La langue française et les immigrants

La semaine passée, on annonçait que Simon Jolin-Barrette deviendrait le nouveau ministre responsable de la Langue française. Ce mandat vient s’ajouter à son agenda déjà bien chargé en tant que ministre de l’Immigration, ministre responsable de la Laïcité et leader parlementaire du gouvernement.

Si la gestion des dossiers d’immigration et de francisation dans les mains d’une même et seule personne semble logique, cette nomination l’est pourtant moins. Non pas que je remette en doute les compétences du ministre, mais bien que cette nomination m’apparaît plutôt révélatrice de la place qu’occupent les immigrants pour ce gouvernement caquiste.

Je m’explique. J’ai cette impression qu’on nous présente les immigrants comme les principaux « coupables » du déclin du français. J’ai cette impression que la survie du français dépendrait de tous ces immigrants qui choisissent de vivre au Québec en anglais notamment, mais aussi dans toute langue autre que le français. Le discours ambiant à l’égard des immigrants m’inquiète. L’automne dernier, le premier ministre estimait que le système d’immigration en place présentait une menace pour l’identité québécoise, si bien qu’il a affirmé qu’il y avait « un risque que nos petits-enfants ne parlent plus français ».

Certes, le recul constant du français au Québec demeure une réelle préoccupation. J’estime que la valorisation de la langue française devrait commencer au sein même du ministère de l’Immigration. Alors que le mois dernier, La Presse canadienne révélait que les communications produites par un service de ce ministère étaient truffées d’erreurs. Ou encore, lorsque le ministre de l’Éducation manifeste son intérêt pour réviser la formation générale au collégial, dont les cours de français où j’ai découvert pour une première fois la littérature québécoise.

Comprenez-moi bien. Je suis un de ces enfants qui ont appris le français dans une classe d’accueil et qui maintenant le parlent mieux que leur propre langue maternelle. Je suis d’avis aussi que les cours de francisation sont nécessaires, voire obligatoires, et jouent un rôle primordial dans l’intégration des nouveaux arrivants à la société québécoise.

Peut-être que cette impression est erronée. Je nous le souhaite. Pour l’instant, j’attends du ministre Jolin-Barrette qu’il soit à la hauteur de ce nouveau mandat.
 



Une version précédente de cette lettre, qui était erronément signée Gracia Esperaza, a été modifiée.

 

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10 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 10 septembre 2019 08 h 27

    Bienvenida Gracia!

    M. Esparaz c'est avec plaisir que je viens partager avec vous votre souci concernant la langue française parlée au Québec et aussi de l'immigration. Je suis venu de France en 1966. Dès mon arrivée à Montréal, ce fut tout un choc car partout, dont aux douanes, tout se faisait en anglais, ce qui contrastait avec les documents reçus de l'Ambassade canadienne dans lesquels on affirmait que le Français était la langue la plus parlée au Québec! Je l'ai compris plus tard, c'est vrai, mais presque partout sauf à Montréal! Comme quoi on peut écrire, sur le même sujet, deux points différents. C'est probablement la même chose qui s'est produite dans votre texte où la Presse canadienne indiquait que les textes du Ministère de l'immigration était truffé d'erreurs. Est-ce celui du gouvernement fédéral ou celui du Québec? En ce qui concerne le premier, cela ne m'étonne pas du tout car ailleurs qu'au Québec, ou le ROC, les gens, fonctionnaires ou pas, se foutent complètement des francophones J'ai conservé dans mes papiers des documents datant de mon arrivée où le français était méconnaissable! Il y a tant à dire sur ce point, mais revenons à l'immigration.
    Le gouvernement de la CAQ et son chef M. François Legault ont été récemment portés au pouvoir après des années épouvantables du parti libéral où logent la plupart des anglais du Québec. La défense de la langue et de la culture française quasiment repoussées aux calendes grecques, ils doivent remettre de l'ordre, ce qui a donné la loi 21 concernant la laïcité, celle que réclamait la majorité. Sans l'apport d'immigrants ou d'étrangers, le Canada ni le Québec ne peuvent réaliser leur plein potentiel et chacun tire la corde de son côté. Il ne faut pas oublier que le gouvernement du Québec est subordonné à celui d'Ottawa! Vous avez raison d'être inquiet sur les tractations pouvant exister, mais je suis certain que comme Québécois nous pouvons être fiers de vivre au moins en toute liberté, dont celle de pouvoir s'exprimer!

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 10 septembre 2019 09 h 38

    Disparaitre

    L'évolution démographique pose un défi existentiel pour notre statut de nation, selon statistique Canada, tel que rapporté par Le Devoir :
    «Selon les projections du document Projections linguistiques pour le Canada, 2011 à 2036, le poids démographique de la population de langue maternelle française au Québec devrait passer de 79 % en 2011 à une proportion oscillant entre 69 % et 72 % en 2036»

    https://www.ledevoir.com/societe/490027/projections-linguistiques-chute-de-la-place-du-francais-d-ici-2036

    Cette situation impose que le Québec contrôle entièrement sa politique sur l'immigration. Et que la sélection se fasse auprès de personne qui sont francophone ou qui maitrise cette langue avant leur arrivé.

    Tous les arguments pour nous imposer une immigration massives ne passe pas le test de l'examen critique. Voir l'ouvrage Disparaitre de Jacques Houle. Que les médias ignore malgré le fait qu'il soit un professionnel du domaine de l'immigration, dont la rigeur du propos ne fait aucun doute.

    Il ne faut surtout pas contredire l'idéologie officielle ventant l'immigration de masse.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 septembre 2019 13 h 11

      La stat la plus importante à suivre en contexte d'immigration est la première langue officielle (PLOP), peu importe sa langue maternelle.

      En 2011- Stat Can avait fait des projections pour jusqu'en 2036 (version synthétique ici : http://www.statcan.gc.ca/pub/11-627-m/11-627-m2017 -

      Ce tableau fait état d’études plus détaillées – les liens où je les avais trouvés ne fonctionnent plus – les citations ci-dessous viennent de ces documents plus détaillés.

      On y fait état de l’évolution entre 1971 et 2011: PLOP français à peu près stable, voire légère augmentation (tableau 3.1b). Par contre « Ainsi, environ 55 % des transferts linguistiques de la population de langue tierce au Québec s’orientent vers le français et 45 % vers l’anglais. »

      La conclusion de Stat Can « (...) baisse du poids démographique de la population ayant le français comme première langue officielle parlée pourrait être de 2,7 points à 3,6 points de pourcentage. (...)" entre 2011 et 2036 (tableau 3.4).

      La variation de la baisse projetée est selon le volume d'immigration projeté. Et suppose, probablement, un maintien de cette proportion 55%/45%.

      Cette proportion de 55%/45% n'est pas une fatalité … si on adopte les bonnes mesures. Mais il n'est pas fatal qu'elle s'améliore ou n’empire pas non plus.

      3% de perte en 25 ans, c’est énorme… et il s’agit de PLOP française, qui comprend les gens de langue maternelle tierce ou parlant une langue tierce à la maison.

      Et il ne faut pas oublier que plus la PLOP française diminue, plus la diminution va s’accélérer – par exemple, moins de raisons de se forcer pour parler français si la PLOP française est à 65% plutôt que 85%.

      Mais même 45% vers l’anglais c’est déjà beaucoup trop de toute façon (largement supérieur à la population actuelle de PLOP anglaise) – et c’est peut-être le chiffre le plus conservateur.

      Et la population immigrante est celle qui croît le plus.

      Et ceci ne comprend pas l’immigration dont la langue maternelle est

    • Raymond Labelle - Abonné 10 septembre 2019 14 h 58

      PLOP: première langue officielle parlée - j'avais oublié l'important "parlée".

  • Marc Pelletier - Abonné 10 septembre 2019 11 h 25

    " On verra....."

    Bravo pour votre article Mme Grecia Esparza !

    Je partage votre point de vue, mais tout en étant d'accord pour que l'on intègre le mieux possible les immigrants à la société québecoise francophone, je trouve que cette façon de faire mets en quasi exclusivité les projecteurs sur les immigrants, alors que la majorité des québécois râteraient un examen de français.

    Samedi dernier, Mme Denise Bombardier, dans le Journal de Montréal, osait écrire sur ce sujet qui est en quelque sorte tabou pour la quasi totalité des auteurs et de ceux qui les commentent.

    Dans les écoles, les enfants issus de parents immigrants parlent mieux notre langue, en bout de ligne, que ceux des enfants issus de parents dits de souche.
    De plus, la langue parlée ou écrite dans nos divers médias par les personnes issues de l'immigration est supérieure à celle qu'utilisent les natifs du Québec : c'est honteux ! Globalement, on se satisfait de bien peu au Ministère de l'Éducation : on n'a pas à être fier du produit fini en ce qui a trait à notre langue.

    Et nous, qui nous gargarisons en étant si fiers de notre langue, est-ce que nous intervenons auprès de notre gouvernement pour qu'il agisse face à cette carence qui saute aux yeux ?

    Il me semble bien que ce sujet est tabou pour la majorité d'entre nous. Nous sommes très sensibilisés et exigeants lorsqu'il s'agit des "autres", alors que nous sommes mous et permissifs lorsqu'il s'agit de "nous- même ou de nos enfants".

    Si vous croyez que je suis dans l'erreur, n'hésitez pas à me soumettre votre argumentation : je vous lirez, n'en doutez pas !

    • Clermont Domingue - Abonné 11 septembre 2019 10 h 21

      Vous avez parfaitement raison.Cependant, le français est une langue dont l'apprentissage exige de grands efforts.Voilà pourquoi les Québécois préfèrent leur patois.

      J'ai commencé à apprendre cette langue à la maison, il y a 80 ans. Mon père parlait québécois et ma mère parlait français bien qu'ils fussent tous deux québécois de souche.Les Québécois comprennent bien le français, mais bon nombre d'entre eux ne sont pas conscients de la langue qu'ils parlent. Après avoir enseigné le français durant 35 ans aux Québécois,aux Camerounais et aux immigrants, j'en viens à la conclusion que les immigrants ne sont pas une menace, mais un gage de qualité à la condition que nous leur imposions la langue de Molière et non pas la langue de nos grossiers bouffons.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 10 septembre 2019 12 h 37

    «Si vous croyez que je suis dans l'erreur, n'hésitez pas à me soumettre votre argumentation : je vous lirez (sic), n'en doutez pas ! »(Marc Pelletier)

    Je vous ai pris au mot: je vous lirai.

    Pour le reste en matière de langue, hors de l'enseignement traditionnel dès l'âge de cinq ans, point de salut; réintroduisez les dictées, les analyses grammaticales et logiques, la lecture de textes et les compositions, et au terme de sept années d'études élémentaires les élèves sauront lire et écrire -qui plus est en lettres attachées.

    • Marc Pelletier - Abonné 11 septembre 2019 10 h 52

      M. Lacoste, merci de me corriger car j'aime la rigueur, notamment en ce qui concerne notre langue. Mon "... je vous lirez ....." méritait d'être souligné : bon exercice d'humilité.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 10 septembre 2019 12 h 59

    Ajout au commentaire précédent

    Lire Grecia dans le titre.
    Lire Madame Esparza au début du commentaire!
    Désolé pour l'écriture de votre prénom et nom de famille, qui ne sont probablement pas espagnol comme je l'avais cru au départ!
    Merci de votre compréhension.
    Bernard Leiffet