Le Bloc et la balance du pouvoir

La candidate indépendante en Colombie-Britannique, l’ex-ministre libérale Jody Wilson-Raybould, est enchantée de constater que les sondages prédisent un gouvernement minoritaire : « Cela fait de meilleures lois et de meilleures politiques, puisque les gens doivent réellement s’entendre et travailler ensemble pour faire adopter des projets de loi. » Comment ne pas lui donner raison ? Si, par exemple, le gouvernement Trudeau avait été minoritaire, il aurait été ardu pour lui de rompre sa promesse de changer le mode de scrutin et d’acheter l’oléoduc Trans Mountain pour quelque 4,5 milliards.

Il est possible que le Bloc québécois fasse élire assez de députés pour permettre à l’un des deux partis en voie de remporter les élections — le Parti libéral (PLC) ou le Parti conservateur (PCC) — de se maintenir durablement au pouvoir dans un gouvernement minoritaire. Le cas échéant, le Bloc n’obtiendrait que des miettes en échange d’un soutien au PLC, du fait de son antinationalisme obsessif ; par contre, avec le PCC, cela pourrait être différent.

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a affirmé ne pas vouloir être un « collaborateur assidu » aux Communes, que son appui aux projets de loi sera à la pièce. Il a tort de vouloir rester en retrait s’il obtient la balance du pouvoir (qui, selon l’Encyclopédie du parlementarisme québécois, « désigne la situation d’un parti d’opposition qui possède un nombre de sièges suffisants en Chambre pour défaire un gouvernement minoritaire en joignant ses forces à celles d’un autre parti d’opposition »). Il devrait au contraire s’impliquer et s’inspirer des coalitions qui fonctionnent avec succès dans plusieurs pays européens. Pourquoi ne pas importer ce modèle ici en attendant un mode de scrutin plus équitable ?

Si le Bloc obtient la balance du pouvoir avec un PCC à la manoeuvre, il ferait part à ce dernier de ses conditions, et le PCC au premier des siennes. Les deux partis pourraient s’entendre et, qui sait, le Québec en retirerait peut-être plus en quatre ans que ce qu’il n'avait jamais espéré.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

15 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 8 octobre 2019 01 h 39

    Un gouvernement minoritaire s'impose pour faire avancer le bien-être de tous les citoyens.

    Les conservateurs travaillent essentiellement pour les riches et les mieux nantis. Ils ne vont jamais avancer le bien-être de la collectivité. Il se peut que le Bloc québécois, avec les Verts et le NPD, fasse pression sur un gouvernement libéral minoritaire pour obtenir des concessions majeures en faveur de la justice sociale pour tous les citoyens/citoyennes.

    • Fréchette Gilles - Abonné 8 octobre 2019 09 h 24

      Bien d’accord avec vous !

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 octobre 2019 11 h 29

      Le PLC est-il vraiment plus à gauche que le PCC ? Ce qu'il donne aux plus pauvres, il l'emprunte, il ne vient pas des plus riches. Voyez l'environnement, les promesses rompues, etc. Le PLC est comme son chef, il porte un masque, et bien des électeurs ne le voient pas. Une chose est sûre : il est beaucoup plus anti-Québec que le PCC.

      Il faut lire cette opinion parue ce jour dans 'Le Devoir' :
      https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/564308/des-omissions-importantes-dans-la-lutte-contre-les-paradis-fiscaux

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 octobre 2019 14 h 58

      @ M. Leblanc

      Vous suggérez de voter aux côtés des Jason Kenney, du *célèbre *Doug Ford et du premier ministre unilingue de New Brunswick? Pas capable! Beaucoup d'Ontariens vont voter contre Scheer et Doug Ford.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 8 octobre 2019 06 h 50

    Avec le parti conservateur? J'espère que non!

    Avec Énergie Est dans le décor? Avec la problématique de SNC Lavalin dans le décor?

    J'espère que non!

    • Gilles Théberge - Abonné 8 octobre 2019 12 h 20

      Peu importe monsieur Grandchamp, que ce soit le parti conservateur ou les les horribles libéraux, Ça reste un gouvernement qui peut être défait n'importe quand.

      Et je ne vois pas monsieur Blanchet faire des compromis sur l'Oléoduc loin s'en faut...

  • Raymond Labelle - Abonné 8 octobre 2019 07 h 02

    Autre enjeu à part celui du minoritaire-majoritaire: gouvernement libéral ou conservateur.

    Considérations stratégiques liées à notre système électoral.

    Par exemple, si la montée du Bloc fait perdre des sièges au PLC, cela augmente la probabilité d'un gouvernement conservateur, fût-il minoritaire.

    N'oublions pas qu'un gouvernement minoritaire peut, malgré ses contraintes, faire beaucoup de choses. Par exemple dans les actes de l'exécutif en requérant pas de loi. Et que la pression est forte pour ne pas déclencher d'élections trop tôt après les dernières. Le gouvernement Marois avait, par exemple, sorti le Québec du nucléaire et indexé les frais de scolarité à l'inflation (en remplacement de la hausse prévue par le gouvernement précédent). Rappelons-nous que le gouvernement Harper a aussi longtemps été minoritaire et a pu alors faire beaucoup de choses correspondant à sa vision en tant que gouvernement.

    J'ai donné le Bloc comme exemple parce que c'est plus parlant au Québec, mais j'aurais pu nommer n'importe quel parti autre que libéral ou conservateur, comme le PVC ou le NPD, pour illustrer ceci.

    Une électrice devra envisager cette possibilité dans un comté où un libéral a une véritable chance d'être élu et se poser cette question: préfère-t-on avoir un député, par exemple du Bloc, et risquer un gouvernement conservateur minoritaire?

    • Gilles Théberge - Abonné 8 octobre 2019 12 h 30

      À « souaire on fa peur au monde », monsieur Labelle... ???

      Et en bon Québécois (oui), qui voit à ses affaires, il faut se rappeler qu'on est toujours mieux servi par soi-même. Je ne vois pas le NDP ou les GREENS se battre pour protéger la nation Québécoise.

      L'angélisme ça a ses limites monsieur Labelle.

  • Raymond Labelle - Abonné 8 octobre 2019 07 h 13

    Minoritaire dans notre système et minoritaire lorsque proportionnelle: gouvernements de coalition?

    M. Leblanc, en parlant du Bloc, soulève une question plus générale fort intéressante.

    Pourquoi lorsque dans notre système électoral aucun parti n'obtient la majorité des sièges, n'oblige-t-on pas à former un gouvernement de coalition formé de partis qui, ensemble, ont la majorité des sièges, pour pouvoir gouverner? Plutôt que d'automatiquement confier le gouvernement au parti qui a le plus de sièges? Le fait que nous ayons le mode de scrutin actuel ne nous oblige pas, par lui-même, à accepter que le parti qui a le plus de siège puisse gouverner seul.

    N'oublions pas que le fait de gouverner, même minoritaire, permet au parti gouvernemental de faire beaucoup de choses correspondant à sa vision, comme les actes exécutifs, qui sont nombreux et importants - et aussi de tout simplement ne pas faire certaines choses que d'autres partis feraient, que ça soit sur le plan législatif ou exécutif.

    En ce sens, on peut se demander s'il est tout à fait démocratique d'automatiquement confier la gouvernement au parti qui a le plus de sièges lorsque qu'aucun parti n'a la majorité des sièges.

  • Réal Gingras - Inscrit 8 octobre 2019 07 h 59

    Justin Trudeau, le Bloc, la laïcité et un gouvernement minoritaire


    À ”Tout le monde en parle” dimanche le 6 octobre Justin Trudeau a déclaré:

    1- qu’Ii croit à la laïcité et qu’il en est un grand défenseur,

    2- qu’il est d’accord avec séparation de la religion et de l’État,

    3- qu’il est Important d’avoir un État laïque,

    Ces paroles ne sont-elles pas que des paroles pour faire plaisir aux Québécois?

    Il n’a pas élaboré davantage. Il n’a pas dit qu’il rouvrirait la Constitution pour y inscrire le principe de laïcité de l’état.

    Il n’ a pas expliqué que le principal frein à cette constitutionnalisation de la laïcité était le chef de l’État: la Reine d’Angleterre qui elle-même est le Chef de l’Église anglicane.

    Il n’ a pas non plus affirmé qu’une fois élu, il s’engageait à déposer par écrit un amendement à la Constitution.

    Justin Trudeau savait qu’il s’adressait aux Québécois ce soir là et il a voulu simplement marquer des points. Il ne doit sûrement pas dire la même chose en anglais.

    Nous ne sommes pas dupes et nous commencerons à faire confiance le jour où la Reine ne sera plus le Chef de l’État et où la Suprématie de Dieu sera remplacée par le principe de laïcité.

    En attendant, il vaut mieux un gouvernement minoritaire. Le Bloc peut obtenir la balance du pouvoir.