Deux films non comparables

J’ai récemment vu et me réjouis du succès d’estime que s’attirent, avec raison, les longs métrages québécois Il pleuvait des oiseaux et Kuessipan. Toutefois, en ce qui a trait à la place occupée par les Premières Nations dans le récit, les deux oeuvres ne sont pas du tout comparables.

Ainsi, alors que l’intérêt des Innuat sur le territoire de la Côte-Nord est au coeur du propos dans Kuessipan, la présence des Anichinabés-Algonquins en Abitibi-Témiscamingue est totalement occultée dans Il pleuvait des oiseaux. Dans le contexte de L’erreur boréale, du Peuple invisible, de l’émission Enquête ayant fait grand bruit et du rapport de la commission Viens, l’omission est particulièrement troublante. Si le peuple québécois sait de mieux en mieux reconnaître et apprécier les aspirations des nations inuite, crie, innue, attikamek et huronne-wendate, entre autres, la nation anichinabée-algonquine continue d’être largement ignorée et il y aurait lieu de remédier urgemment à cette situation déplorable.

Les artistes montrent souvent à la société la voie à suivre, mais cela n’a de toute évidence pas été le cas ici, aussi touchants soient les cours de natation d’Andrée Lachapelle.

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6 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 30 octobre 2019 08 h 34

    Appropriation culturelle ?

    La question de l'appropriation culturelle qui a émergé ces dernières années a peut-être refroidi la velléité des artistes de parler des nations autochtones (ou autres minorités comme les Roms plus récemmentf). Évidemment, il y a beaucoup de mérite si des autochtones parlent d'eux-mêmes car on a leur point de vue directement mais il me semble que ça ne devrait pas empêcher des non autochtones de démontrer leur intérêt et souvent leur amour pour les peuples autochtones dans leurs œuvres; si ce n'est pas bon, les gens n'iront pas voir mais au moins cela suscitera la discussion et du choc des idées jaillit la lumière, dit-on.

    • Jean-François Trottier - Abonné 31 octobre 2019 08 h 44

      Pas "peut-être", M. Rousseau. Sans le moindre doute.

      En fait c'est très sain : il est grand temps que les autochtones parlent pour eux-mêmes.

      Je continue à rêver d'une confédération des Nations dans un Québec qui s'assume, réunis autour d'une table, un peu comme le sont les nations à l'ONU, avec représentation égale.

      Par contre, je déplore qu'il soit rendu impossible de parler des autres, tout comme il est important que les autochtones puissent parler de nous... et d'ailleurs ils ne s'en privent pas.
      Mais bon, tant que nous somms coincés dans un Empire qui méprise tout ce petit monde, il est difficile de s'entendre.

  • Céline Delorme - Abonnée 30 octobre 2019 09 h 31

    Condamné si vous le faites, condamné si vous ne le faites pas.

    Monsieur ou Madame Dupuis accuse les auteurs du film d'avoir ignoré la nation anichinabée-algonquine d'Abitibi.
    Si cette personne a suivi l'actualité récente, elle doit savoir que les artistes sont maintenant: "Damned if you do, et damned if you don't. "
    Traduction: Que nous le fassions ou pas, nous aurons toujours tort."
    Voir en page un pour le film "Joulik", fait à partir d'un roman de Marie-C Lê-Huu. Malgré tous les changements faits à la demande des Roms consultés, ils n'étaient pas satisfaits, les auteures auraient dû changer le film de fiction et l'histoire du livre, pour faire plutôt un documentaire.
    C'était une conséquence à prévoir, après SLAV et Kanata, tous les auteurs sensés vont cesser de mentionner les personnes d'autres "races" que la leur dans leurs films et oeuvres théatrales.
    A noter que je déteste parler de "races" (j'ai toujours appris que c'était la base du racisme) mais de nos jours, sous l'influence des USA il est à la mode de séparer les gens selon leur "races" pour ne pas se faire traiter de raciste.

  • Guy O'Bomsawin - Abonné 30 octobre 2019 09 h 31

    Proportionnelle

    Les Amérindiens habitant dans leurs collectivités sont environ 30 000, soit 0,0035 % de la population québécoise qui est de quelque 8,5 millions. Sous cet angle, on ne peut dire qu'ils sont sous-représentés sur plan artistique. Il serait d'ailleurs aussi inacceptable de les mettre en vedette en raison de leur identité, que de les ignorer malgré leurs talents. Cette proportionnelle explique aussi que leur présence soit généralement minime dans les oeuvres de la société majoritaire.

    • Hélène Lecours - Abonnée 30 octobre 2019 15 h 21

      C'est vrai, mais vous seriez tellement plus nombreux si vous n'aviez pas été assassinés de toutes les manières. Il faut aussi tenir compte de cela et nous parler de notre Histoire. Nous raconter nos Histoires peut-être??

  • Alain Bouchez - Abonné 30 octobre 2019 10 h 20

    confusion?

    Pour quoi le film ''il pleuvait des oiseaux'' devrait-il parler des autochtones? Doit-on mettre un ou plusieurs autochtones dans tous les films produits en Amérique du Nord et du Sud, pour ne pas avoir l'air raciste? quel étrange raisonnement... et de plus, ce serait une erreur: cela reviendrait à faire des autochtones des ''Indiens de service'', pour avoir l'air politiquement correct:mieux vaut les intégrer normalement dans une histoire dans laquelle il serait question d'eux, ce qui pour le coup serait signifiant.