La langue bien parlée de Pierre Nadeau

Le journaliste Pierre Nadeau fut le plus grand parmi les grands. Cultivé, homme franc, vivant sans détour, sans complaisance, sans parti pris, au vocabulaire précis et abondant, tout cela avec un humour décapant, un sourire en coin, capable de désarmer en quelques secondes celui qui prenait place devant lui.

Ses questions étaient embarrassantes, fouillées, filant droit au but, cherchant amicalement à démasquer les secrets les mieux gardés de la personne interviewée.

Il avait une voix grave, ronde, mais toujours ensoleillée d’un sourire dont il avait la recette bien cachée. Il ne cherchait pas à abattre ; il ne voulait pas démolir ; il ne voulait que savoir. Bien savoir. Tout juste pour avoir le plaisir de savoir.

Il avait le don de mettre à l’aise ; il avait la joie sur un visage toujours rayonnant ; il était grand parce qu’il était humble. Il fut ce qu’il a toujours été : un homme de métier. Le plus beau métier du monde, celui d’unir les humains. Un authentique enseignant qui est comme le berger de l’être.

Il avait « le 60 » dans la peau ; il avait l’information au coeur de son coeur. Il aimait surtout la langue bien parlée, la phrase bien tournée, l’interrogation bien posée, le mépris du mal parlé.

Il avait l’amour du métier, enraciné et galvanisé dans mon coin de pays de la Gaspésie. Il avait fière allure, sans l’ostentation. Il ne faisait que son métier.

Il savait que deux choses instruisent l’homme dans toute sa nature : l’instinct et l’expérience. Il avait un don, une disposition naturelle, une aptitude à sentir ou à faire quelque chose. Avec le temps, il acquit l’expérience qui est la connaissance de la vie, des choses acquises par des situations vécues.

Il était tous ces mots : fait, pratique, habitude, usage, exercice, savoir, connaissance, observation, acquis, technique, essai, expérimentation, tentative, test, épreuve, apprentissage, compétence, conscience, contrôle, déduction, démonstration, maturité, professionnalisme, raisonnement, recherche, science, technicité, vécu, vérification.

Il quitte ce monde pour en rejoindre un autre, mission accomplie. Il doit rester dans la mémoire du peuple québécois qu’il aimait tant. Il continuera à vivre parmi nous, comme s’il commençait son « 60 » éternel.

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