Le cri du cœur de Pierre Lapointe

En 1983, le parolier Luc Plamondon a transformé une séance de remerciements en esclandre lorsqu’il est monté sur les planches au gala de l’ADISQ avec Robert Charlebois pour accepter le Félix de la chanson de l’année, décerné à J’t’aime comme un fou. « Les trophées, ça fait plaisir. Mais ce qui ferait encore plus plaisir aux auteurs-compositeurs, ça serait de gagner des droits d’auteur », a-t-il laissé tomber avant de s’adresser aux producteurs dans la salle. « On est la matière première de votre industrie. Votre industrie n’existerait pas s’il n’y avait pas de chansons et d’auteurs-compositeurs derrière », a-t-il rappelé lors de cette intervention enflammée.

Trente-six ans plus tard, l’histoire se répète. Cette fois-ci, c’est l’auteur-compositeur-interprète Pierre Lapointe qui a profité de sa tribune pour lancer un cri du coeur et un appel à la solidarité en interpellant directement les élus présents dans la salle pour qu’ils forcent les grandes compagnies de communication, notamment les plateformes de diffusion telles Spotify, à payer des impôts au Canada. « La raison de ma petite montée de lait actuelle, c’est qu’on se fait voler depuis plusieurs années par des multinationales qui viennent faire de l’argent au Canada et qui sont, comme par magie, exemptes d’impôt », a lancé Pierre Lapointe.

Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, qui était présent au gala de l’ADISQ, a réagi à la sortie de Pierre Lapointe : « Nos artistes et créateurs méritent d’être payés justement pour leurs oeuvres et ils ont raison de se lever pour le réclamer, a déclaré le ministre par courriel. Nous sommes en 2019 et les principales lois qui régissent notre culture et nos communications datent d’avant Internet. Cette situation nuit à notre économie, à nos emplois et à notre culture. […] Tout le monde, et ça inclut les géants du Web, va devoir contribuer à la création de contenu d’ici, l’offrir sur ses plateformes et le promouvoir. Fini, les passe-droits ! » Reste à voir si les actions vont suivre les paroles !

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2 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 30 octobre 2019 00 h 27

    Triste

    Je trouve triste la comparaison des revendications de Pierre Lapointe avec celle de Luc Plamondon. Alors que le premier a toutes les raisons de le faire, le deuxième s'était expatrié pour payer moins d'impôt sur les sommes, qu'on devine conséquentes, qu'il recevait en droit d'auteur. Il demandait à un gouvernement à qui il refusait de payer des impôts de faire en sorte qu'il reçoive encore plus de redevances sur lesquelles il ne paierait pas un sou à ce gouvernement. J'avais trouvé cette utilisation d'une tribune pour des motifs personnels tout à fait inappropriée (je suis gentil...).

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 30 octobre 2019 08 h 17

    Le ministre libéral Pablo Rodriguez dit :

    « Fini, les passe-droits ! »

    Voici la définition de « passe-droit », selon le Larousse: « Faveur qu'on accorde à quelqu'un contre le droit, le règlement, contre l'usage ordinaire. » Or, les Spotify de ce monde sont dans leur droit au Canada. Aux libéraux de changer la loi.

    Il aurait plutôt dû dire : « Il faut que notre gouvernement se réveille et arrive au XXIe siècle ! »