Lettre à Greta

Bonjour Greta, je viens d’écouter ton discours à l’ONU. Tu viens de me bouleverser. J’ai été étonné par la force de tes paroles, de l’intelligence qui en ressort, impressionné par ton allure de petite fille sage qui vient de faire ses devoirs et qui est déjà prête à faire la leçon. J’ai été troublé par ta voix qui mêle la colère et le désespoir.

Tu avais l’air si fragile, si petite, assise sur le bout de ta chaise, sur la pointe des pieds, le visage bouleversé et bouleversant. Comme un vieil adulte qui a eu des enfants, j’ai eu envie de te prendre dans mes bras et de te consoler, de me consoler. Vois-tu Greta, j’ai grandi avec la peur de la fin du monde. Enfant, l’église nous préparait à la fin du monde. Par la suite, j’ai eu peur des bombes atomiques. Puis, j’ai appris un peu comme tout le monde que l’humanité polluait la planète. Des mots que je n’avais jamais entendus se mirent à pleuvoir des bulletins d’informations comme autant de pluies acides. Est-ce que cela m’a pris du temps à comprendre tous ces nouveaux dangers ?

Bien oui, comme les gens de ma génération, je ne m’en suis pas beaucoup occupé. Tu ne me croiras pas, quand j’étais jeune, les baleines et les ours polaires ne faisaient pas pitié, ils faisaient peur.

Greta, moi aussi je suis sidéré par l’inconscience des politiciens, des entreprises, mais aussi par le refus de reconnaître l’inévitable destin qui privera mes concitoyens de leurs autos, de leurs piscines, de leur confort et de leur sublime indifférence. Et il y a pire. J’ai peur de cette collection de politiciens qui, de Trump à Bolsonoro, dénigrent les écologistes, les féministes, les pacifistes. Cette collection de politiciens qui mentent et gesticulent comme de nouveaux petits Hitler ou Mussolini et que l’on qualifie de populistes pour ne pas abuser du point Godwin. [...]. J’ai peur, Greta. Je te regardais et j’avais peur que tu deviennes la Anne Frank de ce siècle. Celle dont on retrouvera les traces plus tard, après les grands bouleversements.

Comment empêcher que notre humanité bascule dans le délire ? Je vais participer à ce mouvement, à cet espoir que tu as rallumé de ses cendres. L’espoir, ce sont les milliers de jeunes qui descendent dans la rue. Gagneront-ils ? J’ai peu d’espoir, mais je peux encore faire semblant d’en avoir. Peut-être que l’espoir, c’est comme l’appétit et qu’il vient en mangeant. Merci de me l’avoir ouvert.

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10 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 27 septembre 2019 07 h 32

    Tout va bien


    En lisant votre lettre ce matin, j’avais en même temps ces mots de Beau Dommage qui chantaient dans ma tête:
    "Ayez pitié de l’homme qui a peur
    Prenez-lui la main quand il pleure
    Amenez-le doucement danser
    Jusqu’au petit matin
    Donnez-lui le goût de croire
    Que tout va bien".

    Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 27 septembre 2019 07 h 33

    L'espoir des sans noms

    Bon. Il semble que cela n’en prend pas beaucoup pour émouvoir ceux qui veulent être émeut devant les changements climatiques. Mais il est à conseiller de continuer d’avoir peur des bombes atomiques que d’un scénario émanant d’une petite qui a été choyée toute sa vie dans le confort et l’indifférence. Maintenant, vu que le reste de sa famille sont célèbre, elle a du trouver sa niche pour faire parler d’elle.

    Honte à ceux qui mentionne Greta Thunberg et Anne Frank dans la même phrase. Ce n’est certainement pas le même combat puisqu’une à tout à gagner tandis l’autre s’est battu pour survivre dans un maelstrom de scénario d’extermination raciale.

    L’espoir, ce n’est pas les jeunes riches, oui ces générations d’enfants rois qui sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui déferlent dans la rue en quête de sens de la vie. L’espoir est ceux, qui dans l’ombre essaient de survivre dans des conditions déplorables. L’espoir est ceux, qui travaillent avec acharnement pour trouver des solutions de faire cohabiter une masse humanitaire avec des ressources naturelles limitées en demeurant incognito. L’espoir est ceux, qui ont compris que les privilèges et les droits engendrent de grandes responsabilités humanitaires. C'est pourtant simple.

  • Anne-Marie Miller - Abonnée 27 septembre 2019 07 h 46

    Merci pour cette lettre émouvante et touchante dans laquelle les gens de ma génération se reconnaitront, j'en suis certaine. Et aujourd'hui, laissons-nous porter par l'espoir et la colère que soufflent la jeunesse !

  • Réal Gingras - Inscrit 27 septembre 2019 08 h 01

    Le climat et la Providence

    Pendant la manifestation pour le climat nous avons vu défiler nombre de politiciens. Mais a qui en appellent-ils? Toutes les caméras sont braquées sur eux.

    Des étudiants en grève en appellent à l’autorité universitaire ou au gouvernement pour régler leurs litiges. Des fonctionnaires en appellent à l’État en manifestant devant le parlement, des ouvriers en grève en appellent à leur patron pour négocier.

    Chère Gréta, lorsque nous voyons les élus, à l’unanimité, tous partis confondus, s’associer à la ”jeunesse” et manifester comme ça pour le climat. Lorsque nous voyons des journalistes à travers les médias crier à l’alarmisme, à la crise, à l’extinction: à qui en appellent-ils? Ils en appellent à la Providence… et toutes les caméras devraient se tourner vers elle.

  • Hélène Gervais - Abonnée 27 septembre 2019 08 h 14

    C'est bien pour dire....

    moi ça été le contraire; bien sûr je comprends le discours, mais Greta a perdu sa crédibilité quant à moi avec son discours à l'ONU. Je l'ai trouvé pathétique et le discours et la personne. Par contre, j'ai beaucoup de respect pour le mouvemnt qu'elle a soulevé tout en me demandant la quantité de déchets qui restera dans la rue après cette marche, et si elle avait lieu un samedi ou un dimanche est-ce que les jeunes auraient été aussi intéressés à délaisser leur lit avant midi pour y aller? Si plutôt que de marcher pour supposément sauver la planète toutes ces gens ramaissaient les détritus qui trainent partout sur le bord des lacs, des fleuves, des rivières, franchement je trouverais ce mouvement plus crédible.