Une jeune femme en colère

Je n’aurais pas dû lire les commentaires accrochés aux différentes publications ayant suivi le discours de Greta Thunberg à l’ONU. Je n’aurais pas dû lire les insultes et les insinuations à propos de son état mental, ni les accusations de brainwashing qui pèsent sur son entourage.

Mais je les ai lus, évidemment. Et ce qui me frappe le plus, c’est la manière dont on utilise l’émotion de Greta Thunberg contre elle. Depuis des mois, elle répète de manière stoïque, presque mécanique, des chiffres et des pourcentages issus de publications scientifiques. Depuis des mois, elle affiche un calme et un aplomb surprenants pour une jeune femme de 16 ans devant des adultes plus puissants qu’elle. On a même trouvé le moyen de lui reprocher ce calme déterminé en la traitant de cyborg ou en surlignant à grands traits son diagnostic d’autisme.

Dans son discours à l’ONU, à l’inverse, la jeune femme peinait à retenir sa colère et ses larmes de frustration. Elle a paru, de mon point de vue, vulnérable et désespérée devant les dirigeants qu’elle interpellait. Il me semble en effet qu’il doit être difficile, voire enrageant, de se tenir devant ces tribunes, jour après jour, et d’être applaudie à tout rompre pour ensuite constater qu’au fond rien ne change. « Est-ce que mon micro est allumé ? Me comprenez-vous bien ? Parce que je commence à me demander… » disait-elle dans un précédent discours.

On a donc ridiculisé sa colère et crié à l’hystérie climatique. C’est ce qui me dérange le plus. Ce n’est pas d’hier que les émotions sont méprisées. Ce n’est surtout pas d’hier que les émotions des femmes sont vues systématiquement comme autant de preuves de folie, de manque de contrôle et de lucidité.

J’ai pourtant l’impression que personne n’est plus lucide que cette jeune femme en colère. Que sa rage est légitime et saine face à une menace qui met notre survie en péril. Que ce sentiment agressif est empreint d’empathie et de compassion pour les humains qui souffrent et souffriront bien davantage dans les décennies à venir. C’est notre inaction, notre résistance au changement et notre indifférence devant le sort de l’autre qui finiront par avoir raison de nous.

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10 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 28 septembre 2019 08 h 29

    Vous errez et on demeure poli

    Bon, par où commencer. Désolé, mais cette jeune fille est utilisée et instrumentalisée par des gens sans scrupules incluant ses parents et des milliardaires. Sa mère était là hier à Montréal est train de la guider sur l’estrade.

    Ce qu’elle répète depuis des mois, ce ne sont que les dires du rapport du GIEC sur le climat sans en comprendre une virgule. Si elle prenait la peine de lire et comprendre les faits, la science et surtout les données empiriques, elle comprendrait qu’il ne faut pas dire « qu’il faut avoir peur très peur » ou bien « qu’il faut tout changer par 2020 ». Pardieu, les changements climatiques sont une réalité et il faudra bien s’adapter d’ici quelques décades, mais de là à être écoanxieux à un niveau extrême, la grande majorité du monde passe.

    En parlant d’enfants irresponsables et gâtés, les générations d’enfants rois ont été élevées dans l’opulence et la richesse dont elle fait partie. Ils n’ont jamais eu à ses battre pour quoi que ce soit dans leur société de privilégiés; tout leur a été donné. Ils semblent souffrir du mal du siècle, celui de leur insignifiante contribution à la société. Si au moins elle venait des taudis de New Delhi ou bien du Caire pour venir nous sermonner, on serait plus attentif. La révolution environnementale ne supprime pas les privilèges, elle se borne à donner aux privilégiés de ce monde, une bonne conscience. C'est un problème de riches.

    Enfin, ceci n’a rien à voir avec l’inaction ou la résistance au changement et notre indifférence devant le sort de l’autre, mais c’est la réalité qui nous rattrape. Une décroissance économique est synonyme de fin du monde. Ils pensent qu’en essayant de régler le dilemme des changements climatiques, ils vont sauver la planète, alors qu’en fait, ils vont précipiter l’humanité vers un gouffre de guerres civiles et de chaos si on s’en tient à leur scénario. Le Krach de 1929 sera une partie de fêtes à comparer à l’Armageddon économique qui nous attend.

    Misère.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 septembre 2019 12 h 05

      Ouf, vous ne semblez pas suivre les informations mais les sites d'opinion.

      Comment dire : le message de Mme. Thunberg est fondé. Qu'est-ce que ça change qu'elle ait des parents (!).

      Les changements climatiques ne sont pas une réalité mais un large horizon de possibilités sur lesquelles nous avons une influence, en ce que de nombreux facteurs qui l'affectent sont directement causés par l'homme. C'est tellement simple qu'on se dit qu'il faut vraiment être de mauvaise foi pour ne même pas sembler le comprendre.

      Évidemment, la manipulation qui consiste à en appeler aux pauvres est facile. "Mais avez-vous pensé à nos miséreux", dit-on sur un ton faussement indigné, tout en ne faisant strictement rien pour ces mêmes miséreux, qui au final seront ceux les plus touchés. Les riches polluent, et d'autres riches (privilégiés, du moins) viennent nous sermonner que le problème ne les touche pas. D'un pathétisme....

      Et voilà. C'est pas plus compliqué que ça.

    • Cyril Dionne - Abonné 28 septembre 2019 15 h 41

      Non M. Lamy-Théberge de Québec solidaire, je compose seulement avec les faits, la science et les données empiriques et non pas l’émotivité. Désolé, ma culture scientifique ne me le permet pas. Je ne nage pas dans l’hystérie et l’écoanxiété. Et SVP, la prochaine fois, ne politisez pas le mouvement écologique. Cela faisait pitié de voir nos orangistes avec le p’tit Nadeau Dubois en tête, mégaphone compris, scander des slogans pour essayer d’endoctriner les gens. Cette marche était apolitique.

      Bon. Il semble que vous êtes d’accord avec nous que ce sont les activités humaines qui causent la production de GES, la destruction de la biodiversité, la pollution atmosphérique, la diminution de l’eau potable et l’érosion des sols. Pour cela, je vous donne la note de D+ parce que pour le reste, c’est un échec total. Oui, c’est simple comme bonjour et pourtant, nos gauchistes veulent augmenter la population du Québec par une immigration légale ou illégale. La surpopulation est l’éléphant dans la pièce climatique. En fait, la production de GES mondiaux est proportionnelle à l’augmentation de la population.

      Et combien d’itinérants ont participé à cette marche de santé en respirant l’air pollué de Montréal? Je n’en ai vu aucun à part de plusieurs « bobos » et quelques autochtones de service. Bien sûr, il y avait notre déesse des changements climatiques. Je ne sais pas si la principauté de Monaco pourrait me passer leur voilier de plusieurs millions de $ avec équipage pour que je puisse faire la traversé de l’Atlantique sans polluer.

      Mais vous savez ce qui est la cerise sur le sundae, c’est ce qu’a rapporté Konrad Yakabuski dans « La fantaisie des verts ». Selon un sondage Ipsos publié cette semaine, », 68 % des Canadiens refusent de payer 100 $ de plus par année pour lutter contre les changements climatiques. Si augmente le montant à 200$, c’est plus de 75%. À 400$, c’est presque tout le monde. Ce n’est pas très sérieux cette affaire.

      Et voilà. Ce n’est pas compliqué.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 septembre 2019 09 h 47

      Pour ajouter, selon l’argument de notre déesse de l’environnement et des extrémistes de gauche est que les individus ne peuvent pas faire grand chose pour sauver le monde de la catastrophe des changements climatiques lorsque les sociétés qui produisent de l’énergie et les gouvernements se concentrent principalement sur la croissance économique et se soucient pas suffisamment pour faire de grands changements.

      La chose amusante à propos de tout cela est que le marché libre fait déjà beaucoup des choses sur la base des mêmes motivations capitalistes que Greta et tant d’autres militants qui ne cessent de les accuser de produire un désastre écologique. Chacune des nouvelles innovations vertes a bénéficié d'un certain soutien gouvernemental ici et là, mais les motivations de profits capitalistes brutes en sont le moteur principal. Les écoanxieux n'arrivent pas à comprendre que des millions de gens utilisant leur pouvoir de dépenser pour réduire leur empreinte carbone vont pousser les entreprises à la poursuite de ces dollars de manière beaucoup plus rapide et efficace que toutes les interventions des gouvernements.

      Il n’y a pas que des capitalistes assidus ou des sceptiques de l’environnement qui repoussent cet objectif et abandonnent leur responsabilité personnelle vis-à-vis la biodiversité et l'écologie. Dans une entrevue, l’auteur Jonathan Safran Foer s’est élevé contre les propos des écoterroristes et a souligné que ceux qui disent croire aux effets désastreux du changement climatique devraient faire plus que protester s’ils y croyaient vraiment. Ce point est la prémisse du nouveau livre de Foer, « Nous sommes le temps: sauver la planète commence au petit déjeuner ».

      Sur la base de tous les slogans et signes politiques partisans que nous avons vus le 27 septembre dernier à Montréal lors de la marche pour le climat, sommes-nous sûrs que la motivation première est l’environnement et non la politique, Québec solidaire, le PLC, le NPD et le PV obligent?

    • Guy Milette - Abonné 29 septembre 2019 14 h 22

      Vous semblez tout savoir sur tout M. Dionne. Mais votre condescendance ne vous honore pas.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 septembre 2019 16 h 51

      Bon M. Milette.

      En parlant de condescendance, les générations benjamines ou pour le commun des mortels, les générations d'enfants rois où tous gagnaient un trophée pour avoir seulement participé, sont obsédées par l'immédiateté et l’instantanéité myopique et artificielle basé sur le moi, le moi et le moi. La petite déesse de l'environnement l'avait mentionné dans son discours aux Nations unies avec : « Vous avez volé MES rêves et MON enfance avec vos paroles creuses », elle qui vient d’une des sociétés les plus privilégiées de tous les temps. Ces générations croient avoir la VÉRITÉ et être l'aboutissement de tout et elles regardent le passé d'un œil au mieux condescendant. Elles se permettent de juger, eux qui n’ont encore rien accomplit et qui n’accomplissent absolument rien en ne posant aucun geste concret qui affecte le bien-être d’autrui, mais se permettre de critiquer les autres comme vous le faites présentement.

      Misère au Gogolplex.

  • Marc Therrien - Abonné 28 septembre 2019 10 h 15

    Greta en colère, elle nous aime ou elle nous déteste?


    Greta Thunberg en sait peut-être un bout sur la science. Mais elle ne sait pas encore tout. Elle continue son apprentissage de la vie. Il n’y a pas que la science dans la vie. Il y a aussi l’économie et la politique. Et l'amour.

    Espérons pour elle qu’elle sait s’amuser et se reposer un peu. Car la détente et le repos sont nécessaires dans ce dur «métier de vivre» pour paraphraser le titre d’un livre de Cesare Pavese qui, lui, en a eu assez de vivre à 42 ans et qui avait écrit : «on accepte de souffrir (résignation) et puis l’on s’aperçoit qu’on a souffert et voilà tout. Que la souffrance ne nous a pas servi et que les autres s’en fichent. Et alors on grince des dents et on devient misanthrope. Voilà.»

    Marc Therrien

  • Michel Bastien - Abonné 28 septembre 2019 13 h 21

    Ces jeunes sont justement en train de se battre contre une vieille génération gâtée!

    Dans un commentaire ici, on reproche aux jeunes de ne pas avoir eu à se battre. Pourtant, c'est exactement ce que plusieurs d'entre eux sont en train de faire. Et, comme à chaque époque, les vieux sont là pour tenter de les mépriser, de ridiculiser leur cause ou d'amoindrir son importance. Une génération termine son aire d'aller dans son petit confort et résiste aà l'assaut des prochaines à grands coups de "Moi j'ai fait mieux". Mais taisez-vous donc et écoutez les idées originales qui fusent: il y en a parmi elles qui définiront la civilisation de demain. (En espérant qu'on se rende à demain, quoiqu'en disent les confortables et les indifférents!)

    Michel Bastien

  • Pierre Fortin - Abonné 29 septembre 2019 13 h 42

    Les détracteurs de Greta Thunberg n'ont d'autre pouvoir que celui qu'on leur accorde


    Monsieur Hamel-Morasse,

    Certaines personnes ne pensent pas mais tweetent beaucoup, et plus encore semble-t-il lorsqu'ils ont très peu à apporter pour soutenir un débat d'idées rationnel et réaliste. Vous ne devriez pas vous surprendre que des gens tentent de discréditer ce que, visiblement, ils ne comprennent pas. Qu'il suffise de penser aux déclarations de Maxime Bernier sur le CO2, ou au récent projet de Justin Trudeau sur la plantantion d'arbres pour compenser les effets délétères de son oléoduc Trans Mountain, pour réaliser à quel point ceux qui se battent pour obtenir nos faveurs électorales n'ont aucun plan digne de ce nom pour redresser le climat.

    On ne peut surtout pas reprocher à Greta Thunberg le courage d'appeler à la solidarité dans l'urgence d'agir et les analyses à deux sous des pseudo-psychologues à la Maxime Bernier la concernant ne nous montrent au fond que leur propre légèreté et leur outrecuidance. Quand on a si peu à offrir et qu'on ne sait pas se conduire soi-même, on s'abstient de faire la morale aux autres.

    Nous devrons réaliser qu'il faut identifier et confronter le véritable pouvoir qui nous impose l'orgie d'exploitation des hydrocarbures et que ce pouvoir ne réside pas au Parlement d'Ottawa malgré son autorité pour légiférer. Dans l'urgence climatique qui ne peut plus attendre, je n'ose imaginer ce qu'il se passera lorsque la population concluera que personne, à la tête du pouvoir politique, n'est en mesure d'agir.

    Le mouvement de solidarité que Greta Thunberg a engendré du haut de ses 16 ans pourrait nous faire réaliser enfin où réside le véritable pouvoir politique en démocratie, mais il ne faut pas attendre d'elle qu'elle mène ce combat à elle seule.

    Laissez donc tweeter ceux qui n'ont rien de mieux à offrir et qui n'ont de pouvoir que celui qu'on leur accorde.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 septembre 2019 17 h 15

      Alors, la simplicité volontaire pour vous, est-ce seulement pour les autres et les pauvres qui l'a font de façon involontaire?

      Et qu'avez-vous fait ou à offrir de concret à part des accusations gratuites dans votre discours moralisateur si on ne peut plus attendre? On attend encore pour vos solutions magiques et fantastiques venues directement du royaume des licornes.