Nous n’avons pas le temps d’être pessimistes

En réponse au texte « Comment demeurer optimiste pour la planète » de Richard Leclerc paru le 15 août 2019.

Monsieur Leclerc,

J’ai lu votre texte avec le coeur de travers, moi aussi. Tout comme je consulte les liens de votre page Facebook « Ensemble, accélérons la transition énergétique » avec des sursauts de panique et de colère face à l’inaction des entreprises et des gouvernements. Vous avez eu la bonne idée de saupoudrer votre fil de « bonnes nouvelles » et d’exemples de solution qui m’empêchent de figer devant l’ampleur du problème.

Il me semble d’ailleurs que, pour éviter le pire, l’essentiel est de ne pas figer. Notre cerveau reptilien, la partie la plus ancienne de notre système, a la curieuse faculté de nous amener à « faire le mort » dans une situation qui semble sans issue. Il semble que ce réflexe de survie ait déjà été utile à nos ancêtres très éloignés qui se retrouvaient coincés face à un prédateur.

Il n’est plus utile aujourd’hui. Lorsque nous figeons, nous cessons de nous battre, et notre système nerveux au complet s’écrase dans une sorte de torpeur anxieuse. Les lunettes roses et la pensée positive ne servent à rien face à ce gel du disque dur, puisque la réalité rattrape souvent les optimistes en vision tunnel pour les frapper encore plus fort.

Je nous suggère donc un optimisme réaliste et prudent. D’abord, choisir de configurer notre consommation d’information pour trouver l’équilibre entre la conscience de la gravité de la catastrophe et les solutions qui existent déjà. Ces moyens humains, politiques et technologiques sont mis en oeuvre partout dans le monde en ce moment même. N’oublions pas qu’ils existent.

Ensuite, comme le dit Julien Vidal, blogueur à l’origine du mouvement « Ça commence par moi », se rappeler que nous n’avons pas le temps d’être pessimistes et que nous avons du pouvoir sur l’avenir du monde. L’action individuelle de réduction de l’empreinte écologique est le premier pas pour sortir du mode freeze. Le développement progressif d’une communauté résiliente, créative et alignée sur des valeurs véritablement durables est le pas suivant.

Je ne sais pas si notre espèce survivra à sa propre folie. Je sais qu’elle en a le potentiel. J’ai décidé de refuser la fatalité et de mettre un pied devant l’autre, une action à la fois. Et chaque matin, les yeux de ma fille de deux mois me confirment que j’ai pris la bonne décision.

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3 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 19 août 2019 09 h 11

    Lovins

    Amory Lovins raisonne comme ça aussi dans ses vidéos de 2017 sur l'efficacité énergétique, dans le cadre de son action de " Reinventing Fire"

  • Cyril Dionne - Abonné 19 août 2019 09 h 20

    On veut des solutions, pas des discours

    Il faut être psychologue pour pondre un texte pareil. Mais où sont les solutions concrètes et pragmatiques qui existent déjà? Et le gros problème, c’est qu’on ne cible pas la véritable cause de toute cette catastrophe écologique.

    La panique et la colère sont les pires conseillères dans une situation comme celle-là. Ce sont les méthodes utilisées par ceux qui veulent créer un mouvement basé sur l’émotion et non pas sur la science, la logique et le gros bon sens. Greta Thunberg en est l’exemple typique lorsqu’elle nous dit qu’il faut avoir peur, très peur. En fait, ce sont les bases de sectes et de religions organisées. Et les gouvernements ne font que refléter ce que les populations veulent, ni plus, ni moins.

    Notre cerveau n’est pas seulement reptilien, mais c’est cette dernière connotation qui nous a permis de survivre. Combattre, fuir ou se battre est la question comme disait Henri Laborit. Et nous ne pouvons pas fuir. En fait nous sommes la somme du résultat de gènes égoïstes.

    Dire que l’action individuelle résoudra notre problème tire de la pensée magique au pays des licornes. Si nous utilisons les produits fossiles de façon immodérée, c’est parce qu’il y a une demande et elle s’intensifie. Et pourquoi la demande augmente-t-elle ? C’est parce que nous augmentons la population mondiale de 90 millions par année, surtout dans les pays en voie de développement, ce qui représente presque 3 fois la population du Canada. La population mondiale a presque triplé en moins de 60 ans. Et que veulent les gens des pays où la surpopulation est la norme? Eh bien, ils veulent tous venir dans un pays riche afin de consommer, quitte à y parvenir de façon illégale.

    Comme disait Darwin, les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements. Il n’y a pas de passagers sur notre vaisseau spatial qu’est la Terre; nous sommes tous membres de l’équipage. Et en 2019, il y a en a trop.

  • Nadia Alexan - Abonnée 19 août 2019 09 h 24

    100 compagnies sont responsables de 71% des émissions.

    Je ne suis pas d'accord avec vous, monsieurs Victor-Olivier Hamel-Morasse. L'action individuelle est louable, mais ce n'est pas assez.
    «L’industrie des énergies fossiles a doublé sa contribution au réchauffement climatique en émettant autant de gaz à effet de serre en 28 ans (1988-2016) qu’en 237 ans.» C’est ce que révèle un rapport de l’ONG Carbon Disclosure Project (CDP), qui vise à étudier l’impact environnemental des principales entreprises mondiales, publié en partenariat avec le Climate Accountability Institute. Pire, «depuis 1988, plus de 50% des émissions de CO2 proviennent de seulement 25 entreprises et pays», détaille le rapport, dont l’objectif est d’aider les entreprises et pays pollueurs à mieux réaliser leurs impacts environnementaux. Les entreprises visées sont majoritairement des producteurs d’énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel).
    https://www.liberation.fr/planete/2017/07/11/100-entreprises-sont-en-grande-partie-responsables-du-rechauffement-climatique_1582930