Nucléaire: une politique s’impose

La gestion des déchets nucléaires au pays est un sérieux dossier environnemental dont on ne parle pas en ce temps d’élections. Le Canada n’a pas de politique de gestion à long terme des déchets radioactifs autres que le combustible irradié.

Cette absence de politique a ouvert la porte à trois projets aberrants d’abandon de déchets radioactifs à proximité de cours d’eau importants.

À Chalk River, à cent mètres en bordure de la rivière Outaouais, il est projeté de créer un gigantesque monticule où on va confiner ad vitam aeternam et pêle-mêle un million de mètres cubes de déchets nucléaires radioactifs.

S’ajoutent deux endroits où seront abandonnés les restes radioactifs de deux réacteurs : un à Rolphton, sur l’Outaouais, et l’autre à Pinawa, sur la rivière Winnipeg. Ces déchets sont pourtant sous la responsabilité exclusive du Canada. Encore plus étonnant, ces projets ont été confiés à un consortium d’entreprises privées, lesquelles, en l’absence de politique, agissent sans balises, comme bon leur semble, sous l’oeil complaisant de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN).

En septembre dernier, un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), sous l’égide de l’ONU, met en lumière les lacunes du gouvernement canadien en ce qui concerne sa stratégie de gestion des déchets radioactifs ainsi que la nécessité pour la CCSN d’ajuster ses exigences aux normes internationales en matière de radioprotection. L’AIEA lève le drapeau rouge en affirmant que ce comportement devrait inquiéter les Canadiens.

Des inquiétudes se posent aussi pour les centrales nucléaires de Gentilly 1 et 2. Sans politique claire, ces sites pourraient devenir des dépotoirs semblables à ceux de Chalk River, Rolphton et Pinawa. Ce qui est aberrant.

Dans ce contexte, il est impératif que le prochain gouvernement dote le pays d’une politique et d’une stratégie de gestion permanente de ses déchets nucléaires et qu’il exige que la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) ajuste ses exigences aux normes internationales en matière de radioprotection avant de procéder à quelque chantier que ce soit sur les sites lui appartenant. Il est aussi impératif que nos élu(e)s s’engagent à promouvoir un moratoire sur tous les projets englobant le secteur nucléaire et les contrats liant le gouvernement et le consortium, ainsi qu’à tenir des audiences publiques fédérale-provinciales permettant la participation des Canadien(ne)s concerné(e)s par ce danger environnemental qui plane sur les générations présentes et futures. Le temps est venu d’agir. Une politique s’impose.

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2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 octobre 2019 09 h 32

    Excellente lettre

    Bravo !

  • Marc O. Rainville - Abonné 4 octobre 2019 13 h 55

    Un moratoire ?!

    Vous voulez rire. Cette semaine, le consortium nucléaire canadien a envoyé une lettre circulaire par courriel à tous les candidat.es à l'élection de ce mois-ci afin, dixit le président de ce consortium, de pouvoir renseigner adéquatement lors de leurs scéances de portes à portes les électeurs canadiens sur les vertus de l'énergie nucléaire canadienne durable. Deux comptes canadiensTwitter sont opérationnels afin de faire la promotion de l'énergie nucléaire canadienne durable. L'émission Découvertes va aborder le sujet bientôt pour une émission spéciale d'une heure. L'animateur radiocanadien de cette émission de télé, Charles Tysserres, fait déjà la promotion du nucléaire canadien durable.
    Le gouvernement Harper a privatisé à 75% Énergie atomique du Canada en 2014. C'est SNC-Lavalin qui se trouve à être le partenaire majoritaire de cette monstrueuse PPP. Le gouvernement Trudeau a vainement tenté d'empêcher que l'on fasse un procès a notre multinationale préférée. Cette nouvelle PPP du nucléaire veut implanter dans le Nord du pays des nouvelles mini centrales nucléaires vertes durables ecofriendly. (En France, on pousse également sur cette charette) À terme, le pétrole de notre oléoduc national sera propulsé par du nucléaire. Et quand il n'y aura plus de pétrole bitumineux en Alberta, il y en aura encore ! Suffit de creuser avec des charges nucléaires... micro.
    Je veux dire, c'est quoi la question électorale déjà ?!