand elles contreviennent au bon sens et à l'intégrité de la personne. Par exemple, on a abrogé la loi sur la peine de mort et sur l'interdiction de l'homosexualité. Quand la religion est une source de l'oppression de la femme, il faut la contraindre.

  • Cyril Dionne - Abonné 1 novembre 2019 10 h 16

    Chère madame Gagnon,

    Les lois sont écrites pour les vivants et non pour les morts, Thomas Jefferson oblige. Votre charte québécoise date de 1975 à l’époque d’un gouvernement libéral majoritaire. Elle nous fait penser à des tablettes d’argile du certain Moïse. Nous sommes en 2019 et les besoins de la société ont grandement évolué. Nous n’avions pas un problème d’intégration avec les immigrants puisque la plupart épousaient les mêmes valeurs démocratiques que nous. Aujourd’hui, nous faisons face à une immigration qui a des relents d’invasion où plusieurs ne croient pas en l’égalité des femmes et des hommes et des minorités sexuelles. Ils ne croient pas à la liberté d’expression et si on critique leur religion, qui n’est que des idées, on nous traite de racistes. En fait, les musulmans ne représentent pas une race ou une ethnie, mais bien une secte qui a réussie par l’endoctrinement, les guerres, les massacres et la filiation.

    La charte québécoise a vu jour seulement quelques années après que les lois ségrégationnistes de Jim Crow étaient encore en vigueur aux USA. Disons poliment que nous avons évolué depuis ce temps-là. Idem pour nos Américains. Alors pour vos chartes, québécoise ou « canadian », dire qu’elles sont désuètes aujourd’hui, c’est demeurer extrêmement poli.