Crise climatique: ne tirez pas sur les messagers!

En conclusion d’un reportage sur l’occupation d’un segment de rue, un animateur de TVA a lancé que les manifestants allaient « passer une belle soirée… pas comme certains automobilistes ». Sur les réseaux sociaux, des automobilistes (ou des personnes s’identifiant aux automobilistes — car oui, il semble tout à fait normal de s’identifier à l’automobiliste comme à un mode de vie, voire une identité qu’il faudrait protéger) ont invectivé les grimpeuses et le grimpeur du pont Jacques-Cartier pour l’« incohérence » d’une action qui aurait forcé l’immobilisation de centaines d’automobilistes et, donc, la production inutile de gaz à effet de serre (présumant que les automobilistes immobilisé(e)s ne penseront pas à éteindre leur moteur quelques minutes, peut-être parce que ça compromettrait momentanément leur identité d’automobiliste).

Des chef(fe)s politiques dénoncent ces gestes qui « polarisent » la population (pendant que des poignées de trolls lancent insultes et messages de haine aux militants).

Politicien(ne)s, journalistes, automobilistes et autres quidams s’inquiètent ou se scandalisent d’actions qui « divisent », qui jettent de l’huile sur le feu d’une société autrement tout à fait paisible et consensuelle. Oui, sans doute qu’une majorité de la population et, surtout, de la classe politique et du milieu des affaires a trouvé un terrain d’entente en apparence non polarisant dans une réponse homéopathique à une crise climatique sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Une inaction qui ne fait de mal à personne… encore (pense-t-on).

Les personnes qui ont choisi de se faire arrêter hier, à Montréal, qui se sont fait arrêter en plein d’endroits ces derniers jours et qui se feront arrêter encore et de plus en plus dans les années à venir ne « polarisent » pas le débat : elles le révèlent. Elles le forcent à entrer dans l’espace public, pendant que les gens « raisonnables » font de grands détours pour éviter de regarder le problème en face tout en se félicitant de leur savoir-vivre politique. Nous fonçons à très petite vitesse dans un mur de carbone : s’il vous plaît, ne frappez pas les personnes qui tirent le frein sous prétexte que vous risquez de renverser votre café…

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11 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 10 octobre 2019 06 h 49

    L’odieux est la porte de sortie du ridicule (Victor Hugo)

    Ridicule. D’un côté, ils veulent identifier comme automobilistes ceux des services de premières lignes qui s’occupent des gens, d’autres qui vont à leur rendez-vous chez le médecin et enfin, plusieurs qui retournent à la maison après une journée de travail et qui vont chercher leurs enfants parce que la garderie attend. De l’autre, des écoterroristes, des écoanxieux au discours apocalyptique de fin du monde qui devraient être au travail parce qu’ils sont payés par l’état pour le faire.

    Bloquer la circulation lorsque la plupart des gens n’y comprennent rien et qui gardent leur moteur en marche pensant que tout va se régler dans les prochaines minutes est leur solution. Brillant comme stratège. Misère.

    Forcer les gens à comprendre un problème qu’ils comprennent déjà parce qu’ils qui sont déjà conscientisés de l’importance des changements climatiques. Encore une fois, misère. Les petits lapins de Passe-Partout, un petit conseil, n’écœurer pas les gens parce que ceci aura l’effet contraire. En passant, le Québec est un exemple mondial en ce qui concerne la lutte pour les changements climatiques avec la production d'énergie qui utilise la gravité naturelle de l’eau. Pourquoi ne pas porter vos attaques contre des pays comme la Chine qui produit 170 fois plus de GES par année que le Québec?

    Ceci dit, pour tous ceux qui travaillent pour l’état et les autres qui dépendent du mécénat comme l’auteure de cette lettre (fondation Trudeau), la décroissance économique que vous prônez, eh bien, vous en serez les premières victimes. Vous voulez créer une crise économique d’une telle ampleur qui conduira les sociétés vers le chaos, la guérilla urbaine et la guerre civile. Aussi ridicule lorsque Québec solidaire, le NPD et le Parti vert parlent de décroissance tout en disant qu’il faut dépenser 100 milliards pour toutes sortes de programmes sociaux. L’argent viendra d’où?

    En passant, vous devriez vous inquiéter bien plus de la surpopulation et d’un Armageddon nucléaire.

    • Krzysztof Majewski - Abonné 10 octobre 2019 09 h 56

      "En passant, le Québec est un exemple mondial en ce qui concerne la lutte pour les changements climatiques avec la production d'énergie qui utilise la gravité naturelle de l’eau.":
      Oh oui, nous sommes un excellent exemple pour, mettons, le Danemark, un pays relativement plat oû la production d'hydroélectricité n'est pas une vraie option. Félicitons-nous! (C'est vrai qu'on est chanceux au Québec, mais l'hydroélectricité n'est pas une solution suffisante pour la planète: il faut aussi réduire notre consommation d'énergie.)

      "Pourquoi ne pas porter vos attaques contre des pays comme la Chine":
      Vous n'avez aucun produit made-in-China chez vous? Bravo, c'est impressionnant.
      (D'ailleurs, la Chine investit agressivement dans les trains à haute vitesse. Et le Canada? On aime nos Ford F-150...)

      "...qui conduira les sociétés vers le chaos, la guérilla urbaine et la guerre civile.":
      Non, c'est justement ça que nous voulons éviter. En gardant le cap, nous nous dirigeons exactement là.

      "L’argent viendra d’où?":
      L'argent sert à allouer des ressources. Les ressources qu'on allue actuellement à créer des jobs à la con, on pourrait les allouer à quelque chose de positif (la transition verte, par exemple).

    • Cyril Dionne - Abonné 10 octobre 2019 13 h 35

      Cher M. Majewski

      Primo, il en coûte plus de 50 cents du kWh au Danemark. Ici, c'est 7 cents du kWh. Méchant exemple.

      Secundo, la Chine peut-être aussi agressive qu'elle le veut (elle l'est comme dictature), la Terre compte l'effet cumulatif des GES et non pas par capita. C’est 13 200 Mt de GES pour la Chine et 87 Mt pour nous. Enfin, 9,3 tonnes de GES par capita pour un Québécois. C'est 9,4 tonnes de GES pour un Chinois. La nouvelle classe de riches en Chine, les 300 millions, consomment encore plus que nous par capita, le 8,4 millions.

      Tertio, les humains ont cette capacité d'adaptation peu commune. Nous allons nous adapter. Pour vos scénarios de fin du monde pour faire peur aux enfants provoqués par les changements climatiques, ils sont ridicules et on demeure poli. La culture scientifique n'est certainement pas au rendez avec nos adeptes écoanxieux de la planète.

      Finalement, l'économie verte ne produit aucune richesse comme dans décroissance économique et simplicité volontaire. C'est tout le contraire; elle appauvrit les gens des classes moyenne et pauvre. En fait, ce sont les énergies fossiles qui subventionnent les énergies vertes.

  • Serge Grenier - Abonné 10 octobre 2019 08 h 29

    D'où vient l'argent?

    Monsieur Dionne, pouvez-vous nous expliquer d'où viennent les 75 milliards de dollars que la Réserve fédérale américaine injecte chaque jour dans l'économie pour sauver les banques? Pourquoi ne pourrait-on pas trouver 100 milliards de ce même endroit pour sauver l'environnement? La fin des banques, ce n'est pas la fin du monde. La fin de l'environnement par contre, c'est une autre histoire...

    Il y a une crise majeure qui s'en vient et les personnes qui tirent l'alarme n'en sont pas la cause. La cause, ce sont tous ces gens qui dorment au volant pendant que le véhicule fonce droit dans le mur à toute vitesse.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 octobre 2019 09 h 57

      M. Grenier. Nous vivons au Québec, pas aux USA. Le plan de Mme May du Parti appelle pour près de 100 milliards en dépenses publiques. D'où va venir cet argent M. Grenier? Des contribuables qui puisent leurs argents à partir de la croissance économique.

      Expliquez-nous cela M. Grenier. Nous sommes tous des adultes majeurs et vaccinés. Comment pourra-t-on aller chercher des argents publics si notre but principal est la décroissance? Quelle banque va prêter de l'argent à ceux qui veulent que leur économie fasse faillite? On a tous hâte de lire votre réponse.

      Pour votre mur, Darwin et Huxley appelaient cela l'adaptation des espèces. On va s'adapter aux changments climatiques, mais on ne pourra jamais s'adapter à un Armageddon nucléaire et à la surpopulation.

  • François Lorrain - Abonné 10 octobre 2019 09 h 29

    Bien dit, mad. Brunette !

    Les gens fiers de leur ignorance tirent à boulets rouges, et une étrange bonne conscience, sur les jeunes d’Extinction Rébellion, qui ne font pourtant qu’exprimer par leurs actions un désespoir légitime, étant donné l’inconscience et l’incurie systémiques de nos valeureux dirigeants.

  • Gaetane Derome - Abonnée 10 octobre 2019 10 h 38

    L'environnement oui,la désobéissance civile non.

    Je suis d'accord que l'on prenne des mesures pour l'environnement mais ici au Québec ce n'est pas tellement les GES qu'il faut cibler puisque nous sommes la province la moins émettrice de ces gaz et au niveau mondial sommes performant.Bien sûr on peut toujours s'améliorer.Je pense qu'il faut surtout toutefois protéger notre biodiversité,nos milieux humides,nos oiseaux,tous ces écosystèmes fragiles et qui se trouvent surtout dans la forêt boréale.
    Par ailleurs,qu'un député à l'Assemblée Nationale soit pour la désobéissance civile j'en suis bouche-bée..On a vu GND se lever en chambre et dire que cette désobéissance était nécessaire,il devrait être suspendu de ses fonctions.Encourager les gens à braver la loi,alors qu'il est payé par nos impôts est inacceptable.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 octobre 2019 13 h 38

      Enfin, quelqu'un de sensé et d'intelligent. On commence à désespérer avec nos écoanxieux et nos écoterroristes.

  • Maryse Pellerin - Abonnée 10 octobre 2019 10 h 40

    Déploiement policier coûteux

    Aucun journaliste n’a souligné l’absurdité du méga déploiement policier pour neutraliser l'homme et les deux femmes installées sur le pont Jacques-Cartier, des personnes qui seraient descendues d’elles-mêmes au bout d’un certain temps, le message ayant été livré.

    Des milliers de dollars en effectifs de répression pour salir la réputation des écologistes et susciter la fureur des automobilistes. Fallait-il vraiment fermer le pont et déployer cette vaste et polluante opération (ambulances, pompiers, dizaines de voitures de police) ? Nul doute que le but premier de cette action aux allures de lutte contre le terrorisme était de soulever la colère du bon peuple dérangé dans son quotidien par des « extrémistes irresponsables ».

    Les médias ne font pas leur travail d’analyse, ne posent pas les bonnes questions et se font la plupart du temps, sous couvert de neutralité, les porte-paroles des différents niveaux de pouvoir.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 octobre 2019 13 h 41

      Ah ! oui. Depuis quand vous avez le droit d'escalader les ponts en pleine heure de trafic? La dernière fois qu'on a vérifié, celui-ci ne faisait pas parti des droits inaliénables des Québécois.