Électricité: quand on se compare, on se désole…

J’ai lu avec intérêt l’opinion de M. Mathieu Lauzon de l’ACEF concernant le projet de loi 34 et la réaction de notre premier ministre. Bien sûr, cette réforme ouvrirait la voie à des hausses plus arbitraires de la part d’Hydro-Québec (HQ) et la soustrairait au regard de la Régie de l’énergie. Il a raison de craindre des hausses injustifiées qui viendraient alourdir le fardeau des petits budgets. En ce domaine, il faut cependant bien nuancer les différents enjeux.

L’État fait pression sur HQ pour obtenir plus de redevances, alors qu’Hydro se voit autant comme une entreprise de production que comme un service public. Et d’un autre côté, les moins nantis voient augmenter le coût d’un service essentiel alors que les riches gaspillent une ressource somme toute pas très chère pour eux.

Il faut reconnaître d’entrée de jeu que, oui, les Québécois en général gaspillent l’électricité. Quand on se compare avec des pays de notre taille au climat semblable au nôtre, comme la Suède, la Finlande ou la Norvège, l’écart est éloquent. Les maisons construites ici depuis vingt ans sont de plus en plus grandes, les piscines chauffées sont maintenant monnaie courante, la climatisation est utilisée sans ménagement et l’éclairage inutile est omniprésent. Toutes ces sources additionnées nous placent malheureusement au rang des cancres et viennent souvent justifier de fallacieux projets de harnachement de nouvelles rivières.

Une refonte exhaustive de la tarification d’HQ serait souhaitable. Elle devrait pouvoir garantir une source d’énergie bon marché aux ménages modestes, même inférieure au tarif de base, tout en décourageant le gaspillage d’une classe fortunée. Il n’est pas facile de chauffer un appartement familial en restant en deçà du tarif limité à 40 kWh/j. Le nombre de personnes habitant sous un même toit devrait aussi être pris en compte, tout en tenant compte de la piètre qualité du parc locatif. Tout kilowattheure additionnel devrait être facturé selon un barème plus progressif, allant jusqu’au double pour les énergivores.

D’autre part, la meilleure façon pour HQ de baisser ses tarifs, c’est bien connu, passe par une véritable politique d’économie d’énergie ; celle-ci permet une meilleure planification et une saine gestion des périodes de pointe.

Ce n’est donc pas aux petits abonnés de payer la note salée, mais plutôt aux surconsommateurs de payer le coût réel des infrastructures qu’ils requièrent.

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1 commentaire
  • Pierre G. Blanchard - Abonné 19 octobre 2019 10 h 19

    Prospérité et transition énergétique

    Un article plein de bonnes intentions mais tendentieux quant à la consommation. Les scandinaves plus riches et oû l'énergie est plus chère québécois consomment certes moins que les québécois, et non selon leur statut social, mais parce qu'ils sont plus verts et investissent dans des maisons éconoénergétiques. Et, ils roulent plus en voitures électriques/hybrides comme les québécois plus fortunés, alors qu' utilitaires sports et F150 dominent sur nos routes. La propriété individuelle et l'amélioration de l'habitat sont ici relativement récentes alors qu'une majorité d'édifices locatifs au QC sont pour beaucoup demeurés sous les normes les plus élémentaires, sans compter la présence de nombreux taudis dans les quartiers désavantagés. La solution est fortement reliée une la création de richesse essentielle à la transition énergétique, incluant la bonification des habitations. La Norvège, riche de son pétrole, peut maintenant se payer une transition industrielle et manufacturière au profit des énergies vertes qui coûtent cher. La majorité de la population vit à moins de 100 km de la frontière US et un tel corridor ne vise pas uniquement à désenclaver l'ouest, mais aussi à TN-L qui a pétrole et électricitè à exporter. Enfin, allons-nous planter des milliards d'arbres pour pallier la fonte des pergélisols qui relâchent de grande quantité de GES pour voir de nombreux autres réservoirs inonder de vaste surfaces de forêts boréales (puits de carbone vitaux) pour pouvoir exporter plus au sud à un tarif entre 2 et 3 fois moindre que celui payé chez nos voisins et oû la péréquation pourrait bientôt se retrouver ? Il faut voir plus loin que son nez, contrairement à ceux qui s'opposent au projet GNL alors que le marché de l'aluminium est en grande difficulté, les surplus et les pertes d'emplois pérennes au Saguenay. Serait-il plus facile pour les Québécois de s'immoler sur l'autel de la pureté énergétique, car bénéficiant déjà des filets sociaux les plus avantageux en Amérique ?