La corrida américaine

Dans la corrida espagnole qui se termine par la mise à mort du taureau, il existe toute une mise en scène qui a pour but d’affaiblir la bête qui sera à la merci du matador lors du geste fatal.

Dans cette phase préparatoire, des picadors plantent au niveau des muscles du cou des lances en bois affublées d’une pointe d’acier dans le but de blesser et de faire saigner le taureau, qui baissera la tête. Ainsi le matador, même s’il n’est pas des meilleurs, continuera d’épuiser la bête avec les passes de sa cape et pourra réussir l’estocade finale en plantant son épée à la base du crâne pour la victoire finale.

Les démocrates, tels des picadors, doivent affaiblir le président, qui va continuer de multiplier les charges comme un taureau sauvage jusqu’à l’affrontement électoral.

Cette fois-ci, la collusion avec le président ukrainien est flagrante, mais les voies de la destitution sont impénétrables et, quelle que soit l’issue, elle n’aura pas lieu avant l’élection de l’an prochain.

Joe Biden ne fait pas le poids contre Trump, qui ne reculera devant rien pour arriver à ses fins. Les démocrates doivent donc s’armer de patience, de détermination et de résilience pour permettre à leur matador de porter le coup fatal. Ils doivent continuer de harceler le président, qui commence à s’énerver bien qu’il réussisse à convertir pour sa fameuse base tous les gains adverses en des succès personnels.

Son talon d’Achille est son instabilité psychologique, et il est bien connu que les grands narcissiques (trouble de la personnalité) finissent par être les artisans de leur propre destruction. Trump a mis en doute l’endurance (stamina) de Hillary Clinton qui, avec plein d’embûches, ne disposait pas des moyens de remporter la victoire, bien qu’elle ait quand même gagné le vote populaire.

Les démocrates doivent comprendre qu’ils sont en guerre contre une véritable dictature avec une armée en croisade contre l’establishment. Durant l’année qui les sépare des prochaines élections, leur stratégie ne doit pas chercher à faire des gains spectaculaires mais à affaiblir le président comme des picadors efficaces.

Ils doivent se rappeler que Donald Trump dispose d’une bonne stamina puisqu’il est paresseux physiquement et mentalement et qu’il se donne beaucoup de bon temps, y compris ses nombreux bains de foule avec sa base en idolâtrie. Cependant, c’est sur le mental que se jouera la bataille finale et c’est le harcèlement soutenu des démocrates qui le conduira à la défaite.

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9 commentaires
  • Claude Gélinas - Abonné 1 octobre 2019 08 h 21

    Le couperet s'approche de ce Président devenu la honte de l'Amérique !

    Narcissique et menteur pathologique ce Président au bord du grouffe et aux abois en appelle sur twietter à la guerre civile. Ce qui pourraît inciter des têtes brûlées parmi sea partisans armés à se livrer à la chasse au dénonciateur et aux républicains.

    Vivement que l'on mette un terme à ce mandat reposant sur le chaos, l'intimidation, le non-respect des alliés tradionnielles des États-Unis, des mensoges et de la multiplication des tweets vengeurs et que ce Président qui place en priorité ses intérêts personnels dans la Trump Organisation et qui fricote avec la Russie et l'Arabie saoudite soit considéré comme un traître à son pays et poursuivi pour les motifs énoncés dans le rapport Mueller. En prison comme il le répétait dans son discours contre son adversaire républicain.
    L'arroseur arrosé. Le retour du boomerang.

  • Cyril Dionne - Abonné 1 octobre 2019 08 h 24

    Pardieu, ils ne comprendront jamais

    Dans le film, The Usual Suspects de Bryan Singer, un petit malfaiteur infirme qui a survécu à un massacre, est interrogé pensant que celui-ci n’était pas de taille pour être le cerveau de l’affaire. Enfin, à la fin de l’histoire, on s’aperçoit que celui-ci les a bernés et était le légendaire criminel Keyser Söze. Dans un dernier acte de désespoir, les démocrates vont commettre la même bévue.

    La collusion avec le président ukrainien n’est pas plus flagrante qu’on été toutes les relations entre les divers chefs d’état, hier, aujourd’hui et seront demain. Le texte de la conversation privée entre Donald Trump et le président de l’Ukraine publié récemment ne contient aucun acte incriminatoire. Aucun. C’est une joute de partisannerie politique qui se déroule présentement et cette polarisation de l’électorat américain n’augure rien de bon pour l’avenir de la plus grande démocratie que le monde n’a jamais connu.

    Évidemment que Joe Biden ne fait pas le poids contre Trump et c’est pour cela que les démocrates ont recours à des gestes désespérés. Les démocrates et les quelques républicains qui les supportent, c’est l’establishment. Ce sont ceux qui ont des privilèges comme la plupart des gens haut placés des services secrets qui doivent leur nomination non pas à leurs accomplissements, mais bien à leur ADN politique.

    La force de Trump est sa soi-disant instabilité psychologique qui désarme ses adversaires en leur faisant croire que c’est l’homme à abattre. Durant ce temps, au lieu de présenter des solutions viables au peuple américain, ils passent leur temps à essayer de l’incriminer parce qu’ils n’ont jamais accepté le verdict démocratique du mois de novembre 2016. La destitution n’arrivera pas et comme au lendemain de l’affaire Mueller, et Trump en sortira plus fort. C’est le Chambre démocrate qui porte les accusations, mais c’est le Sénat républicain qui juge et il faut les deux tiers des sénateurs pour avoir une majorité. Pardieu, ils ne comprendront jamais.

  • Jean-François Trottier - Abonné 1 octobre 2019 08 h 58

    La question porte sur la réélection

    "les voies de la destitution sont impénétrables et, quelle que soit l’issue, elle n’aura pas lieu avant l’élection de l’an prochain"

    Pas vraiment, M. Dontigny.

    La dernière tentative de destitution est celle contre Clinton. Elle a duré environ 3 ou 4 mois. Notre impression qu'elle était interminable vient de la puissance médiatique américaine et de sa redondance : on a bien pressé le citron pour profiter de l'intérêt de cette Amérique qui se veut vertueuse.
    Se sont ces mêmes journaux qui ont réussi à faire croire que l'événement central de l'histoire du monde est... Le World Trade Center. Toute une puissance médiatique!

    On peut s'attendre, avec toutes les manœuvres que tentera Trump, que la procédure prendra 6 mois tout au plus. On est bien en deçà du délai des prochaines élections présidentielles.

    On peut se douter que la Chambre des représentants, démocrate, votera en faveur de la destitution. Une majorité simple suffit.
    Au Sénat, la destitution exige une majorité à hauteur des deux-tiers, ce qui est pour le moment impossible à rejoindre.

    On peut prendre pour acquis que Trump ne sera pas destitué.

    Alors, le jeu des démocrates est de soulever assez de boue pour, de un, convaincre le plus d'électeurs possible parmi les "mous", et de deux, inciter certains républicains à voter en faveur de la destitution, ce qui les mènera à faire campagne contre Trump avant et pendant sa campagne, ainsi que sur le terrain.

    Il faut voir cette démarche comme une répétition générale avant le grand cirque de la campagne.
    Espérons que les démocrates seront prêts, et que quelques républicains verront plus loin que leur nombril... parce que Biden n'a rien d'inspirant.
    La campagne sera sale comme jamais.

  • Gilbert Troutet - Abonné 1 octobre 2019 09 h 34

    Du pareil au même

    Donald Trump représente, comme une caricature, ce qu'est devenue l'oligarchie américaine, qu'elle soit républicaine ou démocrate. Si ce n'est pas la corrida, c'est en tout cas un cirque où des clowns se donnent en spectacle. Et nos médias, y compris Radio-Canada, surfent allègrement sur les dernières frasques du président.

    Pour ce qui est de l'ingérence dans les affaires des autres, Trump n'est pas le premier. On connaît le rôle de la CIA pour renverser des gouvernements indociles, on sait aussi que les interventions militaires américaines ne s'embarrassent pas du droit international. Dans cette entrevue, Joe Biden avoue être fortement intervenu pour faire démettre le procureur général d’Ukraine :
    https://www.les-crises.fr/ingerence-quand-joe-bien-avouait-avoir-obtenu-le-depart-du-procureur-general-dukraine/?fbclid=IwAR3Y7_C0ewn3kU-4uwVQ6gfnxaJHaf4Glt3FO6Cm_32qYYRf4cdTbwGHuto

    Il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil.

  • Pierre Fortin - Abonné 1 octobre 2019 11 h 43

    On verra bien si la campagne médiatique oblitérera les faits


    Monsieur Dontigny,

    La corrida est une belle image, mais les faits sont têtus. Viktor Shokin, le procureur général d'Ukraine congédié en 2016 sous la pression de Joe Biden, conteste en justice son licenciement et accuse Biden de l’avoir fait licencier car il enquêtait sur Burisma Holdings dont le fils Biden était administrateur. Il a produit une déclaration notariée (https://fr.scribd.com/document/427618359/Shokin-Statement) dont voici des extraits :

    « [...] j’ai remis ma démission à la Rada à la demande du président Poroshenko. Porochenko m’a demandé de démissionner sous la pression de l’administration présidentielle américaine, en particulier de Joe Biden, qui était le vice-président américain. Biden menaçait de retenir un milliard de dollars de subventions à l’Ukraine jusqu’à ce que je sois démis de mes fonctions.

    « La vérité, c’est que j’ai été contraint de démissionner parce que je menais une vaste enquête sur la corruption dans Burisma Holdings, une société de gaz naturel active en Ukraine. Le fils de Joe Biden, Hunter Biden, était membre du conseil d’administration. Je suppose que Burisma, qui était liée à l’extraction du gaz, avait le soutien du vice-président américain Joe Biden parce que son fils était membre du conseil d’administration.

    « À plusieurs reprises, le président Poroshenko m’a demandé d’examiner l’affaire pénale contre Burisma et d’envisager la possibilité de mettre fin aux enquêtes concernant cette société, mais j’ai refusé de clore cette enquête. J’ai donc été contraint de quitter mes fonctions, sous la pression directe et intense de Joe Biden et de l’administration américaine. Dans mes conversations avec Porochenko à l’époque, il était catégorique sur le fait que je devais cesser mes enquêtes sur Burisma. Quand je ne l’ai pas fait, il a dit que les États-Unis (via Biden) refusaient de libérer le milliard de dollars promis à l’Ukraine. Il a dit qu’il n’avait donc pas d’autre choix que de me demander de démissionner. »

    À suivre

    • Gilbert Troutet - Abonné 1 octobre 2019 14 h 38

      Merci, Monsieur Fortin, d'apporter ce complément d'information, qui illustre bien mon propos sur l'intervention de Joe Biden en Ukraine.Les uns et les autres se livrent à des querelles de palais, pendant qu'ils recourent aux mêmes méthodes.

    • Pierre Fortin - Abonné 1 octobre 2019 16 h 52

      Merci pour vos bons mots Monsieur Troutet,

      Cette affaire ne fait que commencer à révéler ses secrets et je crains que les Démocrates ne se soient tirés dans le pied en espérant faire un bon coup. Voyez ce qu'en dit Xavier Moreau, fondateur du site Stratpol, analyste et fin connaisseur de la politique des pays d'Europe de l'Est et de l'ancienne URSS :

      https://www.youtube.com/watch?v=IoQOhWEu8bM

      Un affaire à suivre.