L’hydroélectricité propre, un mythe?

Pendant que l’Amazonie brûle et inquiète, d’autres puits de carbone terrestres sont menacés.

Un puits de carbone est un réservoir qui capte et entrepose le carbone présent dans l’atmosphère. Les autres grands puits sont les forêts et les tourbières. Le bois et le feuillage des arbres captent de grandes quantités de CO2 et produisent de l’oxygène (photosynthèse). Les experts du climat s’entendent sur le rôle vital et plus important des océans (phytoplancton, coraux) et des forêts boréales dans l’absorption de carbone et dans l’apport d’oxygène.

Selon eux, la forêt amazonienne produirait en ce moment autant de CO2 qu’elle en séquestre. Le puits de carbone des surfaces terrestres serait alors dans les forêts boréale et tempérée qui nettoieraient plus efficacement l’atmosphère. Ces forêts absorbent plus de carbone qu’elles n’en rejettent.

La déforestation amazonienne pose certes problème et met encore plus en évidence le besoin de protéger les forêts boréale et tempérée. La fonte irréversible des calottes polaires et le réchauffement des mers dus en partie au volcanisme sous-marin vont-ils pallier ces pertes en augmentant la production de phytoplancton, véritable poumon marin ?

Les zones polaires se réchauffant, le pergélisol fond et libère de grandes quantités de GES qu’une expansion lente de la forêt boréale ne pourra compenser.

Un programme national de plantation et d’ensemencement pourrait-il rendre cette régénérescence encore plus rapide et efficace ?

Et en plus, pallier la construction de barrages hydroélectriques qui créent de vastes réservoirs inondant des millions d’hectares de forêt au pays, une séquestration du carbone et une production d’oxygène perdues à jamais. L’hydroélectricité ne serait donc pas aussi propre qu’on nous laisse croire. À elle seule, Hydro-Québec compte une trentaine de grands réservoirs hydroélectriques, les cinq plus importants couvrant plus de 12 000 km2 de forêts et de tourbières.

La science et les esprits évoluant, la lutte contre le réchauffement climatique devient une réalité qui nous interpelle tous.

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9 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 10 septembre 2019 06 h 41

    Difficile à croire

    Selon M. Blanchard, les forêts boréales absorberaient plus de carbone qu'elles n'en rejettent, ce qui ne serait pas le cas de la forêt amazonienne. Comment expliquer cette différence ?

    Quant aux réservoirs d'Hydro-Québec, leurs émissions de GES sont largement compensées par l'absence de combustion de combustibles fossiles qui serait nécessaire pour produire la même quantité d'électricité dans des centrales thermiques. Voilà la principale raison qui fait que les émissions de GES du Québec par habitant sont moins que la moitié de celles des autres Canadiens.

    • Pierre G. Blanchard - Abonné 10 septembre 2019 08 h 41

      Comment expliquer cette différence ?

      Voir les sources qui suivent :

      1. https://www.msn.com/fr-ca/actualites/sciences/lamazonie-«-poumon-de-la-terre-»-vraiment/ar-AAGBIjs?ocid=spartandhp#image=1
      2. http://www.hydroquebec.com/comprendre/hydroelectri

    • François Beaulé - Abonné 10 septembre 2019 11 h 40

      Dans la référence 1. , on peut lire que « Ces émissions ( des forêts tropicales ), [même si elles] sont liées en grande partie ici à la déforestation...
      Donc la déforestation des forêts tropicales joue un grand rôle dans la moindre participation de la captation du carbone par ces forêts comparées à la forêt boréale.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 10 septembre 2019 12 h 33

      Une forêt mature a une limite de niveau de contenance de carbone avec des cycles de dégradation/récupération. En milieu ou le froid est un frein a la croissance végétale un réchauffement soutenu doit conduire a une augmentation de végétation, et donc de contenance de carbone, jusqu'a ce que un certain équilibre se produise. Et quand on coupe une forêt pour utiliser son bois on augmente le temps stockage par déplacement de la masse ligneuse là ou on l'utilise. On laisse ainsi de la place pour une nouvelle croissance.
      Par contre si on la brûle le bois on vide en grande partie son puits de carbone, et je présume que les nouvelles cultures mises en place doivent former de nouveaux puits de carbone mais bien différents de la forêt naturelle (et perte totale de la biodiversité).

      Pour les réservoirs de barrage il faut savoir que les plans d'eau sont aussi des capteurs de carbone.

      L'auteure d'une thèse de doctorat dont le sujet tourne autour du stockage de carbone dans les sédiments des lacs du Québec signale au passage que,

      " il est important de savoir que, contrairement à la pensée populaire, les lacs peuvent représenter de plus importants stockeurs de C par surface que le paysage des bassins versants qui l'entoure (Prairie, 2008) "
      (Ici le "C" désigne le carbone)

      Par ailleurs on comprend a la lecture rapide de cette thèse qu'il y a d'énorme variation de taux d'accumulation de carbone selon les caractéristiques des lacs et selon les régions. Et qu'il y a encore beaucoup de recherche a faire avant d'avoir des évaluations significativement précises des volumes qui s'accumulent dans ces puits de carbone. Par contre il semble que les plans d'eau soient des accumulateurs en continu, a vitesse variable mais sans plafonnement.
      https://archipel.uqam.ca/7995/1/D2902.pdf

      L'hydroélectrique a lui seul est le pilier de la production électrique renouvelable dans le monde ou elle est la source de plus de 50% de tout ce qui est produit. De plus ces installations sont tr

  • Cyril Dionne - Abonné 10 septembre 2019 07 h 17

    Les demi-vérités

    Les terres, incluant les forêts, n’absorbent que 20% du carbone. Pour les mers, c’est 25%. Le reste s’en va dans l’atmosphère. C’est vrai que les zones polaires se réchauffent et libèrent de grandes quantités de GES. C’est le cycle infernal du carbone où les terres et les mers deviennent saturées et non seulement n’absorbent plus rien, mais de relâchent du carbone. Mais les scientifiques s’aperçoivent que les terres et les mers absorbent de plus en plus de carbone depuis les cinq dernières années sans en comprendre le pourquoi de ce mécanisme.

    Ceci étant dit, le 12 000 km2 cela semble immense, mais ne représente que 0,02% des terres sur la planète. En plus, ces terres submergés continuent d’absorbées du carbone et de nouveaux écosystèmes se créent. Ceci n'est pas mentionné dans cette lettre.

    Si ce n’était pas de l’hydroélectricité et des barrages, le Québec aurait besoin de plus 20 000 éoliennes ou 5 482 000 000 panneaux solaires pour avoir la même production. Ce sont aussi des énergies intermittentes qui sont présentent seulement 25% du temps en moyenne et on doit utiliser des sources d’énergies alternatives pour pallier à la demande, qui souvent, sont d’origine fossiles ou nucléaires. Et, savez-vous combien de km2 a-t-on besoin pour installer toutes ces éoliennes et panneaux solaires? Bien plus que le 12 000 km2 sans parler du coût (environ 5 à 10 fois le prix de l'hydroélectricité). En plus, tous ces panneaux et éoliennes sont surtout à base de plastique.

    Tout cela pour dire qu’il n’y a aucune source d’énergie qui n’a pas d’impact sur l’écosphère et la biodiversité. Aucune. L’hydroélectricité, malgré ce qui est mentionnée dans cette lettre, est de loin l’énergie la plus verte de toute qui utilise la gravité naturelle de l’eau et disponible 24 heures sur 24.

    C’est l’augmentation de la production de la génération d’énergie qui devrait inquiéter nos fanatiques écologiques. Celle-ci est proportionnelle à l’accroissement de la population mondiale.

    • Pierre G. Blanchard - Abonné 10 septembre 2019 10 h 28

      J'applaudis l'hydroélectricité et propose surtout que son expansion au pays soit doublée d'une forestation des zones de pergélisol qui fondent et qui pourrait compenser les pertes en absorption de CO2 et production d'oxygène de nouveaux réservoirs. Un programme national qui permettrait d'étendre progressivement la forêt boréale au fil du dégel et qui pourrait intéresser nos populations autochtones, comme pour la construction d'éoliennes. Et aussi, semblable à la France qui a décidé, il y a plus d'une décennie, de planter des millions d'arbres autour des zones aéroportuaires pour pallier l'émission de GES due au transport aérien. Certains diront que les arbres prennent trop de temps, mais cette plantation pourrait aussi inclure des plantes et cultures (telle le maîs) qui ont une forte capacité de photosynthèse. PGB

  • J-F Garneau - Abonné 10 septembre 2019 09 h 46

    Le titre

    Le titre de votre lettre (qui a probablement été rajouté) est trompeur.

    En effet, les émissions de GES causés par les barrages et l'hydroélectricité sont des dizaines de fois inférieures à celles des centrales électriques à combustibles fossiles pour une production d'énergie équivalente.

    Aussi, une centrale aux combustibles fossiles est "renouvelable", à chaque jour, dans sa pollution.

    Le vrai sujet, au Québec, reste comment faire "plus avec moins" (économies d'énergie etc) qui ne sera possible que lorsque le prix de l'électricité reflètera sa valeur.
    Tant que le bon peuple aura une source de chauffage et d'éclairage à quelques sous du kW/h, j'ai bien peur qu'il n'y aura aucun sentiment d'urgence pour l'économiser et la traiter comme une ressource précieuse. Il suffit d'aller vers l'Europe (ou j'habite) pour voir comment une électricité à 4X plus cher qu'au Québec rend les consommateurs et les propriétaires de bâtiments particulièrement attentifs et ingénieux pour la ménager.

  • Michel Petiteau - Abonné 10 septembre 2019 15 h 57

    Il n'y a pas que le CO2

    Je me rappelle comment, il y a des dizaines d'années, j'avais découvert que les poissons pêchés dans le réservoir Manicouagan étaient contaminés par le mercure. Mais d'où venait le mercure? Je ne pouvais imaginer d'autre apport que celui des rivières. Y avait-il des usines en amont? Il n'y en avait pas. J'ai compris quelle était la cause quand j'ai donné un cours où je traitais du produit de solubilité des métaux.
    En bref: le mercure était déjà présent dans le sol qui a été submergé au moment de la mise en eau du barrage. À la suite de la mise eau la végétation a pourri, et, par voie de conséquence, le pH a été modifié. Pareil phénomène se produit dans un aquarium. Les déjections des poissons, basiques, augmentent le pH de l'eau. À défaut de corriger la situation, les poissons crèvent. Dans un aquarium, vous pouvez changer l'eau ou réduire le pH en ajoutant un peu de vinaigre.
    Retour à Manicouagan: l'augmentation du pH fait que du mercure, présent dans le sol sous forme de sel, migre sous forme ionique dans l'eau. Et c'est ce mercure ionique qui contamine les poissons, qui contaminent à leur tour ceux qui les mangent. Cela est vrai aussi du plomb et de nombre de métaux lourds.
    Le problème est-il réglé aujourd'hui? Renseignez-vous auprès du Conseil des innus de Pessamit.
    Un petit détour? Page https://fr.wikipedia.org/wiki/Astrobl%C3%A8me_de_Manicouagan

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 10 septembre 2019 18 h 14

    Une lettre originale et étonnante

    Qu'en pense M. Shields ?