Image carboneutre ou mirage vert

Viser la carboneutralité s’avère essentiel si on veut lutter contre les changements climatiques. Les constats scientifiques se révèlent accablants. Nos enfants et nos petits-enfants nous interpellent.

Lors de son conseil général sur l’environnement, la Coalition avenir Québec était très fière d’afficher la carboneutralité de l’événement, précisant que les émissions de GES reliées au transport des participants étaient compensées par la plantation d’arbres. Mais quelle valeur revêt cette image verte en comparaison des centaines de milliers d’arbres qui devraient être abattus dans le corridor de 782 km du pipeline de Gazoduq, un projet fortement appuyé par le gouvernement Legault ?

Dans sa campagne de relations publiques, la société Énergie Saguenay met aussi l’accent sur l’objectif de carboneutralité de sa potentielle usine de liquéfaction de gaz naturel. Encore là, que signifie cette belle intention si on la met en contrepoids avec l’énorme quantité de GES qui serait émise en amont et en aval, de l’extraction du gaz jusqu’à son utilisation ?

Alors que la CAQ a considéré l’empreinte carbone des participants à son conseil général de leur région de provenance jusqu’à destination, ainsi qu’à leur retour, pourquoi le gouvernement refuse-t-il d’évaluer et de prendre en compte le bilan carbone du cycle complet des activités de GNL Québec ?

Une image carboneutre peut apparaître très séduisante. Si elle est utilisée dans le but principal de redorer son blason ou d’obtenir l’acceptabilité sociale, ne devient-elle pas fort discutable ?

Au-delà des stratégies de communication des promoteurs et des élus, l’accès à une information objective constitue un droit fondamental pour les citoyens et les citoyennes. Le rôle essentiel de la presse indépendante prend ici tout son sens. Merci au Devoir qui, par la plume d’Alexandre Shields, réalise une couverture exceptionnelle des enjeux environnementaux impliqués dans le dossier de GNL Québec.

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6 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 16 septembre 2019 07 h 50

    La neutralité écologique n’existe pas avec les humains

    Le gaz naturel qui proviendra d’Énergie Saguenay émettra environ 8 Mt (8 millions) de GES par année. Ici, on ne parle pas au Québec, mais de ceux qui achèteront ce gaz pour chauffer leur maison ou bien cuire leurs aliments en Europe ou ailleurs. En utilisant du gaz naturel, la facture écologique risque de diminuer s’ils utilisent moins de charbon ou de pétrole pour faire la même chose. Mais on est bien d’accord qui ce sont des « si » et non pas une vérité de La Palice.

    Viser la carboneutralité s’avère un rêve pieu et c’est difficile d’être contre la morale écologique. 8 millions de tonnes de GES par année semble beaucoup mais lorsqu’on pense à la Chine, c’est 38 millions de tonnes de GES par jour et ils se dirigent allégrement vers 50 Mt de GES par jour à moins que les tarifs américains sur les exportations chinoises fassent leur travail. Ce n’est pas en étant plus blanc que blanc et en faisant le vœu de la simplicité volontaire extrême qu’on résoudra le problème des changements climatiques. L’autre 99,8% de la planète, ils n’ont aucune intention de diminuer leur empreinte écologique.. Le Québec produit moins de 0,2% des GES mondiaux. La Chine par capita, produit plus de GES que les Québécois et est responsable du tiers des GES mondiaux. La Saskatchewan et l’Alberta, six fois plus que le Québec. Sur le 750 Mt de GES du Canada, le Québec est seulement responsable de 78 Mt alors que sa population represente 23% de sa population.

    Alors, au lieu de toujours punir les gens de chez nous, si on se concentrait sur des pays comme la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Ukraine et j’en passe pour diminuer leur empreinte carbone, notre taux d’efficacité pour enrayer les GES serait multiplié par un facteur de 1 000. Cela, c’est une vérité qui dérange beaucoup de grands prêtres de la très sainte rectitude écologique de chez nous, Pacte oblige. Exiger que le nombre d’arbre abattu par le projet d’Énergie Saguenay soit remplacé par eux serait une autre possibilité à suivre.

    • Sylvie Latendresse - Abonné 16 septembre 2019 15 h 33

      J'aimerais bien que vous nous disiez, Monsieur Dionne, ce que vous nous suggérez afin d'agir sur l'empreinte carbone de la Chine, des E-U, de l'Inde, etc.? De plus, actuellement, le Québec fait mieux que bien des provinces ou des États mais ne devons-nous pas justement rester vigilants pour continuer à bien faire ou, mieux encore, en faire plus? Enfin, la CAQ parle des deux côtés de la bouche sur la question de l'environnement, Madame Duperré l'exprime très bien dans sa lettre, et cela doit être dénoncé.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 septembre 2019 18 h 02

      Mettre des pressions pour que la Chine arrête de fabriquer des produits sans fin pour être exportés. Que les États-Unis produisent des frontières plus étanches afin diminuer leur nombre de consommateurs. Les USA sont le 3e pays le plus populeux de la planète. Et un consommateur américain n’est pas le même qu’un consommateur du Nicaragua. Que l'Inde mette des mesures progressives en place pour que toutes les femmes indiennes soient éduquées et qu'une vraie émancipation arrive en bonne et due forme afin que leur taux population diminue. Pour cela, il faudra aussi se départir des vestiges culturels patriarcaux. Idem pour les religions des autres pays qui gardent les femmes prisonnieres afin d’être des incubateurs sans fin en suivant la devise : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre ».

      Oui, le Québec fait très bien surtout à cause de l'énergie hydroélectrique. L'éolien et surtout le solaire ne sont pas aussi verts qu'on le pense. On peut toujours faire mieux mais je ne vois aucune volonté sociétale dans cette direction. Les vœux pieux, faire des protestations et des grèves scolaires en plus de signer des Pactes ne changeront absolument rien si nous continuons à consommer comme nous le faisons présentement. Les pires dans cette équation, ce sont les jeunes et ce sont eux, qui parlent des deux côtés de la bouche. Le nombre de vente de camions et de SUV a augmenté drastiquement dans les 5 dernières années. Les voitures électriques polluent autant que les voitures conventionnelles. Pour le recyclage, on utilise plus d'énergie que de fabriquer un produit tout neuf.

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 17 septembre 2019 07 h 51

    Coupes à blanc et énergie au Québec

    Faudra trouver de meilleurs exemples. En plus d'enfouir des dizaines de milliers de km2 de forêts sous une trentaine de vastes réservoirs hydroélectriques, les coupes à blanc des nombreuses lignes de transmission d'HQ peuvent se comparer au passage d'un gazoduc. HQ a financé à renfort d'expert des études démontrant que ses réservoirs ne produisaient pas de CO2, mais que dire de la captation de carbone et la production d'oxygène perdue à tout jamais. Une façon de regarder du mauvais côtè de la lunette, un peu comme Trump qui dit que si on coupait plus d'arbres on aurait moins de feux de forêt. ;-)

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 septembre 2019 12 h 18

      On serait que trop heureux M. Blanchard que les réservoirs d'Hydro puissent permettre "d'enfouir des dizaines de milliers de km2 de forêts".
      Cela signifierait que le carbone contenu dans les arbres se transformerait lentement en carbone fossilisé sous différentes formes (charbon et pétrole). Mais la réalité nous indique que ce bois immergé vas simplement se dégrader beaucoup plus lentement que celui des forêts, et va prendre des siècles a se dégrader (on retrouve parfois des bois submergés depuis des millénaires). Entre temps le nouveau plan d'eau lui va débuter une capture de carbone qui, contrairement a la forêt, ne s'arrêtera pas puisque que c'est essentiellement un processus de sédimentation du carbone, qui lui même est le début d'une fossilisation.
      Et comme ces réservoirs fabriqués par les humains lui sont d'une grande utilité il y a toute les chances qu'ils soient maintenus en place de siècle en siècle, et deviennent ainsi partie prenante a part entière a la structure écologie de la terre.

      "mais que dire de la captation de carbone et la production d'oxygène perdue à tout jamais".
      Que dire? Vous avez pourtant eu une réponse la semaine passée a cette question dans les commentaires a votre lettre. Une réponse trouvée en introduction d'une thèse de doctorat dont le sujet porte précisément sur le stockage carbone dans les lacs du Québec.
      "il est important de savoir que, contrairement à la pensée populaire, les lacs peuvent représenter de plus importants stockeurs de C par surface que le paysage des bassins versants qui l'entoure"

      Comme l'auteure le précise "Les lacs sont rarement intégrés dans les modèles globaux de cycle du carbone". C'est peut-être là que se trouve la raison pour que leur rôle de captation soit inconnu du public. Quand on pense capture de carbone des plans d'eau on ne pense immédiatement qu'aux océans, vue la place bien plus grande qu'ils occupent sur la terre, 70% de la surface la terre versus moins de 1% pour les lacs.