Exiger mieux de nos municipalités

« Je ne serai pas urbaniste au Québec. On part de trop loin. » Cette réflexion, je l’ai souvent entendue sur les bancs de l’université, en urbanisme, et je dirais même que je l’ai partagée à différents moments.

Étant diplômée depuis peu dans le domaine, je constate que si l’expertise est présente au Québec pour faire de nos municipalités des milieux de vie agréables, sécuritaires et durables, c’est trop souvent la confiance de la population envers cette expertise qui n’est pas au rendez-vous.

Des urbanistes, architectes, ingénieurs, designers, paysagistes de partout au Québec font des pieds et des mains pour créer des villes où il fait bon vivre, en s’appuyant sur leur expérience et la science, mais se heurtent tous au même grand défi : convaincre.

Convaincre de retirer quelques places de stationnement pour ajouter des arbres, de construire plus densément pour protéger nos espaces naturels et assurer la vitalité commerciale, d’investir dans le transport en commun et les infrastructures piétonnes et cyclables, d’ajouter du logement social pour s’assurer que tout le monde ait les moyens de se loger.

Je vous l’accorde, quand on parle de nouveaux projets de densification qui visent essentiellement à construire des condos uniformes, massifs et laids, soyons honnêtes, ce n’est pas tout à fait convaincant.

Mais à défaut de nous opposer à ces projets et de nous figer dans l’immobilisme, nous pourrions exiger de faire mieux.

De construire des bâtiments plus performants sur le plan énergétique, d’une plus grande qualité et diversité architecturale.

D’aménager des rues qui facilitent les déplacements actifs et en transport en commun, qui sont conçues pour limiter les îlots de chaleur ou les corridors de vents et qui incluent des espaces publics où nous pouvons nous retrouver, sans passer par le restaurant.

De créer des quartiers assez agréables pour limiter notre envie de nous évader de la ville, qui peuvent combler tous nos besoins à pied, d’une densité bien répartie, qui sont parés à surmonter les défis des changements climatiques et qui peuvent répondre à la diversité des besoins en matière de logement.

C’est beaucoup demander ? Pourtant, c’est de toute évidence notre option la plus abordable. Parce que s’étaler, multiplier les infrastructures et constructions, et empiéter sur nos terres agricoles et nos milieux naturels, ça a un coût qui est de loin supérieur.

Le phénomène « Pas dans ma cour » n’est certes pas nouveau. Mais face à la crise environnementale, le temps est venu d’ouvrir le dialogue. C’est ce que propose Vivre en Ville avec l’initiative « Oui dans ma cour », qui vise à stimuler la collaboration et à améliorer la qualité des projets de transformation urbaine.

Aujourd’hui, je retourne sur les bancs de l’université. J’essaie tant bien que mal de me convaincre moi-même que nous saurons nous serrer les coudes à temps. Que mon travail sera pertinent et que la pratique se basera enfin sur la théorie.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

3 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 9 septembre 2019 07 h 45

    La confiance envers les urbanistes : une notion non-pertinente

    Quand des élus, des haut-fonctionnaires ou des dirigeants quelconques disent « faites-nous confiance », c'est un signal invitant à une saine méfiance. D'où l'importance du 'dialogue' (à définir plus concrètement) soulignée par l'auteure.

    Commençons par une chose : que les villes cessent d'abuser de dérogations au Règlement de zonage et gardent la possibilité pour les gens de s'exprimer par référendum sur de telles modifications.

    Par ailleurs, un problème important incite les gens à vivre en banlieue : le bruit. Vivre en ville, c'est s'exposer 24 heures par jour au bruit des moteurs à explosion munis de silencieux illégaux. Les gens vont vivre en banlieue pour-avoir-la-paix. Cette pollution sonore est une plaie, un vrai problème de santé publique, contre lequel les forces policières démissionnent paresseusement, ce qui ne semble pas émouvoir des organismes comme Vivre en Ville. Voilà pourtant une cause qui rallierait les gens derrière eux.

    Voir cet article pour constater la démission des autorités, et ensuite ils veulent que les gens viennent vivre en ville !

    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1231735/motos-bruyantes-pas-une-priorite-surete-du-quebec

  • François Beaulé - Abonné 9 septembre 2019 16 h 06

    Les urbanistes sont soumis aux élus municipaux

    Il faudrait qu'ils s'allient pour revendiquer un encadrement provincial des règlements d'urbanisme. Depuis longtemps et encore aujourd'hui, les municipalités sont en concurrence pour attirer les promoteurs immobiliers. De là l'absence de contraintes à l'étalement urbain.

    Étonnant que vos professeurs ne vous aient pas expliquer cela. Ils n'ont pas les pieds sur terre ! Ils maintiennent leurs étudiants dans la fiction. Une fois les jeunes urbanistes embauchés par les municipalités, ils constatent le peu de pouvoir qui leur reste ! Puis ils se taisent pour garder leur poste et leur salaire.

    • Jean Lacoursière - Abonné 9 septembre 2019 19 h 21

      Exactement !