La liberté pour qui?

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, ne participera probablement pas aux débats des chefs en octobre prochain. C’eût été pour lui une occasion rêvée de s’en prendre aigrement à l’État et à des groupes en particulier lors de ce forum si peu propice au développement des idées.

Parce qu’à mon avis, tous ceux qui prêtent l’oreille aux idées libertariennes d’un Maxime Bernier, du Réseau Liberté-Québec ou duTea Partyaux États-Unis n’en comprennent pas encore bien les conséquences.

Les déréglementations voulues par ces libertariens pour réduire l’État à son strict minimum auraient des conséquences funestes. Elles briseraient les protections durement acquises des citoyens et permettraient aux entreprises, plus riches encore, de contrôler plus parfaitement nos « démocraties ».

La nécessité dans laquelle se retrouverait ultimement une personne pauvre ou vulnérable de négocier « librement » sa force de travail avec une personne ou un groupe de personnes riches et puissantes ne nous mènerait qu’à une seule forme de liberté — celle, pour le plus puissant, de jouir sans retenue de la misère de l’autre. Imaginez-vous un instant dans une société sans salaire minimum, sans système de santé pour tous, sans soutien pour les plus démunis, dans un système « démocratique » gangrené par le financement privé des carrières et des partis politiques ! Bravo ! Et tout cela pour avoir fini par croire, à la longue, aux élucubrations d’affairistes de la politique, du show-business et des radios-poubelles ?

Maxime Bernier et les libertariens sont des idéalistes à la noix qui doivent réapprendre le b.a.-ba de la liberté. Le raisonnement est simple : la liberté est le corollaire de l’égalité. Et s’il faut l’exprimer plus clairement encore : la liberté ne se conçoit que dans un monde égalitaire.

Certains n’ont pas encore compris ? J’irai donc plus loin : quand on a faim, qu’on travaille 12 heures par jour pour survivre, qu’il n’y a personne pour nous soigner quand on est malade ou blessé et que l’on abuse impunément de nous physiquement ou psychologiquement, eh bien, devinez quoi, on n’est pas une personne libre !

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3 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 21 août 2019 02 h 23

    La cupidité de la ploutocratie n'a pas de fin.

    Bravo, monsieur Marquis pour une plaidoirie puissante. Effectivement, la liberté ne veut pas dire l'esclavage, mais malheureusement, la ploutocratie dont vous avez tellement peur est déjà avec nous. Ce sont les lobbyistes de multinationales qui ont l'oreille de nos gouvernements. Beaucoup de nos concitoyens à la retraite n'ont pas même accès à une pension adéquate.
    Beaucoup de nos citoyens, les plus vulnérables, souffrent encore la misère de la maladie, la pauvreté, la précarité, l'isolement et l'injustice. Imaginez ce que l'on pourrait faire avec les 300 milliards de dollars cachés dans les paradis fiscaux par les entreprises qui ne veulent pas payer leur juste part d'impôts? Et les prédatrices veulent nous faire croire que la panacée se trouve dans la privatisation de nos instances publiques! Tristement, nous sommes très loin de l'état providence dont jouissent les citoyens de pays scandinaves qui n'ont pas de soucis du berceau au tombeau!

  • René Pigeon - Abonné 21 août 2019 10 h 20

    Votre exposé est concis et convaincant.

    Vous me fournissez des mots qui me manquaient pour affirmer mon point de vue.

    Personnellement, je suis sensible à l'affirmation suivante :
    La liberté est le corolaire de l’égalité : la liberté ne se conçoit que dans un monde égalitaire.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 août 2019 17 h 45

    … d’indifférence ennuyeuse !

    « la liberté ne se conçoit que dans un monde égalitaire. » (Bruno Marquis)

    Possible, mais dans un monde dit « égalitaire », la liberté demeure absente tant et si bien qu’elle se meur …

    … d’indifférence ennuyeuse ! - 21 août 2019 -