Rapport du commissaire à l’éthique: un affront pour le Québec

Le rapport du commissaire à l’éthique est un affront pour le Québec et une insulte pour une entreprise de grande envergure ayant son siège social à Montréal. S’il voulait faire sa marque, M. Dion semble plutôt errer dans sa définition du conflit d’intérêts et de la violation de la loi à cet effet. Il blâme trop sévèrement le premier ministre.

Il y a d’abord le titre étonnant : Rapport Trudeau II. Se prend-il pour James Comey, l’ex-directeur du FBI intervenu deux fois plutôt qu’une durant la campagne présidentielle de 2016 ? J’abonde entièrement dans le sens de l’éditorial du Devoir : la notion de conflit d’intérêts du bureau du premier ministre dans le cas de SNC-Lavalin est matière à débat et à discussion. En quoi est-ce déplacé que le premier ministre souligne une légitime préoccupation quant au tort qui pourrait découler du refus du droit au recours à un accord de réparation en vigueur au Canada comme dans d’autres pays ?

Les chefs d’opposition ont vite crié au scandale empreint de corruption, tentant de laisser croire que Trudeau visait à favoriser des « amis millionnaires », plutôt que de tenter de sauvegarder la compétitivité de la firme sur le plan international, de protéger des milliers d’emplois ; il ne s’agissait pas d’exonérer de tout blâme la firme, au contraire. En quoi était-ce indu de la part du premier ministre de se demander pourquoi la firme ne pourrait pas bénéficier de tel recours et processus ? N’était-ce pas son rôle de soupeser l’enjeu sur le plan économique ?

Il y a fort à parier que la prochaine campagne électorale fédérale donnera lieu à beaucoup de désinformation et de démagogie. Politiquement parlant, Justin Trudeau lui-même est affaibli en tant que chef de parti. Le moins mauvais des scénarios serait un gouvernement minoritaire libéral et une éventuelle course à la direction du parti ; je verrais d’un bon oeil, comme successeure à la tête du PLC, Chrystia Freeland.

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6 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 août 2019 05 h 13

    … ?!? …

    « Le rapport du commissaire à l’éthique est un affront pour le Québec et une insulte pour une entreprise de grande envergure ayant son siège social à Montréal. (…) Il blâme trop sévèrement le premier ministre. » (Carol Patch-Neveu)

    Qu’il soit, en effet, un affront-insulte, ou selon ?!, ce Rapport fait bouger tout autant les milieux d’économie que les personnes qui, de manière innocente et se cachant derrière, se plaisent à déstabiliser, à des fins partisanes, les coulisses du pouvoir et de l’éthique !

    Quant au blâme visant sévèrement le premier ministre, l’électorat risque de …

    … ?!? … - 20 août 2019 -

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 août 2019 07 h 58

    Une révolte de la machine de l’État canadian

    La Direction des poursuites pénales (DPP) est totalement indépendante de l’interface ministérielle de l’État canadien. Toutefois, il est aveuglement soumis au législateur. En d’autres mots, le gouvernement fédéral donne des ordres au DPP par le biais des lois qu’il adopte.

    Dans ce cas-ci, le gouvernement Trudeau a adopté une loi expressément pour que SNC-Lavalin puisse essayer d’échapper à une condamnation criminelle en s’engageant dans une procédure d’accord de poursuite suspendue.

    Si je lis correctement la version française de cette loi — je ne suis pas certain que la version anglaise dise la même chose — la DPP est _obligée_ de s’engager dans cette procédure à la demande d’une compagnie poursuivie au criminel, comme c’est le cas aux États-Unis et en Angleterre.

    Cela ne crée pas d’obligation d’en arriver à une entente, mais une obligation de _tenter_ d’en arriver à un accord.

    En cas d’échec de la procédure, les poursuites criminelles reprennent inéluctablement devant les tribunaux.

    Cette procédure a été refusée à SNC-Lavalin parce que le DPP est un des centres stratégiques du colonialisme canadian. Son pouvoir discrétionnaire lui permet de dire oui à une compagnie ontarienne et non à une compagnie québécoise.

    Dans ce cas-ci, son refus n’est rien de moins qu’un mini coup d’État, une révolte de la machine de l’État canadien contre son interface ministérielle.

    Trudeau a compris trop tard pourquoi ça bloquait. Il aurait dû dire franchement ce qu’il cherchait à faire et ordonner une enquête publique où le DPP aurait eu à s’expliquer. Il n’a pas eu le courage de le faire et en paie aujourd’hui le prix.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 août 2019 09 h 12

      Non M. Martel. On connaît tous les volte-face de James Comey et il n’est pas Mario Dion. Et deux n♪0gatifs ne donnent pas un résultat positif dans cette affaire.

      D’emblée, je suis indépendantiste et pour que le Québec devienne un pays. Un vrai.

      Ceci dit, verser dans l’illégalité et la corruption pour sauver quelques emplois est indigne d’une nation, d’un peuple. SNC-Lavalin mérite tout ce qui lui arrive et même plus. Justin Trudeau, pour des fins électoralistes, mérite le même sort.

      Je n’en crois pas mes oreilles. On manipule le système de justice pour favoriser des crapules. C’est tous un précédent. Il semble que certains sont plus égaux que d’autres et peuvent bénéficier de largesses parce qu’ils sont puissants et jouent la carte de l’emploi. Misère. La désinformation et la démagogie sont venues de SNC-Lavalin et du gouvernement Trudeau. Les libéraux ne méritent pas de se faire réélire même si les conservateurs ne sont pas sur ma liste de carte de Noël. Absolument pas.

  • Benoit Gaboury - Abonné 20 août 2019 08 h 26

    L'éthique et la politique, l'avenir et le présent

    Toute cette affaire SNC-Lavalin est bien triste. Elle a vu le jour dans le contexte de la commission Charbonneau qui a révélé ce que plusieurs soupçonnaient depuis longtemps : la corruption dans les contrats de construction, la mafia qui s'en mêle et des hommes politiques qui ferment les yeux tout en s'enrichissant à outrance, aigrissant les esprits d'un peu tout le monde. Et SNC-Lavalin s’est fait prendre à son tour. Pouvait-elle s'en tirer simplement en payant une amende, un «accord de réparation»? C'était bien tentant de dire non. Mais cela, même au risque de la survie de cette grande entreprise? Débat moral contre débat politique. Mais ce qu'on ne dit pas assez, c'est que la corruption est un mal mondial et séculaire. Je ne tente pas de l'excuser. C'est malheureusement la réalité. À tel point qu'en France, jusque dans les années 90, les entreprises qui avaient payé des pots de vin à l'international pouvaient même aller au Ministère des finances (Bercy) pour demander des exemptions d'impôts. Il y a un excellent témoignage à ce sujet (ici l'affaire Alstom) par Frédéric Pierucci, un dirigeant d'entreprise qui s'est fait prendre en otage dans une telle situation et qui en révèle toute la part d'ombre. Excellent, le mot est faible: stupéfiant serait plus exact. (https://www.youtube.com/watch?v=dejeVuL9-7c&t=4434s).

  • Renée Joyal - Abonnée 20 août 2019 15 h 39

    L'indépendance du pouvoir judiciaire, un incontournable!

    Je suis ahurie de constater jusqu'à quel point l'indépendance du pouvoir judiciaire ne semble pas peser bien lourd dans l'esprit de certaines personnes qui, de façon surprenante, semblent en minimiser l'importance. C'est pourtant l'un des fondements de la démocratie, acquis au prix de luttes séculaires. Que Justin Trudeau ait voulu bien faire en faisant pression sur la Procureure générale, peut-être, mais on peut douter de la totale pureté de ses intentions. Chose certaine, en tant que Premier ministre, il aurait dû connaître ce fondement de l'ordre constitutionnel canadien. Plusieurs de ses agissements relèvent d'un amateurisme incompatible avec sa fonction. Il faudrait aussi éviter de dramatiser outre mesure l'impact d"une condamnation de SNC sur l'emploi au Québec. Pour le moment, je suis d'accord avec vos prévisions électorales: un gouvernement libéral minoritaire et une démission à courte échéance de Justin Trudeau, suivie d'une course à la chefferie.

  • Claude Poulin - Abonné 20 août 2019 17 h 41

    Faible jugement

    Les conclusions de ce rapport à propos du rôle du chef du gouvernement démontrent que non seulement son auteur a cherché à "faire sa marque" politique, mais en ce faisant il a surtout démontré, au plan juridique et constitutionnel, une grave faiblesse de jugement.