Campagne publicitaire végane et dérive humaniste

Qui est passé récemment par la station Berri-UQAM n’est certes pas resté insensible, attendri (sans jeux de mots) par le message végane qui s’étale à la fois sur les murs et les guichets. Ces montages photo qui mettent en scène une parodie de la famille, clament notre égalité avec les dindons, miment la dignité et suscitent la pitié m’ont tout simplement glacé le sang. Grégaires, nous partageons assurément des dénominateurs communs avec la nature, certains comportements sociaux s’apparentant souvent à ceux en vigueur au sein des meutes. Il reste que nous demeurons des êtres pensants dont l’identité et la valeur excèdent les ruminants.

Cet appel à l’égalité a quelque chose de faux moins dans sa proposition que dans ses conséquences. Les inégalités sociales progressent, se multiplient à l’échelle du monde sans qu’une réponse adéquate soit proposée. La pauvreté, la faim, une espérance de vie décroissante se polarisent de plus en plus face à une concentration des richesses scandaleuse. Le message végane oblitère ces réalités en dirigeant notre compassion vers les animaux. Derrière le veau ou le poussin je cherche l’enfant qui a faim, en deçà de ces mères à traire ou à plumer je cherche cette mère célibataire contrainte de se prostituer en fin de mois pour nourrir son enfant. Ce déplacement du regard exprime une inconscience, une démission de l’esprit telle qu’elle interroge le passant, le touriste, l’itinérant qui se postent devant ces images.

Il est remarquable de constater à quel point la pauvreté grandissante enrichit les solidarités mais appauvrit la charité, la nécessité de l’un diminuant la gratuité de l’autre. Comment ne pas se navrer de cette dérive humaniste qui s’éloigne de l’homme pour se rapprocher de la bête ? La pitié gagne en valeur avec sa rareté. Aussi n’a-t-elle pas de prix. Évitons de la gaspiller.

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4 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 20 septembre 2019 10 h 22

    Le vivant !

    Ne considérons-nous pas les plantes comme des êtres vivants? Ou doit-on s'arrêter ?

  • Michel Virard - Inscrit 20 septembre 2019 10 h 28

    Vous avez dit «dérive humaniste» ?

    A croire que les mots ne veulent plus rien dire! Les «humanistes» sont régulièrement la cible des défenseurs des animaux précisément parce que ces derniers les considèrent comme «spécistes» c'est-à-dire qu'ils considèrent l'espèce humaine, bien qu'animale, d'un ordre supérieur au reste des animaux. Pourquoi ? Parce que les humains sont les seuls à avoir des droits et des devoirs envers les autres animaux. Pour nous les animaux n'ont pas de «droits», un concept juridique qui n'a de sens que pour des être pensants capables de revendiquer ces droits . Par contre nous avons, et cela pour le bien-être même de l'espèce humaine, le devoir de traiter les animaux avec bienveillance. L'erreur sur l'interprétation du terme «humaniste» provient peut-être de l'omniprésence des «humane societies», qui sont les organisme de défenses des animaux, en particulier aux États-Unis et au Canada anglais. En tout cas, l'utilisation du terme «humaniste» dans le titre de cet article est un parfait contre-sens.

  • Johanne Archambault - Abonnée 20 septembre 2019 19 h 34

    Les bonnes causes ne s’excluent pas

    On peut à la fois aimer les animaux, respecter toute vie et haïr l’injustice, j’en suis, mais j’éprouve le même malaise que vous en constatant que des malheurs qui semblent plus «prioritaires» n’émeuvent pas certains défenseurs des animaux. En plus, les arguments sur «l’égalité» des vivants ne reposent pas sur des preuves (non plus que les démonstrations de l’existence de Dieu!!!), et le fanatisme auquel cette cause peut donner lieu (ex. persécution des éleveurs) lui donne des airs de défoulement collectif.

  • Jonathan Gaudreau - Inscrit 21 septembre 2019 14 h 34

    Réponse à votre argumentaire

    Bonjour M. Lalonde,
    laissez-moi revenir sur certains éléments que vous avez apporté, et leur répondre, du point de vue d'un des organisateurs de cette fameuse campagne à laquelle vous faites référence.

    1) Grégaires, nous partageons assurément des dénominateurs communs avec la nature, certains comportements sociaux s’apparentant souvent à ceux en vigueur au sein des meutes. Il reste que nous demeurons des êtres pensants dont l’identité et la valeur excèdent les ruminants.
    - Comment pouvez-vous affirmer ceci? Comment pouvez-vous attribuer une valeur aux humains excédant la valeur intrinsèque des autres animaux? Sachant que l'humain n'est qu'un animal parmi tant d'autres, je vous pose la question. Ceci étant dit, si votre argumentaire repose sur des bases spirituelles et place l'humain à part du règne animal, alors là je ne perdrai pas une seconde à en discuter avec vous.


    2) Cet appel à l’égalité a quelque chose de faux moins dans sa proposition que dans ses conséquences. Les inégalités sociales progressent, se multiplient à l’échelle du monde sans qu’une réponse adéquate soit proposée. La pauvreté, la faim, une espérance de vie décroissante se polarisent de plus en plus face à une concentration des richesses scandaleuse. Le message végane oblitère ces réalités en dirigeant notre compassion vers les animaux.
    - Ici, vous serez probablement heureux et soulagé d'apprendre que les véganes n'ignorent pas les causes sociales. La sensibilité développée à considérer les autres animaux comme ses semblables et la capacité à reconnaître leurs valeur intrinsèque s'applique tout autant aux humains. Les crises humanitaire, l'exploitation des travailleurs et travailleuses et les enfants en situation de famine nous touchent tout autant. L'empathie et la compassion ne sont pas des ressources limitées.

    Sinon, je vous laisse avec notre réponse au genre d'arguments que vous emmenez. Bonne lecture. https://www.facebook.com/notes/regard-animal/lettre-ouverte-%C3%A0-propos-de-