Étonné par la réaction virulente des chasseurs

Depuis un certain temps, le réchauffement climatique et la perte de la biodiversité sont devenus des enjeux planétaires importants pour la survie de l’humanité. Les scientifiques nous convient à un changement en profondeur de notre mode de vie.

Il y a cependant de la résistance. On le constate avec la réaction de certains qui ne désirent aucunement modifier quoi que ce soit dans leurs habitudes de consommation ou la pratique d’une activité… comme la chasse. Je suis étonné par la réaction virulente des chasseurs qui s’en prennent aux personnes osant remettre en question cette activité. Il me semble que l’on a droit de s’interroger sur son utilité aujourd’hui. D’autant que, dans le rapport de mai 2019 de la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), les scientifiques considèrent la chasse comme un facteur qui contribue à la disparition d’espèces animales.

Peut-on discuter de sa nécessité sans que l’on nous traite de tous les noms ? Ou bien les chasseurs ont-ils toujours raison et il ne sert à rien d’en discuter ? Ce sont tout de même des scientifiques qui se sont exprimés sur la question, et pas des écologistes idéalistes qui ne savent pas de quoi ils parlent !

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8 commentaires
  • Martin Champ - Inscrit 28 octobre 2019 09 h 38

    Scientifiques ???

    Comment expliquez vous que les espèces chassées aux Québec, l’orignal, le chevreuil, l’outarde, l’oie et le dindon sauvage pour ne nommer que ceux là, sont en surabondance ??
    Informez vous sur la faune et vous verrez.

    Chasseur et fier de l’être

  • David Cormier - Abonné 28 octobre 2019 09 h 54

    Dialogue (1)

    M. Richard,
    Je partage votre inquiétude quant à la perte de la biodiversité, une préoccupation qui est tout à votre honneur. Le blâme que vous faites porter à la chasse est cependant infondé dans le contexte nord-américain, ce que reflète d’ailleurs le rapport régional de l’IPBES spécifique aux Amériques (2018). La surexploitation par la chasse est une réalité historique des XIXe et XXe siècles dont nous connaissons tous les conséquences désastreuses (e.g. pigeon voyageur, bison). Cette destruction est attribuable aux pressions du capitalisme sauvage auxquelles la chasse était soumise, une destruction qu’on constate à la même époque pour de nombreuses ressources naturelles.
    La situation est heureusement complètement différente aujourd’hui. La principale évolution moderne de la chasse dite « sportive » consiste à avoir découplée l’activité de tout intérêt économique industriel. Finie l’exploitation commerciale de la faune terrestre (la pêche industrielle, elle, se poursuit, au grand détriment des ressources halieutiques). La gestion de la faune est aussi maintenant confiée à l’État et fondée sur la science dans le but d’assurer sa pérennité. En fait, en général dans le contexte nord-américain, les espèces chassées sont précisément celles dont les populations se portent le mieux. Ce phénomène s’explique par le fait que les chasseurs constituent un groupe qui porte un intérêt à la vie sauvage et à son maintien, dont il finance une large part. Tout comme les ornithologues sont les premiers à sonner l’alarme quand une situation menace l’existence d’une espèce aviaire, les chasseurs et les pêcheurs sont les sentinelles de nos forêts, de nos montagnes, de nos lacs et de nos rivières. Le rôle des membres des Premières Nations est à cet égard de plus en plus reconnu par les gouvernements.

  • David Cormier - Abonné 28 octobre 2019 09 h 54

    Dialogue (2)

    Il est vrai que plusieurs adeptes ne se montrent souvent pas à la hauteur d’un rôle si important et peuvent répondre de façon disgracieuse à quiconque ose remettre leur activité en question. Ces écarts de conduite portent ombrage à tous les pratiquants et j’en suis désolé. J’espère que ces précisions vous aideront à voir la chasse sous une lumière différente. Quant à son « utilité » ou sa « nécessité », les exemples en sont trop nombreux pour en faire la démonstration ici. J’ai commencé la chasse à l’âge adulte et elle a enrichi ma vie d’un nombre de manières que je n’aurais jamais soupçonné et radicalement altéré ma vision du monde.

    Je suis d’accord avec vous sur l’importance de maintenir un dialogue social à propos de cette activité, dont la gestion et les paramètres doivent nécessairement être discutés, débattus, améliorés. Je reste à votre disposition si vous souhaitez engager ce dialogue.

    David Cormier

    • Jean-François Trottier - Abonné 28 octobre 2019 21 h 57

      En effet, M Cormier, et merci.

      L'IPBES est un organisme international, qui parle en général et pas du tout de cas particuliers.

      L'utilité de la chasse pour contôler la population de cerfs, qui envahissent de plus en plus les villes et se font tuer par des automobilistes au lieu de fusils, ou des dindes, dont la prolifération commence à irriter des fermiers au point de les mener peut-être à des gestes regrettables pour éloigner ces bêtes voraces et parfois pugnaces drastiquement de leurs terres, au péril d'autres espèces.

      La chasse au Québec peut être comparée à une coupe de bois faite avec intelligence et discernement. En général, ça va de soi. Je ne connais aucun règlement qui garantisse tout le monde le suivra.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 octobre 2019 15 h 23

    « on a [le] droit de s’interroger sur l'utilité [de la chasse] aujourd’hui» (François Richard)



    Une utilité pour les papilles…

    C'est que vous n'avez jamais goûté à mon «coq au vin» à la perdrix ni à mon «bœuf bourguignon» au chevreuil ou à l'orignal…

  • Pierre Rousseau - Abonné 28 octobre 2019 16 h 24

    Étonné vous dites?

    Vous ne devriez pas être étonné car il était prévisible que les chasseurs réagissent mal à la remise en question de leur activité favorite. Surtout dans le contexte où la chasse est sévèrement réglementée au Québec et au Canada et que les peines pour le braconnage sont souvent très lourdes. Je me souviens d'un cas où un braconnier de cerfs de Virginie dans les Laurentides avait écopé de 9 mois de prison et avait perdu quelques véhicules qui avaient servi à commettre l'infraction, confisqués au profit de l'état.

    C'était d'autant plus prévisible qu'il est un fait que le cheptel qui fait l'objet de la chasse légale se porte beaucoup mieux maintenant grâce non seulement aux règlements qui sont basés sur la science et la protection des espèces mais aussi grâce à la contribution des chasseurs qui paient souvent de fortes primes pour pouvoir chasser.

    J'ai souvent l'impression que la chasse a mauvaise presse pas pour l'état du cheptel et de la nature (ça sert souvent de prétexte) mais surtout du fait que les chasseurs utilisent en majorité des armes à feu (légales... encore) et que les gens des milieux urbains ont du mal à faire la différence entre le crime organisé et les chasseurs!