L’échec scolaire, c’est l’échec d’une société

Il y a quelques semaines, des milliers de jeunes sont rentrés à l’école. D’autres pas. Où sont-ils ? Ils sont dans leur chambre, dans le sous-sol, ou même dans la rue. En connaissez-vous ? Ils ont fait le choix douloureux de décrocher. N’oublions pas que d’abandonner sa scolarité est un geste souffrant, un geste de résignation. Ce ne sont pas les jeunes qui ont abdiqué. C’est nous tous, en tant que société, qui avons décroché.

Il est vrai que le taux de diplomation a augmenté au cours des dernières années. Pourtant, 20 % des jeunes au Québec sortent du système scolaire sans diplôme ou qualification. Et que dire des élèves qui, diplôme en main, sont passés si près de l’échec après un parcours semé d’embûches dans un système non adapté à leur réalité ? Allons-nous fermer les yeux sur la situation en nous confortant à l’idée que le gouvernement s’occupe de cette problématique ?

Trop souvent, nous nous déresponsabilisons collectivement du décrochage scolaire en faisant reposer le poids de l’échec sur les épaules de chaque jeune qui quitte les bancs d’école ou de son entourage, qui ne l’aurait pas assez encouragé à persévérer. On accepte allègrement le « chacun pour soi ». C’est donc à chaque jeune et à chaque parent de tenter d’arrache-pied de trouver seul des solutions pour s’en sortir ? Force est de constater que ces solutions ne fonctionnent pas.

Regardons autour de nous, chacun court après son temps en essayant de garder le cap dans une société marquée par un rythme effréné et par la recherche constante de performance. Nous imposons à nos jeunes « d’entrer dans le rang » sans jamais remettre en question le fonctionnement et le bien-fondé de ces rangs. Pourtant, des symptômes montrent que la société ne va pas bien : l’accroissement majeur du nombre de jeunes aux prises avec toutes sortes de difficultés, le taux encore trop élevé de pauvreté chez les familles, la hausse alarmante du taux de diagnostics et de l’usage de médicaments pour arriver à réussir à l’école, sans compter les problèmes créés par une éducation trop régie par les stéréotypes de genre.

Ces constats démontrent qu’il est plus que temps que l’on se questionne sur les visées de notre système d’éducation et qu’on s’attarde à ses inégalités. Levons le voile sur le tabou entourant les réelles causes du décrochage. Cessons de chercher des réponses individuelles, trouvons des solutions collectives adaptées aux réalités de notre société.

Alors que l’école devrait représenter un lieu sain d’apprentissage et de socialisation, plusieurs élèves y subissent des pressions énormes et doivent évoluer dans cet environnement qui ne répond plus à leurs besoins. Prenons le temps de nous questionner, d’écouter nos jeunes.

Le 25 septembre, nous soulignons pour la première fois au Québec la Journée du refus de l’échec scolaire. Pour l’occasion, mobilisons-nous afin de dénoncer haut et fort que cette situation est socialement inadmissible et acceptons qu’elle nous concerne tous. Pour nos jeunes, refusons de baisser les bras, refusons l’échec scolaire.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

4 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 25 septembre 2019 08 h 45

    Tout est relatif dans le monde scolaire

    Comme enseignant, il me semble plutôt que ce sont les conditions socio-économiques qui déterminent le succès de l’élève à l’école. Les données empiriques sont très éloquentes à ce sujet et abondent dans cette direction. L’école commence à la maison. Si l’enfant arrive à l’école affamé, vit dans un foyer dysfonctionnel où le support éducatif n’est pas présent et que la valorisation de l’école est un concept abstrait, il ne faut pas s’étonner des résultats découlant de cette situation. Il n’y a pas de tabou sur les causes du décrochage; c’est limpide comme l’eau de source. Pour les médicaments, eh bien, pour la plupart des élèves en difficulté, il n’y aurait aucun apprentissage sans l’apport de ceux-ci. Triste, mais vrai.

    Pour la plupart des enfants qui en arrachent à l’école, celle-ci demeure encore pour eux, le lieu où ils se sentent bien même s’ils ne réussissent au même niveau que les autres. Combien d’enfants disent à leurs enseignant.e.s qu’ils n’aiment pas l’école mais aiment bien être dans leur classe? Vous savez, l’école avec toutes ses niaiseries en fait de programmes basés sur un ésotérisme scolaire et de grandes théories d’apprentissage, demeure toujours une inconnue pour eux, compétences traversables obligent. Elle est souvent inadaptée à leur besoin réel. L’apprentissage des connaissances et des compétences se vit à partir des concepts qu’ils mettent dans leur coffre d’outils personnel afin d’évoluer comme apprenant. La dissonance cognitive, ou l’apprentissage n’est facile pour personne et ne le sera jamais.

    Maintenant, suggère-t-on maintenant de niveler par le bas afin que plusieurs puissent réussir? Si oui, c’est nous qui abdiquons notre responsabilité en tant que société. Enfin, le taux de diplomation varie exponentiellement partout à partir de critères subjectifs énumérés par les différents ministères de l’éducation. Dans les autres provinces, c’est beaucoup plus facile d’obtenir son diplôme du secondaire pour les élèves. Beaucoup plus.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 25 septembre 2019 11 h 43

    « les conditions socio-économiques déterminent le succès de l’élève à l’école.»



    Voilà qui départage fort heureusement le bon grain d'avec l'ivraie!

    Il importe de tenir son rang! Sinon, nous courrons vers de graves désordres. Sinon, ce sont les enfants socio-économiquement favorisés qui deviendraient académiquement défavorisés, en se faisant damer le pion par le premier pauvre venu.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 25 septembre 2019 12 h 41

      J'ai analysé les résultats dans une commission scolaire,suite eaux examens finals du Ministère, où la majorité des écoles ont un indice de défavorisation élevé selon le MEQ.

      J'ai fait la même analyse avec la commission scolaire voisine où, d'évidence, et selon le Ministère, les indices de défavorisation sont pas mal moins élevés.

      On peut faire cela avec la rapport de l'Institut Fraser qui paraît chaque automne, dans le JdM.D'habitude début novembre.C'est vraiment frappant: les taux d'échecs sont de beaucoup pllus élevés dans une.

      Autre constation: aucune comparaison entre les écoles privées sur le territoire d''une commission et les écoles publiques. Notre système d'éducation est, de plus en plus, élitiste.

    • Cyril Dionne - Abonné 25 septembre 2019 12 h 55

      Que pensez-vous qu'il arrive à un enfant affamé d'une famille pauvre lorsque des parents absents, violents et intoxiqués lui disent que l'école est une pure perte de temps, et ceci, quand ils sont là? J'ai enseigné à des enfants dont les parents leur disaient qu'ils n'avaient pas besoin de venir à l'école cinq jours par semaine. Trois jours suffisaient amplement pusiqu'ils s'occupaient souvent de leurs parents intoxiqués. Ces enfants traînaient un retard académique grave cumulé au cours des années et très difficile à combler. En fait, ils étaient souvent les premiers à décrocher de l’école. Disons poliment qu’ils n’étaient pas les premiers de classe et ceci n’avait rien à voir avec leurs capacités cognitives. Alors, pour eux, les études postsecondaires étaient un rêve chimérique et de toute façon, ils avaient été endoctrinés à penser que l’école était inutile. C’est pour cela que l’école commence à la maison.

      Mais vous ne savez rien de cela puisque vous n’avez jamais mis les pieds dans une école comme pédagogue.